Les Finlandais ont tout pigé
Dix ans après (dix ? oui, dix)

De quoi avons-nous été les témoins ?


Il y a comme ça des matins, où rien de fâcheux ne survient mais où les choses grincent, rien n'est aisé. C'est la pluie, une brève ondée, juste au moment de partir, des grilles fermées d'un côté et de l'autre de l'île de la Jatte qui est devenue, merci Julien, notre parcours dominical habituel, une douleur curieuse mais lancinante sous l'extrémité du pied droit apparue vers la mi-parcours, bref, on s'attend à passer un bon moment revigorant et puis en fait, pas tout à fait, non.

Voilà qu'au parc des Impressionnistes, alors que nous effectuions un dernier tour de fin de séance, nous sommes tombés là où sont les tables à pique-nique, un coin relativement reculé, sur un groupe d'une quinzaine d'hommes, pour la plupart en treillis et qui sous l'égide d'un professeur semblaient suivre un entraînement paramilitaire de close-combat. Avec (factice ou non ? pas eu trop l'envie de tapoter sur l'épaule d'un des gars pour lui demander, C'est un pour de vrai ?) de splendides couteaux dont les lames brillaient au soleil, l'un faisait le geste d'un coup au cou, l'autre apprenait le blocage. Il y avait beau avoir un appareil photo sur trépied et une absence totale d'agressivité vis-à-vis du monde extérieur - ils occupaient le terrain le monde extérieur n'avait qu'à aller plus loin -, ça n'était pas une vision agréable, d'autant plus qu'au delà de la réalité des armes se posaient quelques questions : 

S'agissait-il de :

1/ caméra cachée, téléréalité, répétition de cascadeurs 

2/ djihadistes en pré-recrutement 

3/ groupuscule d'extrême-droite ou leur service d'ordre en entraînement 

4/ milice en gestation 

 5/ cosplay d'Apocalypse Now

 

 À l'allure de la plupart - l'extrémisme pseudo-religieux pousse les gens vers une certaine ascèse, or la plupart des types étaient ... euh ... un peu forts -, j'aurais tendance à écarter l'option 2/ 

L'option 1 était peut-être la bonne, mais dans ce cas la caméra était bel et bien cachée. Seul un bel appareil photo se voyait.

Pour le 5/, ça manquait d'hélicos. 

Certains des gars auraient bien eu l'allure de vrais militaires mais en ce cas pourquoi ne s'entraînaient-ils pas dans leurs terrains réservés ? Que faisaient-ils dans un jardin public ?

Ma fatigue, et notre lâcheté m'ont fait repartir avec ces questions. La plupart des coureurs à pied, relativement peu nombreux en ce dimanche de début de vacances d'été, se sont abstenus de passer par le chemin concerné par leur présence. J'étais semblait-il la seule à me formaliser de cette occupation inhabituelle et peu riante de l'espace public. Et il était un peu tôt pour l'arrivée des petites familles que les lieux peuvent intéresser pour pique-niquer.

Je reste donc ce soir, comme avec un sale arrière-goût, à me demander de quoi nous avons bien pu être témoins, et ce que pouvait bien signifier cette phrase entendue au passage "On va commencer par un Merci Bernard". Il n'est jamais plaisant de voir des hommes faits jouer aux petits soldats, même s'il s'agit réellement d'un jeu. Bientôt il faudra ajouter une ligne dans les règlements des jardins, après l'interdiction des ballons durs et du naturisme, entraînements para-militaires proscris. 
J'en ai oublié de faire mes pompes.  

Il y a deux semaines ou trois, non loin de là c'était un cours en plein air de yoga. Plus tôt des jeunes filles qui semblaient préparer un spectacle de danse. C'était agaçant, la musique au lieu du calme, mais beaucoup moins inquiétant.

 

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