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Une fois de plus

 

Une fois de plus tu n'as rien vu venir, cette terrible mauvaise nouvelle concernant quelqu'un que tu ne vois pas si souvent mais que tu aimes beaucoup et pour qui tu ne t'étais absolument pas inquiété du silence inhabituel, un ultime touite mentionnant un lieu de possible villégiature, tu t'étais fait ton petit film de vacances pour elle anticipées. 

Aucune intuition, que dalle. Tout juste si tu ne t'es pas dit, Comme ça, ça tombe bien elle sera de retour vous pourrez vous voir en juillet. 

Et voilà que l'amie réapparaît avec un statut triste et digne expliquant son silence prolongé. Et tu ne sais ni que dire ni que faire pour aider. Ces moments qu'il faut coûte que coûte parvenir à traverser. 

 

La façon dont la mort frappe en ce début d'année 2015 ne laisse pas de m'impressionner. 

(ainsi que mon incommensurable naïveté) (mais c'est très secondaire)


Fighting spirit


Il y eut périodes plus rudes, objectivement. Par rapport à la même date d'il y a deux ans où je venais d'encaisser dans un splendide élan de coordination une rupture inattendue et subie et l'annonce de la fermeture de la belle librairie où j'ai aimé travailler, à la même date d'il y a un an où ma grande souffrait et où nous étions inquiets, par rapport à janvier ce deuil, la folie meurtrière, et par ailleurs le deuil de rupture renforcé. Tout va mieux.

Fors mon absence contrainte au festival de cinéma de La Rochelle, la part culturelle de ma vie est un (beau) rêve éveillé.

Il n'empêche que l'écriture est empêchée par une densification du sommeil qui est devenue gênante.

Il n'empêche que ça ne rigole pas. Que je reste encore secouée de ce qui s'est joué en janvier. Au point de fondre en larmes à la sortie de la projection du film issu du "Petit prince" parce que quelque chose m'avait rappelé quelqu'un.

Il n'empêche qu'il va falloir se battre encore sur plusieurs fronts. Qu'il y aura enfin des congés longs cet été mais sans doute seulement une semaine de vacances (1).

En attendant je progresse dans ce travail qu'au fil de la vie j'ai entrepris sur ma condition physique : me voilà apte à courir une dizaine de kilomètres le matin et rouler une dizaine de kilomètres en début d'après-midi. Et si je parviens à résoudre l'équation travail d'écrire - travail pour gagner sa vie - entraînements sportifs, le triathlon un jour j'y serai. Pas de ceux pour les athlètes, non. Ceux sur des distances courtes. Mais pour des gens qui préfèrent une pratique multiple à une tentante monomannie.  

[Entre deux tomber de sommeil]
Je n'ai pas dit mon dernier mot.

 

(1) En même temps y a pire situation que d'être coincée à Paris. J'en suis extrêmement consciente. Et j'espère faire quelques explorations grâce à mon pass navigo dézoné l'été. 


Épuisement (grand)


Une tâche fastidieuse et qui me faisait beaucoup piétiner m'a été enlevée au travail, et aux douleurs de jambes que je n'éprouve pas je me rends compte d'à quel point je suis allée, croyant bien faire, au delà de mes forces.

Pour autant j'ai toujours cette sensation que je vais mourir de fatigue, d'un instant à l'autre. 

J'ai dormi pendant ma pause déjeuner : je craignais de ne pouvoir tenir jusqu'à la fin de la journée alors j'ai rapidement déjeuné (un sandwich, une compote, c'était vite absorbé), j'ai mis mon téléphone en mode réveil et j'ai fermé les yeux. J'ai toujours eu la capacité d'entrer facilement dans le sommeil mais ça devient à la limite du pathologique : si je m'allonge et ferme les yeux, il vient dans l'instant. 

Ne plus même disposer des quelques secondes nécessaires à mettre de l'ordre dans mes pensées me manque et m'empêche de vivre pleinement : je ne sais plus d'où j'en suis. Le temps n'a plus de consistance. C'est vite. Tout le temps.

Mes yeux se ferment.

PS : ce sommeil bref m'a quand même permis d'assurer la fin de journée dont le rythme fut pourtant soutenu et de profiter d'un doux début de soirée en excellente compagnie. 

Mais dès après être rentrée, l'épuisement est revenu m'enserrer. 

 

 


Retrouvailles de mémoires (le contraire d'un trou, quoi) : 32 fois sans


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Capture d’écran 2015-06-08 à 21.39.49 C'est ce matin en assistant à une présentation de rentrée littéraire jeunesse (1), que tu as appris ce qui était à tes yeux une belle nouvelle : C'était le "Jacob Jacob" de Valérie Zenatti qui avait emporté le prix du livre Inter.

Un des romans qui t'avait le plus émue à l'automne. Quelque chose qui disait la fragilité d'une vie, les liens familiaux et leurs ambivalences, les vies simples, déjà dures en temps de paix et que les guerres savaient compliquer. Et qu'aussi une bonne personne ne se laisse pas si facilement oublier, qu'elle peut influencer vers le mieux la vie de ceux qui lui survivent ; encore longtemps après. 

Tu t'es souvenue avec joie de cette soirée à l'Attrape-Cœurs, il y a déjà plusieurs mois, alors que l'homme d'ici craignait soudain de perdre son emploi et que l'auteure invitée était si chaleureuse et partageait si bien ce qui touchait à son travail y compris dans sa part affective, que nous en étions repartis avec une intelligence agrandie.

Une fois livrée à toi même, ça retombe assez vite, tu retrouves tes limites, mais pendant quelques heures d'un soir tu as l'illusion d'être de ceux qui comprennent. La descente est moins douloureuse que celle d'après avoir cru que tu étais éligible à l'amour. Et contrairement à cette dernière l'illusion de l'intelligence laisse toujours quelques bribes de réflexions qui font grandir.

C'est pour toi ces derniers mois une période d'épuisement. Au point que tu attends les congés d'été pour savoir si tu dois où non vraiment t'en inquiéter parce que si à leur occasion tu ne récupères pas ça risque d'être signe que quelque chose quelque part ne va vraiment pas. Donc tu es rentrée de ta journée, le temps de prendre une douche, de croire ouvrir un livre et direct tu dormais.

C'est au réveil, après un frugal dîner gentiment préparé par l'homme en rentrant du boulot (2) que ta mémoire a soudain eu deux rouages qui se sont emboités et que t'es réapparu évident que tu "connaissais" Valérie Zénatti d'avant. Certes d'avoir aussi lu certains de ces romans jeunesse, qui sont d'une qualité d'écriture aussi nette, mais qu'elle avait participé au livre "Cent jours sans" publié du temps du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Et la mémoire en est d'autant plus vive que tu avais participé aux relectures techniques (3) et qu'entre tous ce texte-là t'avais marquée. Parce qu'il était tonique et plein d'espoir mais sans se voiler la face. Tu te revois ce jour-là, ensoleillé, la matinée chez le notaire à Sannois pour la succession de ton père mort six mois plus tôt et la tristesse de ce moment-là où l'on mesure ce que l'administration considère qu'il reste de la vie d'un homme honnête qui avait su sortir de la pauvreté mais pas très riche pour autant - "et vous souvenez-vous si à la date du décès vous aviez ou non déjà réglé la facture d'électricité ?" fut-il demandé à ma mère, entre autres incongruités ; Quelle est la valeur de votre voiture ? (une vieille que mon père entretenait avec soin et dont le souvenir du prix d'achat n'était d'aucune utilité) - et juste débarquer gare du Nord par le train de banlieue, passer vite fait au marché couvert acheter une bouteille, passer par la rue de Paradis pour le bon augure, monter chez Marie qui t'attendait. Caroline était là, Lucie aussi brièvement, avec une de ses amies. Les heures studieuses sur la grande table, le repas sur le pouce préparé par Marie, et qu'en fin d'après-midi tout était fait. Et combien tu te sentais utile, et que tu n'en demandais pas plus, enfin si que les otages rentrent et en bon état. "Ces phrases qu'on voudrait entendre très vite."

 

C'est fou, il aura fallu le prix du livre Inter et une sieste à l'heure de l'apéritif pour que ça te revienne. D'heureuses (4) retrouvailles de mémoire, soudain, dix ans après. 

 

PS : "Cent jours sans" était un livre de cent textes courts écrits par différents auteurs, certains du comité, d'autres sympathisants, paru le 13 avril 2005 (à la mémoire, je peux me tromper de quelques jours), et vendu au profit du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Sophie Calle et Marie Desplechin avaient rassemblé les contributeurs puis leurs contributions, Actes Sud avait pris en charge l'impression. Je me souviens d'un mercredi après-midi de fous d'envoi des cartons pleins des livres aux libraires de toute la France. Le fiston était là, volontaire, qui avait aidé comme un grand. S'il n'y avait eu le péril qui menaçait ceux que l'on tentait d'aider, c'est un de mes plus beaux souvenirs : quand le travail s'organise collectivement avec efficacité, qu'on est assez pour ce qu'il y a à faire, quand on peut croire à nos capacités.
Et Solange Richard qui coordonnait tout et abattait un boulot impressionnant.

PS' : En prime t'est revenu le slogan qu'avait trouvé le fiston (alors 10 ans) "Les soutenir c'est l'avenir". 

PS" : Je prends conscience que si l'attentat contre Charlie Hebdo m'a mise à ce point à terre, c'est en plus de la part de deuil personnel sans doute aussi ça : n'avoir rien pu faire, rien, tout s'est joué d'un seul coup en ce sale jour là. Dix ans plus tôt très exactement, la mauvaise nouvelle n'était pas définitive, on pouvait tenter de lutter, agir, se rassembler, aussi dérisoire que ça puisse paraître dans un premier temps.

PS"" : Ce billet c'est n'importe quoi, je ne suis pas parvenue à stabiliser le je le tu le nous, le présent, le passé, je suis partie sur tout autre chose que ce que je voulais expliquer (mon lapsus sur twitter entre "Joseph" et "Jacob", effectivement issu de ma retrouvaille de mémoire) et surtout un grand bravo que je voulais écrire pour Valérie Zenatti et ce prix du livre Inter qu'elle vient de recevoir.

Voilà le genre de choses qui arrivent lorsqu'on n'a pas assez de temps pour écrire, ça part dans tous les sens, on ne canalise pas (et voilà un zeste de "on" pour la peine).

 

(1) Actes Sud, Rouergue, Hélium entre autres

(2) En fait tu comptais te reposer un quart d'heure puis préparer à manger. Tu as probablement dormi deux heures et d'un seul trait. 

(3) Il n'était pas question de corriger les textes, seulement les coquilles éventuelles ou de malencontreux copier-coller, des répétitions intempestives et des problèmes de veuves et orphelines dans la mise en page du premier jet.

(4) Puisque comme dans les films hollywoodiens, et contrairement au reste de la vie, tout s'est bien fini.

[copies d'écran personnelles des pages de "Cent jours sans" écrites par Valérie Zenatti pour Florence Aubenas il y a dix ans de cela ; j'espère que ça ne pose pas de problèmes de les citer]


Et à la fin


  20150607_101843   Magnifique travail d'animation dont je suis sortie essorée - moi qui fais partie des êtres humains que Le Petit Prince bouleverse -,  la partie en stop motion qui restitue le livre me semble respectueuse qui est de toute beauté.

Et à la fin c'est le méchant grand financier qui gagne, celui qui transforme les étoiles du ciel à son profit : vous êtes allés voir le film, vous l'avez enrichi.

 #lepetitprince

PS : C'est curieux, il aura fallu que l'enrobage de l'histoire fasse que l'héroïne soit une petite fille et sa référence adulte initiale une femme, sa mère, pour que je prenne conscience que dans le livre de Saint-Exupéry ça n'était que des garçons et l'élément féminin la rose, séductrice et narcissique. Ça fait du bien que le personnage principal soit enfin une fille, intelligente, dynamique et qui physiquement ne se ménage pas. Je l'avoue, j'ai aussi adoré l'idée du devenu grand dadais.

PS' : Les concepteurs n'ont pas compris que les mathématiques c'était de la poésie (aussi). En vrai c'est du droit qu'il aurait fallu faire faire à la gamine pour montrer qu'elle étudiait des choses productives.

PS" : Je me trompe ou c'est plutôt un film pour jeunes adultes qu'un film pour enfants ?

 


Bordel merde (non, pas lui en danger, pas déjà)


Après avoir lu "Daisy sister", d'Henning Mankell donc, en pleurant - ce n'est pas un chef d'œuvre de la littérature, non, mais une œuvre d'une telle justesse sociale et si incroyablement respectueuse des femmes alors que son auteur n'avait que 33 ou 34 ans lorsqu'il l'a écrite -, j'ai voulu en savoir un peu plus, précisément sur ce dernier point. Comment se faisait-il qu'un gaillard qui ne semblait pas issu d'un milieu ouvrier (1) et qui était alors jeune avait été capable de si bien rentrer dans la peau d'ouvrières, dans ce que les femmes qui tentent de s'en sortir mais s'en trouvent empêchées peuvent se dire, je voulais comprendre.

Et puis je suis tombée sur l'annonce officielle datant déjà de plus d'un an, qu'il était atteint d'un cancer et que les choses se présentaient difficiles. 

Et sur ce texte : It is possible to live with cancer

Je m'aperçois que depuis bientôt deux ans je patauge tellement dans ma propre vie, et suis si fatiguée, que j'ignore si je l'ai su et l'ai oublié - en mode "Je ne veux pas le savoir" ou sa variante, "Ça doit être une rumeur" - ou si je l'ignorais.

Cette interview est disponible qui semble fort récente. Le sens du qualificatif obotlig est hélas évident.

Ça m'énerve de ne pas disposer de mon temps, sinon j'apprendrais le suédois. Pour le plaisir de pouvoir lire ses livres ainsi que ceux de Maj Sjöwall et Per Walhöö en V.O. Je leur dois tant.

 

 

(1) J'avais peut-être lu ou entendu quelque chose à ce sujet. Toujours est-il que j'en étais persuadée.