Les confidences que je n'avais pas faites (heureusement)
Moment rare (très)

Les aléas du net normand (billet destiné à faire rire dans quelques années)


    Le fait est que la petite maison de Normandie où pour cause de dèche plus ou moins grande, de congés parfois accordés au dernier moment - employeurs de l'un ou de l'autre de nous autres les parents, les congés scolaires quand nous dépendions aussi de ceux de nos enfants étaient heureusement connus à l'avance -, et aussi du fait que nous aimons beaucoup la région, nous est prêté par ma mère dont ce n'est pas vraiment même une résidence secondaire : elle appartenait à son propre père qui longtemps l'avait louée car lui-même habitait au-dessus d'un magasin qu'il tenait, mais ne pouvait acheter (1). 

Mon père a fait avant son décès beaucoup de travaux dans la petite maison et presque tout lui-même. Elle est donc habitable, eau, gaz, électricité, chauffage. Mais ne comporte rien de superflu pas même une ligne téléphonique. Il y avait deux cabines à proximité et lorsqu'on avait besoin d'appeler on les utilisait. Une de mes tantes et son époux habitaient dans la petite ville et l'on pouvait les appeler et nous laisser un message en cas de besoin urgent pour nous joindre.

Pas de chaîne hi-fi - juste un radio cassette CD que j'ai fini par acheter un été ; et une antique radio-cassette -. Pas non plus de télé.

Tout ça nous allait bien. On venait pour se reposer. On se promenait beaucoup. L'été j'allais nager. L'homme de la maison allait à la pétanque (2). Parfois nous allions au ciné. J'ai un souvenir joyeux d'"Un indien dans la ville" à Carteret.

Et puis l'internet est arrivé dans nos vies. 

Et avec lui le manque quand il n'y était pas.

Les locaux semblaient fort peu intéressés par cette amélioration technique ou alors à titre privé. 

Au début je me faisais une raison, c'était d'ailleurs du temps où nos connexions à domicile étaient rationnées - qui se souvient des 10h / mois de France Télécom (était-ce déjà Wanadoo ?) -. Je prévenais mes interlocuteurs. Je leur écrivais - ça m'arrive encore - des lettres en papier.

Puis j'ai fait partie du projet "Voice of a city : Paris" et ça s'est singulièrement compliqué : je devais fournir au moins quatre billets par mois. Ma vie d'alors partagée entre le job d'ingénieur, les tâches de mère de famille et l'écriture qui avait commencé à me rattraper ne me permettait pas de les préparer à l'avance. Je devais donc me débrouiller pour coûte que coûte les publier.

Alors il y a eu :

- l'époque de la poste ; dans les bureaux de poste un ordinateur d'un modèle bizarre avec une connexion spéciale pour laquelle il fallait ouvrir une adresse à laposte.net existait. C'était lent à l'extrême. Ça permettait au moins de lire ses messages. Voir si aucune catastrophe n'était intervenue au boulot. Et ça n'était pas dans toutes les postes. Par exemple de La Haye du Puits il fallait aller au moins jusqu'à Coutances.

- l'époque de la bibliothèque ; je ne saurais jamais si c'était parce que la personne qui était de permanence cette année-là m'avait prise en pitié ou si c'était prévu qu'ils puissent dépanner mais moyennant quelques francs (ou euros, allez, quand même) on pouvait squater un des ordi de la petite bibliothèque. C'était bon enfant parce qu'on pouvait en fait avoir accès à leurs données. C'est sans doute la raison pour laquelle l'année suivante ou celle d'après c'était fini.

- l'époque du garage avec les gamers. Un gars malin avait équipé son garage dans une petite rue de pleins d'ordi et d'une connexion costaud. Ça n'était pas très cher. Ça fonctionnait bien. J'y allais alors avec le fiston, ravi, qui jouait pendant que je tapais au milieu des cris et d'étranges exclamations - "Mais je suis pas un elfe, moi, merde !" - mes textes un peu sérieux. Plaintes des voisins ? Reproches des parents ? Simple déménagement ? Deux étés plus tard, plus de garage et tout était comme si le lieu n'avait jamais existé. Les deux personnes du coin à qui nous osâmes poser la question nous firent une réponse vague en p'têt ben qu'oui p'têt ben qu'non qui faillit nous faire partir en fou-rire. Parfois les préjugés poussent sur un fond de vérité.

- l'époque de la salle municipale dans les locaux du collège. La connexion était lente, les horaires très délimités mais l'accueil sympathique. Et la personne visiblement soulagée de constater que la dame pas toute jeune avec son ado savait parfaitement naviguer. Ça n'était pas cher. Inconvénient : en cas de panne en août c'était foutu pour jusqu'à la rentrée : les serveurs étaient au rectorat ou quelque chose comme ça. Ça laguait. Il y avait un proxy féroce de type "surveillance enfants" ce qui fait que parfois je risquais de ne pas pouvoir accéder à mon propre site. Glorieux fou-rire ravalé également lorsque la personne de l'accueil expliqua à des touristes anglophones qu'ici c'était du haut débit, le fiston et moi nous planquant derrière nos écrans en évitant de croiser nos regards.

- l'époque de Hé les copains vous n'auriez pas un code SFR ? Euh non finalement free. Et merde, il n'y a que Bouygues qui fonctionne. Quelqu'un serait sur Bouygues ? 
Merci à tous ceux qui m'ont aidée dans ces années-là.

- dans les mêmes années je pouvais passer par mon téléphone mis en relais mais le résultat était incertain et long à obtenir. En plus que ça mettait complètement à plat la batterie. C'était encore Bouygues qui fonctionnait le mieux moins mal.

- l'époque encore récente de l'apparition d'Orange dans les choix de réseaux captés et que moyennant la mise à disposition de ma propre livebox en relais je pouvais avoir des codes d'accès pour le réseau orange, timide et fluctuant que je captais.

- en parallèle des utilisations ici ou là dans des cafés qui quand même vers 2012 ont commencé à s'équiper de wi-fi. Gros inconvénient : devoir parfois supporter certains habitués aux attitudes pesantes et aux propos, disons, déprimants. Et s'y trouver en temps nécessairement limité. 

- ces vacances-ci où, sans doute comme suite à un changement de voisins, plus de free quoi que ce soit, uniquement des réseaux privés du voisinage et où heureusement moyennant hélas un surcoût et de solides limites de quantités de données transférées, j'ai pu utiliser mon téléphone nouveau et efficace comme modem. Avantage : connexion fiable et pas trop lente. Inconvénients en plus de son coût : cette limite, gênante pour moi qui fais surtout en vacances, de nombreuses photos. Attendre d'être rentrée pour les déposer sur flickr. Ne pas en publier trop sur mes blogs. Par ailleurs, ne surtout pas regarder même si parfois c'est tentant - des amis les ont partagées - de videos. 

Persuader ma mère de faire installer une ligne permettant ensuite un équipement en box internet serait la croix et la bannière. De plus il nous faudrait prendre en charge à l'année un coût d'abonnement qui ne servirait qu'à certaines périodes. Nos ressources sont trop limitées.

Il va donc falloir continuer d'avoir soit de bonnes connexions (BNF, maison ...) mais pas assez de temps personnel, soit du temps personnel à foison mais pas ou peu de connexion. Et je ne sais pas trop écrire sans, tant j'ai l'habitude difficile à défaire de vérifier orthographe, grammaire et compléments d'informations au fil de l'eau, très vite, sans m'interrompre dans le flux de l'écriture.

Enfin, ces périodes "unplugged" qu'on pourrait trouver salutaires ne le sont pas tant : dans ma vie quotidienne je reste de longs moments loin des ordinateurs du moins de leur usage personnel et donc à l'inverse ça me détendrait de pouvoir un peu flâner sur les sites et les blogs lorsque mon temps se trouve enfin libéré. Sans parler du choc qu'il y a à reprendre pied dans la marche du monde, lorsqu'après quelques jours avec les infos perçues seulement aux gros titres des journaux et à quelques bribes lues sur le téléphone, donc oui, je rentre en sachant déjà qu'il y a eu de forts tremblements de terre au Népal, je l'ai LU, on se mange d'un seul coup toutes les catastrophes, les guerres, les saloperies politiques, tout, et que par exemple ça s'est passé comme ça :

 

J'aimerais autant, étant donné mon état habituel de trop grande porosité pouvoir suivre les événements à mesure qu'ils surviennent. Étant donné mon impuissance dans la plupart des cas, c'est moins violemment désespérant.

Même si la conscience qu'avoir des soucis de connexion est un luxe ne me quitte jamais pour autant. (et qu'en ce moment je n'ai aucune obligation professionnelle de publier par connexion régulièrement).

 

(1) Je n'ai jamais su pourquoi. Les propriétaires sans doute à cause de la guerre n'avaient pas voulu ou pu vendre.

(2) Il gagna même une année à un concours 2kg de saucisses. Les enfants étaient petits. On en a mangé pendant toutes les vacances.

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