Tu ne veux pas te l'avouer mais en fait tu attendais
Conformes

... et dites-le leur avec respect lorsque vous ne les aimez plus (réflexions induites par un autre billet)


Capture d’écran 2015-04-27 à 11.13.56Très beau billet chez Zythom qui a infiniment raison et le dit mieux que je ne saurais l'exprimer. On ne dit pas assez à ceux auxquels on tient qu'on les apprécie.

Le mal-être, quant à lui, n'est pas toujours visible et je crois que Zythom se fait sans doute à lui-même un reproche qu'il ne mérite pas.
Un de mes amis, quelqu'un qui a compté, s'est suicidé il y a vingt ans. Il avait tout prévu, organisé, planifié. Au point de nous faire croire à tous à un projet professionnel de reconversion, qui convenait à ses compétences et qui l'enthousiasmait. Il avait en fait bâti une fiction. Personne n'avait rien vu, pas même son compagnon, pas même un collègue qui l'avait croisé dans la rue sans doute moins d'une heure avant, habituelles salutations. C'était un lundi. Le jeudi suivant un salarié du même service mais qui n'avait pas connu celui qui avait choisi de s'arrêter là, dépressif en retour au travail mais sans qu'on nous en ai avertis, posait à la cantine quelques questions sur ce qui s'était joué pour ce premier collègue et partait se jeter sous le RER A. Mon amour des livres m'a sauvée des remords : j'avais mangé vite fait pour filer ensuite chez Del Duca, ma librairie d'alors (ou bien à la bibli : en l'écrivant j'ai un doute). Je n'avais donc pas participé à la conversation qui avait concouru à l'ultime impulsion. Mais ça aurait pu. Et je ne me serais pas plus doutée de quoi que ce soit que mes autres collègues, à moins d'une bouffée subite d'intuition, je ne crois pas.

Voilà pourquoi je crois que percevoir le mal-être est le plus souvent bien plus compliqué qu'on ne croit.

Il y a autre chose. 

Je commence à atteindre une respectable longévité. J'ai eu cette chance inouïe de naître équipée d'un naturel heureux, si rien de particulier ne va concrètement mal, je vais bien. Ou si les choses qui vont mal restent dans une proportion supportable. J'ai été une gamine maladive et précoce, poussée dans un pays aux conditions économiques alors favorables et en paix.

Ça m'a rendue paisible et philosophe, apte à savourer ce qui se présente de bon. Je n'y ai aucun mérite, c'est un don du ciel, dont aucun de mes parents n'était équipé (à moins que la guerre qu'ils ont connu enfants ne le leur ai volé).

Il n'empêche que par trois fois j'ai été en danger et une fois pas menacée mais très mal. Du plus violent de ces coups durs, quelqu'un d'attentif m'a sauvée. Et que j'ai pu à chaque fois compter sur de très bons amis, sur la famille un peu aussi. Sur des projets personnels auxquels je tenais.
Ça a toujours été lorsqu'on m'a dit, ou fait comprendre qu'à la suite d'une meilleure rencontre j'étais devenue celle de trop. À chaque fois ça a été une explosion en vol car de mon côté tout semblait aller pour le mieux, aucune dégradation partagée de la relation, jusqu'à un ou deux symptômes de l'autre à mes yeux inexplicables (des colères subites et sans causes compréhensibles, dans d'autres cas un silence prolongé, ou encore un voyage à Paris sans qu'on puisse se voir, un week-end pas trop loin sans proposition de se retrouver ou un débat virulent sur les méfaits du numérique qui était en fait celui qui n'était pas osé avec l'autre qu'on séduisait) précédant de très peu un aveu. J'ai à peu près compris d'où ça venait : en amour parce que je ne suis pas séduisante et donc sers bien à consoler mais quand ça va mieux les bien-aimés filent vers la fausse blonde de leurs rêves, globalement parce que sans doute par un mécanisme un peu semblable à celui qui joue de mauvais tours à l'ami Xave je suis ennuyeuse sur le long terme. Sans compter que perpétuellement fatiguée j'ai besoin de repos plus que la moyenne des gens. Je suis une moche au bois dormant. Ça ne reste pas très longtemps attirant. Donc OK ce n'est pas moi que l'on souhaite garder et quand il y a un besoin d'exclusivité je suis celle qu'on éjecte.

Seulement voilà, il y a différentes façons de procéder. Et c'est très dangereux de le faire sans respect.

Le respect ? Le dire au moins sans trop tarder (1). Venir le dire en face, quelle que soit la difficulté. Avoir au moins ce courage (2). À défaut écrire un courrier, une lettre, quelque chose qui dit que même si c'est fini quelque chose a compté. Éviter le silence sans explications. Éviter le texto (3), et le vague coin d'un mail (4). Ne pas jeter les gens comme des mouchoirs en papier usagés.
Les traiter comme des objets périmés, surtout s'ils n'ont rien d'autre à se reprocher que de n'être qu'eux-mêmes, et le moins-bien d'une nouveauté, c'est leur faire courir un danger.

Ce qu'écrit Zythom est le plus important : Dites leur que vous les aimez.

Mais sachez aussi, lorsque quelqu'un n'est plus l'objet de votre affection, le lui dire avec respect.

 

 

(1) Et non pas quinze ans après comme c'est arrivé. Ou après l'annonce d'un prochain chômage et donc d'une période probable d'inefficacité dans l'aide professionnelle apportée.

(2) Mon premier amour pourtant un tout jeune homme en ce temps-là, et peu fortuné alors que ça nécessitait un long trajet, l'avait fait. Trente-deux ans après nous sommes toujours amis. Et j'ai mis le temps qu'il fallait mais j'ai très proprement guéri.

(3) J'ai dû échapper de peu à "T'es pas une bombasse, l'autre si. Adieu. Lol"

(4) Sur le mode Au fait j'oubliais j'ai rencontré quelqu'un mais tu peux rester, y pas de soucis, cesse simplement de m'envoyer des mots trop affectueux, j'ai bénéficié d'un exemplaire merveilleux. Je serais Sophie Calle j'en ferais une expo

Commentaires