Très beau texte de Joann Sfar sur la montée des intégrismes en général et l'antisémitisme en particulier
Une sensation de ma jeunesse

Aller mieux

 

Aller mieux après avoir été touchée par les événements des 7 au 9 janvier qui sont survenus dans une période où je commençais tout juste à refaire surface et moralement et financièrement après le double coup dur de l'été 2013 et des soucis familiaux sérieux côté santé en 2014, ça peut vouloir dire :

- ne plus éclater en sanglots de façon intempestive, sans aucun signe avant-coureur ;

- avoir un peu plus de soirées - ça tombe bien, c'est la saison de présentation de rentrée littéraire -, et un peu moins d'heures de sommeil irrépressible à peine rentrée du travail de libraire ;

- recommencer tout doucètement à retrouver le temps d'écrire, reprendre le fil des chantiers rédactionnels qui par la force des choses se sont trouvés mis en jachère ; se lancer avec l'aide des amis qui ont aussitôt répondu présents alors qu'ils n'ont pas que ça à faire, dans un nouveau petit chantier ;

- recommencer à être capable de tenir un agenda, en particulier prévoir des semblants de vacances afin d'avoir des jalons ("tenir jusqu'à") ;

- être repartie, dirait-on, pour un rythme retrouvé de rencontres fortuites dans cette pas si grande ville qu'est Paris. C'est en renouant avec cette "habitude" que je m'aperçois à quel point elle me manquait. Il faut dire que je renoue via de belles retrouvailles, qui me mettent du baume au cœur.

 

Aller mieux ne veut pas dire :

- être capable de supporter une surpression professionnelle ; des injonctions contradictoires ; une augmentation de temps de travail.

- avoir cessé de pleurer, avoir cessé d'être envahie par des images d'avant, comme des bonheurs fracassés. D'autant plus que différents "avant" se superposent. L'attentat du 7 janvier en me faisant perdre un ami a ravivé les peines précédentes qui n'étaient pas encore totalement cicatrisées, d'autant que la cause de l'une d'elle a jugé bon de se manifester en ce moment précis (1). C'était très dur ce paquet cadeau à faire (en plus à un client fort gentil, qui aurait été terriblement embarrassé si j'avais craqué) sur Catharsis de Luz ;

- être sortie de cet état très particulier de suffocation. Le mélange chagrin impuissance rage se monte en une sale mayonnaise qui me fait par moment perdre la respiration.

Dans le contexte, des nouvelles comme le choix respectueux du peuple irlandais - pourtant encore très catholique (2) -, ou le regain d'intérêt de la jeunesse espagnole pour la politique (3) me mettent un peu de baume au cœur.

 

(1) Curieusement cette semaine, la réflexion d'une commensale sympathique lors d'un dîner d'après Encyclopédie et par ailleurs un passage de "Pukhtu primo" qui a aidé à une compréhension comme seules les fictions savent le faire : en parlant de tout autre chose, sont venues me fournir des explications plausibles. C'est terrifiant, je passe une grande partie de ma vie à tenter de piger pourquoi les gens agissent comme ils le font. 

(2) Je serais François, Pape, je me poserais des questions.

(3) Entendu à un journal radio de 13h que le taux de participation était très encourageant. 

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