Les Stratocastors en pleine action (bref extrait)
La journée des amis

Une blessure durable


P7271964Tout se passait fort bien, tout s'est fort bien passé, lors de ce mariage entre deux jeunes personnes d'origine lointaine (1), vivant en France depuis un moment, même si obtenir les papiers les premières années pour rester n'a pas été une sinécure, au moment de prononcer leur union la France redevenait ce pays accueillant et qui sait accepter les forces vives qui lui viennent du monde entier, la jeune maire adjointe qui présidait à la cérémonie semblait heureuse de sa fonction, s'est efforcée d'ajouter quelques mots plutôt élégant sur la vie qu'on s'apprête à mener à deux. Les époux semblaient heureux. La vie avance vers le mieux.

Et puis le petit sale truc insidieux qui s'est glissé dans mon esprit, pour un micro-rien, je crois une expression de joie que l'édile a employé, je ne suis même pas certaine. Et qui m'a rappelé certaines manifestantes anti-mariage pour tous. De façon injuste : elle n'a peut-être rien à voir avec eux qu'une certaine éducation de départ. Mais le mal était fait la beauté de l'instant pour moi s'est fanée : la pensée : Aurait-elle été si allègre s'il s'était agit d'unir deux garçons ? (ou deux filles) venait de traverser ma cervelle, à peine après ma fierté d'appartenir à un pays qui sait encore accueillir (2).

Je me rends compte que la blessure profonde que m'ont laissée les manifestations en nombre et répétées de ceux qui méprisent certains de mes amis et ne voulaient pas qu'ils obtiennent les mêmes droits que la majorité de la population, n'est pas du tout refermée. Qu'elle me rend désormais méfiante envers des gens qui ne m'ont rien fait, simplement parce qu'ils ont l'allure de certains des manifestants, du moins l'allure de ceux qui ont certaines croyances qui font qu'ils rejettent l'homosexualité. 

Toutes proportions gardées c'est un peu comme cette prise de conscience chez moi très tardive que de nombreux hommes, surtout parmi la demi génération qui précède la mienne, estiment toujours que les femmes sont quand même là à la base pour satisfaire leur désir, et se conformer à leurs critères P7272084d'attirance, même si dans un grand élan moderne de féminisme ils sont prêts à admettre qu'elles savent faire d'autres trucs aussi. Comme travailler.

C'est le même mécanisme mental, un doute insidieux. Un doute insidieux désormais face à certaines personnes du simple fait qu'elles semble faire partie du même lot que d'autres dont les façons de pensées me laissent désemparée. Désolée. Somme toute assez désespérée.

Alors en l'occurrence que la jeune élue avait mis du cœur à l'ouvrage. Ce qui aurait dû me réjouir. Sans arrière-pensées.  

 

(1) J'ignore leur nationalité administrative et elle m'importe peu. Ils ont choisi de vivre là et ça devrait être pour chacun de nous un droit. 

(2) Oui, il m'arrive à mon âge d'avoir encore quelques bouffées illusionaires.

PS : Et dans le même temps où j'écris ce billet, circulent les échos d'une agression dont le caractère homophobe semble désormais confirmé (et qui suit de peu celle dont a été victime la nageuse Mélanie Hénique), et par ailleurs les expulsions d'étrangers continuent en notre nom et à nos frais, dont certains cas dramatiques et d'un point de vue humain incompréhensibles.

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