Parfois on ressent les choses sans savoir les exprimer, et puis quelqu'un passe qui sait
BWV 147

Zones de compétences (hélas) possibles


    Le même jour où je parvenais à mettre en mots ce que je ressentais depuis des années par rapport à l'écriture à savoir qu'il me faut au moins une tête de pont des sensations éprouvées afin de pouvoir écrire sur des cas concernés - et que j'ai souvent par chance, un certaines nombres d'ignorances absolues - et donc aucun ancrage pour pouvoir partant de là, imaginer, je suis tombée sur cet article relatant l'affaire étrange d'une femme en Angleterre dont le premier compagnon et père de son aîné n'était autre qu'un agent infiltré chargé d'espionner le groupe d'activistes pour la nature dont elle faisait partie. Cette affaire ne m'est pas inconnue, j'avais déjà lu à son sujet. Sans doute que ce qui est nouveau c'est le montant des dommages accordés - comment diable d'ailleurs sont-ils estimés ? -. 

Mais je prends conscience qu'il y a comme ça un certain nombre de cas extrêmes qu'à partir de ma propre vie je serai capable de mettre en mots. Parce que j'ai un bon début d'idée de l'effet que ça fait.

Par exemple faire partie d'un groupe qui donne des concerts en grande salle devant une foule aimante et déchaînée.

Ou comme dans le cas de cette femme - dont les paroles sont belles, qui tente d'être apaisée - avoir vécu ce qu'on croyait être un grand amour et qu'il s'agissait pour l'autre de tout autre chose. Pas au point qu'il s'agisse d'un espion (1), mais justement ce cran là supplémentaire dans l'effarant me semble assez facile à imaginer. Mais au point d'avoir cru à un sentiment de l'autre alors qu'il jouait un rôle. Et découvrir que ce qu'on croyait vivre depuis des années n'était que la façade qu'on voulait bien nous donner. 

Par trois fois quelque chose de similaire m'est arrivé. Avec pour l'une d'elle la révélation - pas dans la presse, c'est déjà ça - quinze ans après que ce que j'avais vécu dans l'illusion d'une réciprocité n'était pas la vérité, cette même stupeur rétroactive d'un très longtemps plus tard.

Quelqu'un d'autre qui quitte ma vie comme s'il y avait eu une mission et qu'elle était accomplie (2). 

Et un dernier qui m'a fait croire un certain nombre de choses qui n'étaient pas tout à fait vraies.

À chaque fois le même genre de questions que  celle que se pose "Jacqui". Car ce genre d'attitudes subies laissent un océan de doutes pour la personne affectivement escroquée. Reste que le préjudice qu'elle a subi était officiel et a été reconnu comme tel, in fine. Alors que je n'ai aucun espoir que quoi que ce soit compense les mois et les années que j'ai passés (passe encore) à tenter de rassembler mes morceaux, me recueillir, pourrait-on dire, chaque fois que je me suis trouvée ainsi pulvérisée. J'ai quand même dû refuser un travail il y a deux années, parce que je n'étais pas en état, trop désemparée, de l'assumer.

Au moins je n'ai pas appris la vérité par voie de presse. C'est peut-être consolant.

nb. : Ce qui est arrivé à ce couple (?) pose aussi bien des questions sur le métier d'acteur et aussi sur la ligne compliqué de partage entre vie professionnelle et vie privée.  

(1) Encore que : ça rendrait presque plus plausible deux des trois désaffections les plus violentes dont j'ai souffert.

(2) Au fond il y a un peu de ça, j'étais lancée dans l'écriture lorsqu'elle a disparu.

PS : Question subsidiaire : Les écrivains ne seraient-ils pas de perpétuels undercover de la vie ?

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