Jean et Yves
Colère

Tien jaar (once more)

J'ai déjà écrit un billet sur Dix ans après mais vu de l'angle que m'avait donné à ce moment-là le fait de prendre conscience que les attentats de Londres dataient de tant d'années.

Ce soir le billet Drôles d'échéances chez Sacrip'Anne m'a fait repenser à ces dix ans écoulés, mais vu sous celui plus personnel de ce qui dans ma vie a changé.

Ce qui est très chaleureux c'est que précisément comme elle qui en fait partie "J'avais rencontré ou allais rencontrer (ou e-rencontrer) ceux qui sont de proches amis d'aujourd'hui." et presque tout le monde est encore là aujourd'hui, même si les couples ont changé et que l'un des amis a totalement disparu des radars (1). Et c'est bon de constater que dès que l'on retrouve un peu de temps personnel on en profite pour se (re)voir. 

J'avais déjà pris mes dispositions pour me ménager du temps pour écrire et ... aussitôt commencé à collectionner des ennuis ou péripéties destinées à m'en préserver empêcher. Le coup de la cassette video de l'otage diffusée exactement lors de mon premier jour de liberté de mi-temps n'était au fond que le début d'une longue longue longue série. Il y a dix ans j'étais au bord d'être quittée deux fois mais l'ignorais totalement car dans les deux cas ça s'est passé sans signes avant-coureurs assez clairs et sans que l'une ou l'autre relation ait semblé mal aller. J'étais au bord de me voir annoncer un diagnostic qui par chance s'est révélé faux (ce qui m'a encore été confirmé récemment). Ma fille souffrait mais je l'ignorais alors des premiers symptômes de sa maladie chronique. Il y a dix ans ce qui m'occupait à fond en dehors de mon job c'était l'Hôtel des blogueurs. Et je ne tenais pas encore ce blog-ci. 

Il y a cinq ans, j'avais quitté mon vieil emploi et émergeais de la zone d'épuisement dû à la brutalité de l'affaire - même si ç'avait été une décision de ma part, presque un coup de chance -, m'apprêtais à devenir libraire, ce qui reste à cet heure le métier qui me convient le mieux de ceux que j'ai été amenée à exercer, je venais de m'inscrire à la Grande Bibli (2) grâce à une nouvelle amie, me croyais aimée, vivais avec intensité, écrivais - ça avançait, cette fois-là j'ai été coupée dans mon élan par du travail qui m'a trouvée - et observais mes villes. Le comportement des gens. Avec tendresse et amusement. Ce qui est frappant en relisant quelques billets du mois de juillet 2010, c'est cette impression qu'ils datent d'avant guerre, dont je ne sais pas trop si elle a démarré en 2011 avec les révolutions méditerranéennes ou le 7 janvier 2015 en vieille Europe de l'ouest, mais je ressens même sans guerre ouverte ni ligne de front, la fin d'une paix qui déjà n'était que relative. J'écrivais des billets
cryptiques
, leur charme est que longtemps après on ne sait pas toujours comment les interpréter. Grâce à quelqu'un en particulier je me remettais des ruptures de l'année 2005/2006 et je progressais. Je n'aimais déjà pas trop les beaux quartiers, il m'était arrivé un truc bizarre (que j'avais totalement oublié, au moins ça ne m'a pas traumatisée). En revanche c'était l'époque où mes commentaires commençaient à être sévèrement trollés par quelqu'un qui semblait croire que l'on se connaissait. Et c'était beaucoup plus embêtant.

Au bout du compte et même si entre-temps il y a eu à nouveau une période très difficile et pas vraiment de trêve depuis, d'autant plus qu'à part ces jours derniers l'année 2015 s'est engagée sans merci, je ne m'en suis pas si mal tirée.

Et j'ai oublié mes franchissements de dizaines d'âge, trop accaparée et trop fatiguée. Je ne me suis même pas aperçue que je passais une étape physiologique normalement marquante, c'est dire.

Je dois parvenir, c'est à présent urgent, à équilibrer ma vie entre les différents travails. Et comprendre qu'il est inutile d'attendre une éventuelle accalmie. Il y aura toujours quelque chose qui ne va pas ; à la loterie de l'existence j'ai tiré une carte redoutable, celle de "Tout sauf l'ennui". 

Les enfants ont poussé, la tendresse n'a pas déserté. Les projets abondent, ceux d'écriture plus que jamais. Il faut profiter de ces précieuses provisions pour avancer.

Merci Sacrip'Anne pour ton billet. Il aide à se poser.

 

(1) Je reste avec la sensation d'avoir été une élimination collatérale. On compte souvent bien moins pour les autres que les autres ne comptaient pour nous. J'ai beau être assez vieille pour l'avoir compris depuis longtemps, je ne m'y fais toujours pas.

(2) Ou m'apprêtais à le faire

Commentaires