De la condition physique nécessaire pour les applaudissements
Il a raison sur plus d'un point ce gars que l'on n'écoute pas (ou trop tard)

"Tiens bon, je suis là" ("Le miroir de Jade", théâtre du Rond-Point)


Comme il n'y a pas grand monde pour m'en faire d'heureuses (1), je me fais autant que possible des surprises à moi-même.

Une façon simple consiste à prendre un abonnement au théâtre avec quelques ami.e.s, le prendre à l'avance et collectivement (même si c'est toujours source de difficultés de paiement, car en cumulé à payer en une seule fois, c'est très cher, même si chaque spectacle est à un prix très doux), noter scrupuleusement les dates dans ses agendas puis laisser infuser sans rien regarder.

Le jour venu prendre les billets et seulement une fois sur place constater de quoi il s'agissait.

J'ai donc eu la surprise aujourd'hui de revoir Sandrine Bonnaire. Je ne sais pas trop expliquer mais c'est une femme que j'admire, sans avoir nécessairement tout vu des films dans lesquels elle a joué - je suis peu spectatrice de films français, mon truc ce sont plutôt des films d'ailleurs dans le monde, plutôt art et essais ou alors des vieux noirs et blancs comme ceux de la dame de mon prénom - ; mais d'une certaine façon, nous nous croisons : un théâtre à Gennevilliers, une présentation de son film "Sabine ..." à Saint Ouen, une dédicace de son livre d'entretiens dans une librairie amie. Elle fait partie de ma famille ressentie, ma famille idéale adoptive, une jeune cousine (2) dont je serais d'un peu d'années l'aînée. 

C'était une bonne surprise.

Je ne savais plus du tout de quoi parlait la pièce.

Je ne savais donc pas qu'elle ne parlait pas.

Que ça n'était pas une pièce en fait, mais un spectacle.

Qu'il s'agissait de danse. Et que c'était un bel exploit. De la danse contemporaine expressionniste, le corps raconte l'histoire. Une femme a subi quelque chose, émerge d'une sorte de coma, lentement, se débarrasse de l'emprise de médicaments, voisine la folie puis s'en éloigne, est aidée par une sœur, ou bien une amie - le fameux "Tiens bon, je suis là" qui je le sais me restera -, reprend possession de son corps. La musique ou son absence accompagne et soutient.

Le seul (3) élément gênant : un produit diffusé sur des rideaux de plastique qui délimitent le décor ; et qui les dissout peu à peu, pique et assèche la gorge. Je l'ai senti avant de voir, il ne s'agit donc pas d'une méfiance raisonnée, et je n'étais qu'à un des rangs du fond. Ça ne doit pas être formidable pour celles et celui qui sont sur scène soir après soir. Qui m'accompagnait s'est lui aussi senti légèrement incommodé mais comme il lui en faut peu - un fumeur marchant sur le même trottoir à cinq mètres l'incommode -, il ne s'en était pas formalisé, pensant sans doute qu'une de ses voisines portait un parfum particulièrement agressif.

C'était le bon spectacle pour moi en ce moment précis, porteur d'espoir, on peut se reconstruire, c'est dur, mais ça n'est pas insurmontable. L'apaisement n'est pas (si) inaccessible.

Le sourire final reste un peu fragile. Toutefois.

Grand merci en tout cas, à tous ceux qui ont contribué à ce projet. Ce moment de danse partagé, quelque chose de militant qu'il a, au delà de la détresse exprimée, fait du bien.

 

 

(1) pour les surprises dures, ma vie sait bien faire ça.

(2) Le beau du truc c'est que j'ai toujours ressenti Jacques Higelin comme un cousin, d'autant qu'il y a une part de ressemblance physique (sur la deuxième photo de ce billet du blog "la musique à Papa" par exemple), qu'il a l'âge de certains de mes cousins de famille, et qu'on a un peu le même genre de pet au casque sauf qu'il a assumé le sien quand j'ai tenté, raisonnable comme on veut les femmes, de faire avec le mien comme si de rien n'était, et qu'elle a tourné un documentaire sur lui (que j'ai hélas manqué).

(3) Il y en a pour moi un autre : un passage avec des lumières comme des éclairs. Je ne supporte pas les éclats lumineux rythmés (les effets stroboscopiques là où l'on danse sont une souffrance), ils me mettent vite au bord de perdre connaissance, c'est depuis l'adolescence, c'est constant, et j'ignore pourquoi. Un inconvénient étant qu'il me manque de chaque film que je vois les séquences de boîtes de nuit (je suis obligée de fermer les yeux et me cacher la lumière), ce qui fait que si l'une d'elle est un élément clef du scénario, je comprends la suite de traviole. Mais je suis très consciente que c'est un handicap chez moi, et qui ne porte pas préjudice à la plupart des personnes. C'est donc à moi de faire avec.

(billet non relu, je retombe de sommeil, désolée, donc je tape comme ça vient et je file me coucher (sinon je n'écris plus rien, pas même ici))

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