De quoi avons-nous été les témoins ?
Ça allait bien jusqu'à

Dix ans après (dix ? oui, dix)

Cet article du Huffington post au sujet de Gill Hicks, une des survivantes des attentats du 7 juillet 2005 à Londres vient me rappeler que dix ans, dix ans ? oui dix ans, se sont écoulés.

J'aimerais retrouver ce dont je me souviens sans rien consulter (ni notes ni messages, ou seulement le fotolog et le blog "vacances et cinema" alors peu rempli). 

Depuis l'attentat de la rue de Rennes en 1986 qui aurait pu concerner directement mon meilleur ami qu'un chef studieux avait retenu au bureau ce soir-là alors qu'il comptait passer à la Fnac voisine pile à la même heure récupérer ses photos de vacances, je suis consciente en permanence du risque perpétuel citadin : une ou des bombes peuvent exploser partout tout le temps, c'est tellement facile de viser une foule. Il ne s'agit pas d'avoir peur mais d'en être conscients. L'annonce d'attentats de ce type ne me surprend donc pas - je veux dire lorsqu'il s'agit de faire sauter un engin explosif dans un lieu suffisamment fréquenté pour qu'une explosion faible puisse faire des dégats -. J'étais plus étonnée en ce jour de juillet 2005 par la défaite de la candidature de Paris pour les JO. Je ne sais plus comment j'apprends pour les attentats la nouvelle. Je pense que j'ai à l'époque sur mon téléfonino rudimentaire des alertes SMS pour les "breaking news" du Monde.

Évidemment c'est le jour où ma fille et sa colo partis de Paris sont en transit par Londres avant de filer vers un college anglais dans lequel elle aime séjourner. Donc j'ai peur, j'envoie un texto par principe tout en sachant qu'elle n'a sans doute pas le forfait qu'il faut pour pouvoir y répondre. Mais de son côté et comme ils ont sans doute subi des retards à cause des événements, elle est au courant, a pensé qu'on se soucierait et s'est débrouillée (en se faisant prêter le téléphone de quelqu'un qui a un bon forfait ?) pour me textoter quelque chose qui dit Nous allons bien ne t'en fais pas.

Happée par le festival, mon rôle à tenir à l'Hôtel des Blogueurs et qui nécessite de me tenir au courant du tour de France, plus des chantiers personnels d'écriture en cours, je perds très vite le fil des événements londoniens. Je crois aussi que c'est une époque où la connexion internet à l'hôtel de La Rochelle dans lequel mes camarades du ciné-club et moi logeons est assez minutée. Alors je ne me disperse pas à suivre des infos générales, je me consacre au cinéma et à mes projets. Il faut dire que je suis encore portée par l'élan de la libération de Florence Aubenas et Hussein Hanoun, que même si elle se montre silencieuse mon amie intime est toujours dans ma vie, très présente, et je ne doute pas un seul instant que nous nous tiendrons compagnie jusqu'au bout de nos jours - je la sais à Marseille à achever un scénario avec de ses amis en vue d'un tournage en août en Arménie et m'attends de toutes façons à recevoir fort peu de nouvelles avant septembre -. J'ignore totalement que je suis ce petit bonhomme de dessins animés qui a dépassé le bord de la falaise et continue joyeusement à avancer alors qu'au premier coup d'œil jeté en bas - une annonce de rupture que l'on me fera en septembre sans toutefois me quitter - il va s'écraser d'un seul coup tout en bas. 

J'ai un peu honte rétrospectivement de mon insouciance et de mon manque de compassion pour les londoniens d'alors. Tout en n'étant pas mécontente d'avoir su profiter pleinement de mes derniers instants légers avant la petite avalanche des catastrophes personnelles.

Quand même, dix ans.

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