Où ça va se nicher
Le temps du rangement

Quand une dépêche (re)donne le sourire (ça arrive, c'est rare, parfois)


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C'est une brève du Monde et qui m'a fait émettre, une fois n'est pas coutume, un cri de joie : relaxe d'Erri de Luca dans le procès qui lui faisait risquer huit mois de prison ferme pour avoir seulement dit ce qu'il pensait, sans trop mâcher ses mots (1).

 

"L’écrivain italien Erri De Luca relaxé à son procès pour incitation au sabotage Le Monde.fr | 19.10.2015 à 13h28

L’écrivain était assigné en justice par les dirigeants de Lyon-Turin Ferroviaire (LTF) pour avoir déclaré à la presse en 2013 que les « sabotages sont nécessaires pour faire comprendre que le TGV est une œuvre nuisible et inutile". Il militait alors contre le percement d’un tunnel de 57 kilomètres pour le futur TGV Lyon-Turin."

 

Ce qu'il avait dit n'était pas exactement que "le TGV était une œuvre nuisible et inutile" mais bien ce chantier et ce tracé-là qui nécessitait de bousiller une vallée et présentait de gros risques de pollution à l'amiante l'était. Erri de Luca n'a rien contre le TGV ; il reprochait l'absurdité d'un tracé. Il dénonçait également la façon violente dont les opposants sur place étaient traités alors qu'au départ tout ce qu'ils réclamaient c'était un minimum de concertation.

C'est l'éternel schéma, mais pratiqué de plus en plus, qui consiste à pousser un groupe de gens à bout et de les condamner lorsqu'ils finissent en réaction de défense par devenir violents à leur tour, mais plus physiquement et de fait hors-la-loi, alors que la violence exercée sur eux, non moins forte mais psychologique, mentale, insidieuse, légalement ne gêne pas. Et je défie quiconque de parvenir à faire qu'un groupe garde son sang froid, que pas un seul ne craque et ne passe violent, lorsque la pression devient insupportable.

Au moins la parole reste (pour l'instant) libre. C'est déjà ça.

(Erri, vous aviez cru pouvoir vous reposer, c'est raté ;-) )

 

(1) Et alors qu'il ne s'agissait en rien de racisme ou autre incitation à la haine de qui que ce soit, ni attaque personnelle. Auquel seul cas non seulement la censure ne me gênerait pas, mais également que les incitations à la haine de l'autre soient réprimées.

[photo prise à La Libreria, à Paris, le 10 juin dernier]

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