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Tant qu'à vivre autant rire (le plus et le mieux que l'on peut)


P4271785 - Version 2

"Riche Pourquoi pas toi ?"

 

Alors c'est Erika de l'Attrape-Cœurs qui faisant son boulot de libraire, parce que voilà les libraires font envers les autres libraires aussi très bien leur boulot de libraire et que comme disait Xavier si on veut sauver la filière du livre il suffit de payer 3000 €/mois tous ceux qui y bossent et le tour sera joué, c'est Erika donc qui m'a dit voyant que j'achetais un petit poche des Pinçon Charlot m'a dit si tu aimes ce qu'ils font il y a une BD, tu vas te bidonner. 

Et c'est donc à eux, à elle et à Marion Montaigne qui a conçu cet album que je dois d'avoir vu mon blues de fin de vacances - parce que oui même si on aime bien son job on souffre du blues à l'heure de rentrer, surtout quand on a été trop crevée pour faire autre chose de son travail personnel que de le rêver - se transformer en un grand éclat de rire. 

Car si le fond du boulot est tout à fait sérieux, et sur la constatation triste d'un monde qui glisse vers un déséquilibre de répartition des biens de plus en plus criant (1), le parti est pris de la bonne humeur et du rire partagé.

Et ça fonctionne tout à fait. On se bidonne, il y a une bonne dose d'auto-dérision concernant nos deux sociologues. Puis ça donne à penser.

Un de mes éclats de rire (entre plein d'autres je tiens à le signaler et beaucoup moins personnels) est venu de ce passage : 

P4271786 car je me demande ce que je suis moi qui présente comme ça :  20150427_213429

Je comprends soudain mieux ma grande solitude.

Vous voulez rire et piger des trucs ou mettre enfin des mots sur des impressions que vous éprouviez, n'hésitez pas : FONCEZ

Il y aura bien pas trop loin de chez vous une librairie où vous le trouverez.

Au passage je découvre ou redécouvre un blog BD digne d'être suivi, celui de l'auteure :

Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même).

 

 

(1) Après une période au fond si miraculeuse jusque vers les premières années 80 où dans les pays d'occident on a pu croire à un avenir de plus en plus équitable. Pauvres naïfs que nous étions.

 


... et dites-le leur avec respect lorsque vous ne les aimez plus (réflexions induites par un autre billet)


Capture d’écran 2015-04-27 à 11.13.56Très beau billet chez Zythom qui a infiniment raison et le dit mieux que je ne saurais l'exprimer. On ne dit pas assez à ceux auxquels on tient qu'on les apprécie.

Le mal-être, quant à lui, n'est pas toujours visible et je crois que Zythom se fait sans doute à lui-même un reproche qu'il ne mérite pas.
Un de mes amis, quelqu'un qui a compté, s'est suicidé il y a vingt ans. Il avait tout prévu, organisé, planifié. Au point de nous faire croire à tous à un projet professionnel de reconversion, qui convenait à ses compétences et qui l'enthousiasmait. Il avait en fait bâti une fiction. Personne n'avait rien vu, pas même son compagnon, pas même un collègue qui l'avait croisé dans la rue sans doute moins d'une heure avant, habituelles salutations. C'était un lundi. Le jeudi suivant un salarié du même service mais qui n'avait pas connu celui qui avait choisi de s'arrêter là, dépressif en retour au travail mais sans qu'on nous en ai avertis, posait à la cantine quelques questions sur ce qui s'était joué pour ce premier collègue et partait se jeter sous le RER A. Mon amour des livres m'a sauvée des remords : j'avais mangé vite fait pour filer ensuite chez Del Duca, ma librairie d'alors (ou bien à la bibli : en l'écrivant j'ai un doute). Je n'avais donc pas participé à la conversation qui avait concouru à l'ultime impulsion. Mais ça aurait pu. Et je ne me serais pas plus doutée de quoi que ce soit que mes autres collègues, à moins d'une bouffée subite d'intuition, je ne crois pas.

Voilà pourquoi je crois que percevoir le mal-être est le plus souvent bien plus compliqué qu'on ne croit.

Il y a autre chose. 

Je commence à atteindre une respectable longévité. J'ai eu cette chance inouïe de naître équipée d'un naturel heureux, si rien de particulier ne va concrètement mal, je vais bien. Ou si les choses qui vont mal restent dans une proportion supportable. J'ai été une gamine maladive et précoce, poussée dans un pays aux conditions économiques alors favorables et en paix.

Ça m'a rendue paisible et philosophe, apte à savourer ce qui se présente de bon. Je n'y ai aucun mérite, c'est un don du ciel, dont aucun de mes parents n'était équipé (à moins que la guerre qu'ils ont connu enfants ne le leur ai volé).

Il n'empêche que par trois fois j'ai été en danger et une fois pas menacée mais très mal. Du plus violent de ces coups durs, quelqu'un d'attentif m'a sauvée. Et que j'ai pu à chaque fois compter sur de très bons amis, sur la famille un peu aussi. Sur des projets personnels auxquels je tenais.
Ça a toujours été lorsqu'on m'a dit, ou fait comprendre qu'à la suite d'une meilleure rencontre j'étais devenue celle de trop. À chaque fois ça a été une explosion en vol car de mon côté tout semblait aller pour le mieux, aucune dégradation partagée de la relation, jusqu'à un ou deux symptômes de l'autre à mes yeux inexplicables (des colères subites et sans causes compréhensibles, dans d'autres cas un silence prolongé, ou encore un voyage à Paris sans qu'on puisse se voir, un week-end pas trop loin sans proposition de se retrouver ou un débat virulent sur les méfaits du numérique qui était en fait celui qui n'était pas osé avec l'autre qu'on séduisait) précédant de très peu un aveu. J'ai à peu près compris d'où ça venait : en amour parce que je ne suis pas séduisante et donc sers bien à consoler mais quand ça va mieux les bien-aimés filent vers la fausse blonde de leurs rêves, globalement parce que sans doute par un mécanisme un peu semblable à celui qui joue de mauvais tours à l'ami Xave je suis ennuyeuse sur le long terme. Sans compter que perpétuellement fatiguée j'ai besoin de repos plus que la moyenne des gens. Je suis une moche au bois dormant. Ça ne reste pas très longtemps attirant. Donc OK ce n'est pas moi que l'on souhaite garder et quand il y a un besoin d'exclusivité je suis celle qu'on éjecte.

Seulement voilà, il y a différentes façons de procéder. Et c'est très dangereux de le faire sans respect.

Le respect ? Le dire au moins sans trop tarder (1). Venir le dire en face, quelle que soit la difficulté. Avoir au moins ce courage (2). À défaut écrire un courrier, une lettre, quelque chose qui dit que même si c'est fini quelque chose a compté. Éviter le silence sans explications. Éviter le texto (3), et le vague coin d'un mail (4). Ne pas jeter les gens comme des mouchoirs en papier usagés.
Les traiter comme des objets périmés, surtout s'ils n'ont rien d'autre à se reprocher que de n'être qu'eux-mêmes, et le moins-bien d'une nouveauté, c'est leur faire courir un danger.

Ce qu'écrit Zythom est le plus important : Dites leur que vous les aimez.

Mais sachez aussi, lorsque quelqu'un n'est plus l'objet de votre affection, le lui dire avec respect.

 

 

(1) Et non pas quinze ans après comme c'est arrivé. Ou après l'annonce d'un prochain chômage et donc d'une période probable d'inefficacité dans l'aide professionnelle apportée.

(2) Mon premier amour pourtant un tout jeune homme en ce temps-là, et peu fortuné alors que ça nécessitait un long trajet, l'avait fait. Trente-deux ans après nous sommes toujours amis. Et j'ai mis le temps qu'il fallait mais j'ai très proprement guéri.

(3) J'ai dû échapper de peu à "T'es pas une bombasse, l'autre si. Adieu. Lol"

(4) Sur le mode Au fait j'oubliais j'ai rencontré quelqu'un mais tu peux rester, y pas de soucis, cesse simplement de m'envoyer des mots trop affectueux, j'ai bénéficié d'un exemplaire merveilleux. Je serais Sophie Calle j'en ferais une expo


Tu ne veux pas te l'avouer mais en fait tu attendais


P4261803C'est au vu du peu de courrier, que des choses sérieuses, de la banque, des relevés, ou inutiles et publicitaires - non, tu n'as pas d'argent, avec quoi est-ce que tu achèterais ? - et que ton cœur s'est serré en constatant e peu, que tu t'es rendue compte que : 

- oui, tu espérais malgré tout encore et toujours un mot d'excuses, et pourquoi pas sous forme d'une lettre, une vraie, celle qu'il aurait dû au minimum t'écrire il y a deux années, pour le message malencontreux et affligeant du 8 janvier. Une amie qui a vu combien plusieurs mois plus tard encore tu en souffrais t'a soufflé, Tu sais c'était peut-être un envoi programmé. Et depuis tu te conditionnes à la croire, mais voilà, un mot qui dirait :

Je suis désolé, je n'avais pas suivi l'actualité française, j'étais préoccupé par la sortie de nos livres, et puis vraiment je m'en veux mais j'avais oublié que tu connaissais Honoré.

te délivrerait de quelque chose qui te fait intérieurement saigner. Être plus ou moins quittée pour une autre, ça ne faisait guère que la quatrième fois qu'on te le faisait et la sixième en comptant différentes menaces jamais réalisées, donc ça fait toujours aussi mal, mais OK. Avoir aimé quelqu'un capable d'autopromotion niaise béate joyeuse insouciante virevoltante au lendemain d'une tragédie collective à part personnelle qui plus est, ça te laisse une fente au cœur, un doute solide (est-il en plus d'être fou d'amour devenu fou tout court ?), une question obsessionnelle (Mais pourquoi pourquoi pourquoi a-t-il fait ça ?). Et le chagrin dont tu t'étais crue délivrée s'en trouve en fait réactivé.

- et oui aussi, il faut l'avouer, tu espères des nouvelles de F. B. (1). Dans la panade actuelle, ça te réconforterait.

[photo qui n'a rien à voir, quoi que : sur le stade de #MaNormandie un défibrilateur sous clef, l'esprit Shadok n'est pas mort, le goût de l'effort inutile : à quoi peut diable servir un défribrilateur s'il faut plusieurs minutes avant de dénicher le gars qui a la clef ?]

 

(1) Que surtout François Bon ne se sente pas concerné, en fieffés internautes on se tient au courant même lorsqu'on ne s'écrit pas directement. Ni d'ailleurs aucun de mes amis de l'internet qui aurait les mêmes initiales. Il s'agit de quelqu'un qui y est très peu - ou alors sous un pseudo resté secret à ce jour -.


Moment rare (très)


    Étant donné que nous avons attendu pour quitter notre refuge normand d'avoir tous les deux, l'homme et moi, achevé nos lectures en cours, principale activité de derniers jours pluvieux, je suis en cet instant sans aucun livre lu en suspens (1). Ça ne m'arrive presque jamais dans la mesure où j'en lis souvent au moins trois en parallèle : pour le boulot, pour mon plaisir, un de genre (polar, poésie), ou pour les jeunes, ou un en "blanche vieillesse" ou encore un essai. Sans parler des formats : un lourd qui reste à domicile, un léger pour les transports. Mais comme j'étais libre de mon temps et dévoré les trois derniers d'une traite, plusieurs ont pris fin en même temps.

Ça donne un peu le vertige. La totale possibilité d'un choix. Je n'en ai pas l'habitude, guidée à l'ordinaire par des dates de rencontres ou des relectures promises. 

Et si j'en profitais pour intercaler une BD ?

 

(1) Hormis les longues œuvres (La Recherche, des journaux de bords, Les mémoires d'Outre-tombe ...) mais qui ne comptent pas pareil et sont d'ailleurs plutôt des lectures de types "deux pages au réveil chaque matin".

PS : À la réflexion, si, il y en a un mais je l'ai volontairement mis de côté parce qu'il me faisait trop d'effet. Je dois le lire avant mardi en huit pour le cercle de lecture de l'Attrape-Cœurs, et j'attends d'aller mieux - même si je ne vois pas trop comment -.

 


Les aléas du net normand (billet destiné à faire rire dans quelques années)


    Le fait est que la petite maison de Normandie où pour cause de dèche plus ou moins grande, de congés parfois accordés au dernier moment - employeurs de l'un ou de l'autre de nous autres les parents, les congés scolaires quand nous dépendions aussi de ceux de nos enfants étaient heureusement connus à l'avance -, et aussi du fait que nous aimons beaucoup la région, nous est prêté par ma mère dont ce n'est pas vraiment même une résidence secondaire : elle appartenait à son propre père qui longtemps l'avait louée car lui-même habitait au-dessus d'un magasin qu'il tenait, mais ne pouvait acheter (1). 

Mon père a fait avant son décès beaucoup de travaux dans la petite maison et presque tout lui-même. Elle est donc habitable, eau, gaz, électricité, chauffage. Mais ne comporte rien de superflu pas même une ligne téléphonique. Il y avait deux cabines à proximité et lorsqu'on avait besoin d'appeler on les utilisait. Une de mes tantes et son époux habitaient dans la petite ville et l'on pouvait les appeler et nous laisser un message en cas de besoin urgent pour nous joindre.

Pas de chaîne hi-fi - juste un radio cassette CD que j'ai fini par acheter un été ; et une antique radio-cassette -. Pas non plus de télé.

Tout ça nous allait bien. On venait pour se reposer. On se promenait beaucoup. L'été j'allais nager. L'homme de la maison allait à la pétanque (2). Parfois nous allions au ciné. J'ai un souvenir joyeux d'"Un indien dans la ville" à Carteret.

Et puis l'internet est arrivé dans nos vies. 

Et avec lui le manque quand il n'y était pas.

Les locaux semblaient fort peu intéressés par cette amélioration technique ou alors à titre privé. 

Au début je me faisais une raison, c'était d'ailleurs du temps où nos connexions à domicile étaient rationnées - qui se souvient des 10h / mois de France Télécom (était-ce déjà Wanadoo ?) -. Je prévenais mes interlocuteurs. Je leur écrivais - ça m'arrive encore - des lettres en papier.

Puis j'ai fait partie du projet "Voice of a city : Paris" et ça s'est singulièrement compliqué : je devais fournir au moins quatre billets par mois. Ma vie d'alors partagée entre le job d'ingénieur, les tâches de mère de famille et l'écriture qui avait commencé à me rattraper ne me permettait pas de les préparer à l'avance. Je devais donc me débrouiller pour coûte que coûte les publier.

Alors il y a eu :

- l'époque de la poste ; dans les bureaux de poste un ordinateur d'un modèle bizarre avec une connexion spéciale pour laquelle il fallait ouvrir une adresse à laposte.net existait. C'était lent à l'extrême. Ça permettait au moins de lire ses messages. Voir si aucune catastrophe n'était intervenue au boulot. Et ça n'était pas dans toutes les postes. Par exemple de La Haye du Puits il fallait aller au moins jusqu'à Coutances.

- l'époque de la bibliothèque ; je ne saurais jamais si c'était parce que la personne qui était de permanence cette année-là m'avait prise en pitié ou si c'était prévu qu'ils puissent dépanner mais moyennant quelques francs (ou euros, allez, quand même) on pouvait squater un des ordi de la petite bibliothèque. C'était bon enfant parce qu'on pouvait en fait avoir accès à leurs données. C'est sans doute la raison pour laquelle l'année suivante ou celle d'après c'était fini.

- l'époque du garage avec les gamers. Un gars malin avait équipé son garage dans une petite rue de pleins d'ordi et d'une connexion costaud. Ça n'était pas très cher. Ça fonctionnait bien. J'y allais alors avec le fiston, ravi, qui jouait pendant que je tapais au milieu des cris et d'étranges exclamations - "Mais je suis pas un elfe, moi, merde !" - mes textes un peu sérieux. Plaintes des voisins ? Reproches des parents ? Simple déménagement ? Deux étés plus tard, plus de garage et tout était comme si le lieu n'avait jamais existé. Les deux personnes du coin à qui nous osâmes poser la question nous firent une réponse vague en p'têt ben qu'oui p'têt ben qu'non qui faillit nous faire partir en fou-rire. Parfois les préjugés poussent sur un fond de vérité.

- l'époque de la salle municipale dans les locaux du collège. La connexion était lente, les horaires très délimités mais l'accueil sympathique. Et la personne visiblement soulagée de constater que la dame pas toute jeune avec son ado savait parfaitement naviguer. Ça n'était pas cher. Inconvénient : en cas de panne en août c'était foutu pour jusqu'à la rentrée : les serveurs étaient au rectorat ou quelque chose comme ça. Ça laguait. Il y avait un proxy féroce de type "surveillance enfants" ce qui fait que parfois je risquais de ne pas pouvoir accéder à mon propre site. Glorieux fou-rire ravalé également lorsque la personne de l'accueil expliqua à des touristes anglophones qu'ici c'était du haut débit, le fiston et moi nous planquant derrière nos écrans en évitant de croiser nos regards.

- l'époque de Hé les copains vous n'auriez pas un code SFR ? Euh non finalement free. Et merde, il n'y a que Bouygues qui fonctionne. Quelqu'un serait sur Bouygues ? 
Merci à tous ceux qui m'ont aidée dans ces années-là.

- dans les mêmes années je pouvais passer par mon téléphone mis en relais mais le résultat était incertain et long à obtenir. En plus que ça mettait complètement à plat la batterie. C'était encore Bouygues qui fonctionnait le mieux moins mal.

- l'époque encore récente de l'apparition d'Orange dans les choix de réseaux captés et que moyennant la mise à disposition de ma propre livebox en relais je pouvais avoir des codes d'accès pour le réseau orange, timide et fluctuant que je captais.

- en parallèle des utilisations ici ou là dans des cafés qui quand même vers 2012 ont commencé à s'équiper de wi-fi. Gros inconvénient : devoir parfois supporter certains habitués aux attitudes pesantes et aux propos, disons, déprimants. Et s'y trouver en temps nécessairement limité. 

- ces vacances-ci où, sans doute comme suite à un changement de voisins, plus de free quoi que ce soit, uniquement des réseaux privés du voisinage et où heureusement moyennant hélas un surcoût et de solides limites de quantités de données transférées, j'ai pu utiliser mon téléphone nouveau et efficace comme modem. Avantage : connexion fiable et pas trop lente. Inconvénients en plus de son coût : cette limite, gênante pour moi qui fais surtout en vacances, de nombreuses photos. Attendre d'être rentrée pour les déposer sur flickr. Ne pas en publier trop sur mes blogs. Par ailleurs, ne surtout pas regarder même si parfois c'est tentant - des amis les ont partagées - de videos. 

Persuader ma mère de faire installer une ligne permettant ensuite un équipement en box internet serait la croix et la bannière. De plus il nous faudrait prendre en charge à l'année un coût d'abonnement qui ne servirait qu'à certaines périodes. Nos ressources sont trop limitées.

Il va donc falloir continuer d'avoir soit de bonnes connexions (BNF, maison ...) mais pas assez de temps personnel, soit du temps personnel à foison mais pas ou peu de connexion. Et je ne sais pas trop écrire sans, tant j'ai l'habitude difficile à défaire de vérifier orthographe, grammaire et compléments d'informations au fil de l'eau, très vite, sans m'interrompre dans le flux de l'écriture.

Enfin, ces périodes "unplugged" qu'on pourrait trouver salutaires ne le sont pas tant : dans ma vie quotidienne je reste de longs moments loin des ordinateurs du moins de leur usage personnel et donc à l'inverse ça me détendrait de pouvoir un peu flâner sur les sites et les blogs lorsque mon temps se trouve enfin libéré. Sans parler du choc qu'il y a à reprendre pied dans la marche du monde, lorsqu'après quelques jours avec les infos perçues seulement aux gros titres des journaux et à quelques bribes lues sur le téléphone, donc oui, je rentre en sachant déjà qu'il y a eu de forts tremblements de terre au Népal, je l'ai LU, on se mange d'un seul coup toutes les catastrophes, les guerres, les saloperies politiques, tout, et que par exemple ça s'est passé comme ça :

 

J'aimerais autant, étant donné mon état habituel de trop grande porosité pouvoir suivre les événements à mesure qu'ils surviennent. Étant donné mon impuissance dans la plupart des cas, c'est moins violemment désespérant.

Même si la conscience qu'avoir des soucis de connexion est un luxe ne me quitte jamais pour autant. (et qu'en ce moment je n'ai aucune obligation professionnelle de publier par connexion régulièrement).

 

(1) Je n'ai jamais su pourquoi. Les propriétaires sans doute à cause de la guerre n'avaient pas voulu ou pu vendre.

(2) Il gagna même une année à un concours 2kg de saucisses. Les enfants étaient petits. On en a mangé pendant toutes les vacances.


Les confidences que je n'avais pas faites (heureusement)


Impressionnée par ma lecture du jour - ce bonheur des vacances quand les enfants sont grands et la vue encore bonne : pouvoir lire un roman de A à Z sans presque s'arrêter -. Un thriller érotique dont le crime semble assez secondaire en fait et dont le charme à mes yeux n'est pas dans les passages censément affriolants (1).

Il se trouve que l'un des personnages et ce qui lui arrive du point de vue affectif ressemble assez fort à ce que j'ai traversé il y a bientôt une dizaine d'années. Être rejetée par ceux qui issu d'un autre monde social l'avait dans un premier temps adoptée. Présenter malgré soi un danger. Des éléments de ce genre. Se trouver sacrifiée à une ambition que l'on est incapable de comprendre lorsque l'on vient et que l'on est encore dans un milieu où seule importe la survie.

Il se trouve que la femme à laquelle comme lectrice et sœur de malheur je m'identifie pique une tête dans un bras de fleuve ne pouvant résister à l'appel de l'eau - ce qui est quelque chose qui pourrait totalement m'arriver, tant j'ai de mal à rester plusieurs jours sans nager -.

Or l'auteur ne m'est pas inconnu. Il est l'ami d'un ami, nous nous rencontrons parfois, avons participé à quelques soirées communes.

Il se trouve que je ne lui ai fait aucune confidence, en société je préfère profiter du bon, je n'aime pas parler de moi si ce n'est pour rendre service à quelqu'un qui traverserait une mauvaise passe comme j'en ai connues. Que notre ami commun sait quelques éléments de ma vie personnelle mais pas l'épisode qui présente certaines similitudes avec celui du roman.

Il se trouve que bien décidée à échapper à la pente glissante de l'autofiction, je n'ai pas commis de manuscrit sur ma malheureuse histoire, rien qui ne traîne dans quelque maison d'édition.

Peut-être tout simplement que ce qui s'est joué dans ma vie comme dans la fiction est caractéristique de notre temps, du hic et nunc très bien capté, d'ailleurs, dans ce roman. 

N'empêche.

Si j'avais raconté quoi que ce soit à cet homme sympathique, ou laissé quelques traces explicites que j'aurais pu imaginer transmises, je serais probablement en train de me dire qu'il est un peu gonflé, qu'il aurait pu me demander mon avis avant que de l'utiliser.

Il sera(it) sans doute le premier surpris d'apprendre qu'il a vu si juste que ça ressemble, dans sa part la moins spectaculaire mais la plus implacable à quelque chose que j'ai connu. Le même engrenage de sentiments et de contraintes sociales qui y produisent un revirement.

Je me dis que le métier d'écrivain n'est pas simple : qu'on peut facilement se trouver accusé d'avoir utilisé ceux qu'on connaît, alors qu'il peut simplement s'agir d'avoir très bien imaginé. Trop précisément intuité.

(et je suis rudement contente des confidences que je n'ai pas faites, ce qui m'a permis d'apprécier l'ouvrage, quoique par moment un tantinet estomaquée) (et que du coup on pourra continuer à boire des coups joyeusement, sans que s'infiltre un doute insidieux)

 

 PS : Le drôle du truc c'est que si j'avais lu le roman avant l'épisode de ma vie ressemblant j'aurais trouvé tout ça bien un peu invraisemblable. Alors qu'à présent je le trouve d'une justesse criante.

PS' : Le versant un peu gênant, c'est que les autres personnes concernées si elles tombent sur le roman et apprennent que l'auteur et moi on se connaît, pourront croire que j'ai parlé et qu'ils sont personnellement visés. En plus qu'on fait d'eux de vrais assassins (ce qu'ils n'ont pas été sinon je ne serais pas là pour écrire ce billet). Dans la collection des apparences trompeuses ...

 

(1) Non qu'ils soient mal écrits, il y a d'ailleurs ce qu'il faut d'humour et de respect réaliste avec les limites que les corps imposent, c'est peut-être même sensuel. Mais, effets des difficultés générales de la vie, d'un désir congédié, de mon corps fatigué, et qui sait peut-être un peu de l'âge, les mots en la matière me laissent assez indifférente.


Longtemps sans (trop)


P4201804Je n'étais pas revenue dans #MaNormandie depuis le 17 août. Il faut une demi journée de route pour y aller et encore quand ça roule, le train n'y va pas jusqu'au bout, venir pour moins de cinq jours représente une création de fatigue plutôt qu'une récupération. 
L'idéal serait de disposer d'une petite voiture là où va le train, une vingtaine de kilomètres. Mais je ne fais pas partie des femmes que les hommes écoutent, seulement de celles à qui l'on explique que ça n'est pas possible, vraiment, non (1). Donc pas de voyages en train. Donc pas de Normandie pour mes week-ends de 3 jours alors que de loin en loin ça ferait tant de bien. 

Et pas de vraies vacances depuis une quinzaine l'été dernier et au 15 août un week-end prolongé, donc même ici, ce simple ici, inaccessible avant aujourd'hui.

Huit mois. Presque le temps que naisse un enfant. 

En si longtemps la petite ville où depuis la seconde guerre mondiale il ne se passe presque rien, a quand même eu le temps de changer.

Dans une des maisons vides, un morceau d'en face, des voisins se sont installés.

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 Il manque, très étrangement, un morceau de la barrière en ciment qui sépare le jardinet de celui des voisins. La plaque est au sol, de l'autre côté. Cette maison étant vide désormais nous ne saurons jamais ce qui s'est passé.

P4201806Comme on s'y attendait le jardin, tropical, est devenu luxuriant.

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La laverie automatique a fermé et c'est un événement. Je l'avais connue là de tout temps. Lorsque les enfants étaient petits et que nous passions par ici d'assez longues vacances, une quinzaine de jours, nous y passions forcément un peu de temps. Il y avait toujours du monde, les locaux. Je me demande comment désormais font les gens - à moins qu'une autre ait ouvert dans un autre point du bourg -. Le tenancier que parfois l'on croisait a dû prendre sa retraite sans trouver successeur.

Eminem en revanche garde toujours l'une des portes. Ça me fait sourire, me rappelle un texte que V. écrivit sur 50 Cents dans lequel elle parlait aussi de lui - une commande pour le Mac Val à laquelle j'avais à la marge participé -. 
À présent que je souffre de la rupture d'après, je récupère de bons souvenirs des temps d'avant celle d'avant qui semble moins pire, relativement.

La cabine téléphonique subsiste. Mais pour combien de temps ? J'y ai passé tant d'appels autrefois, à des gens désormais morts ou sortis de ma vie ou qui utilisent comme tous le monde et désormais des téléphones personnels.

Le garage abandonné pour cause de déménagement vers la "zone d'activité" (vous savez les ronds-points, les hangars désormais de chaque villes), a été repris par un grainetier et qui traite aussi de l'apiculture. Ça fait plaisir à voir qu'une activité redémarre.

 

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P4201823D'un jardin de grande demeure des grands arbres ont disparu. Ça me peine toujours un peu, même en cas de choix rationnel, menace à éviter.

Mais le plus grand changement nous attendait en bord de mer, dans une autre petite ville à 10 bornes de là : 

P4201832Le petit cabanon des sauveteurs en mer est devenu tout soudain un très grand bâtiment.

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Qu'ai-je donc fait pendant tout ce temps ? 
(à part travailler et, depuis janvier, pleurer).

Le plus étrange dans tout ça, est d'être là par un temps frais (malgré le soleil le vent printannier y est), et de n'avoir pas du tout froid.

C'est la première fois que je viens par ici depuis que le froid m'a quittée.

Et lui, au moins, ne me manque pas.

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(1) au choix : l'édition numérique, des voyages et déplacements, faire l'amour, s'accorder un week-end en amoureux, fêter son anniversaire, se faire des cadeaux autres que strictement utiles et cependant bien choisis, ne pas laisser ses chaussettes sales traîner dans la maison ...


Travailler le week-end


J'ai cette chance de ne travailler que rarement le dimanche et sur la base d'un volontariat respectueux, avec une indemnisation honorable du dérangement induit. 

En revanche je bosse le samedi. Comme beaucoup de personnes qui tiennent un commerce.

Au départ ça m'a semblé séduisant et c'était une condition choisie. Mes enfants sont de jeunes adultes, je ne leur manque pas vraiment. Leur père peut profiter du samedi pour se consacrer aux activités qui auparavant le conduisaient à me délaisser. Il se coltine les courses, corvée qu'il semble ne pas détester. Ça n'est pas plus mal que je n'y sois pas et que nous soyons davantage disponibles ensemble un autre jour. Bref, configuration idéale pour que le samedi non travaillé ne me manque pas.

Et pourtant.

Après un an de ce régime, je constate que c'est fatigant. 

Je suis à temps partiel mais c'est pour mon travail personnel et je m'y tiens. Ce qui fait que je n'ai de "vrai" week-end (et encore il y a toujours à faire), que deux jours, très classiquement. Dimanche et lundi au lieu de samedi et dimanche.

J'en ai pris conscience de façon très brutale ce matin où les marteaux-piqueurs de travaux dans notre rue nous ont tirés du sommeil à 8 heures précises. Ce n'est pas du tout pareil d'avoir comme dimanche des lundi.

Parce que le reste du monde tourne à plein et non pas au ralenti. Qu'il est donc difficile surtout en pleine ville de pouvoir lézarder comme le corps le réclamerait. Qu'on est toujours tentés d'avancer quelque chose de ce qui doit être fait, par exemple pour la maisonnée ou un rendez-vous médical. Que le dimanche qui est notre samedi, alors que notre carcasse est harassée, ceux qui nous entourent et ont un rythme scolaire ou professionnel classique ont eux déjà récupéré le samedi du plus gros de leur fatigue, ils sont donc plus vifs et l'on peine à [les] suivre. Et puis de n'avoir qu'un seul jour en commun avec le reste de la famille concentre sur ce jour-là ce qu'on doit faire ensemble. 
On se retrouve donc avec des dimanche actifs et des lundi moins récupérateurs. Au fil des semaines un surcroît de fatigue sédimente qui n'est jamais décapé - fors aux grands congés, heureusement qu'existent les congés payés (1) -.

J'aime bien mon travail mais j'ai besoin d'avoir une vie à côté. J'ai besoin avec mes proches (amis et famille) d'avoir des temps libres partagés. Et qu'ils soient si possible partagés à égalité. C'est l'autre versant dont j'ai pris conscience : je parviens à voir les amis le lundi, souvent en déjeunant vers leur lieu de travail. Mais ça n'est pas tout à fait pareil. Je suis relax, en congé. Ils sont avec leurs obligations à honorer, le temps de pause limité. Parfois nous devons interrompre brutalement notre conversation. Ça nuit un tantinet à l'intimité.

Je me demande comment s'en sortent ceux qui font du travail de nuit ou les 3/8 si ce rythme existe encore. La récupération doit être plus difficile encore. Et je propose à ceux qui sont favorables au travail du dimanche déréglementé de s'y coller eux-mêmes pour une période donnée, et pas dans des jobs de prestige (2). 

Après, on en reparle. OK ?

 

(1) Comment faisaient mes ancêtres ? Comment font ceux qui vivent et travaillent dans des pays où ils n'existent pas ou ici avec une précarité qui les rend inaccessibles ?

(2) Je suis consciente que la plupart des politiciens par exemple maires dans leur coin sont sur le pont le dimanche, mais c'est qu'ils recherchent ce genre de vie là. Ça n'est pas tout à fait pareil que de tenir la caisse dans un supermarché.