"Tiens bon, je suis là" ("Le miroir de Jade", théâtre du Rond-Point)
Demain soir à Bagnolet

Il a raison sur plus d'un point ce gars que l'on n'écoute pas (ou trop tard)


Ô combien de discussions ai-je eues moi l'internaute, face aux tenants du pur papier, contre lequel je n'ai rien, je suis de ceux qui lisent sur livres, et mon gagne-pain est d'en vendre, simplement ma lucidité. Et d'avoir rêvé aux croisements textes + images + sons avant qu'ils n'aient les moyens d'exister, puis d'arriver jusqu'à quelqu'un comme moi.

Ô combien de chagrin il y a à laisser tout son jus dans un job pour tenter de tenir face à tout ce qui est à payer même lorsqu'on ne s'achète rien. Juste les dépenses et les obligations du quotidien. Et la conscience permanente que c'est déjà beaucoup de chance, d'avoir un boulot correct dans un domaine qu'on aime et pour lequel sur certains aspects (le conseil) on se sent doué, on a de l'utilité - j'ai tenu tant que j'ai pu à jouer l'ingénieure, mais c'était devenu un truc de Shadok, pomper pomper, plus aucun sens, et pas tant payé (c'est la génération d'avant qui l'était) -.

Ô combien la situation de tant de mes ami.e.s ceux qui ont choisi d'écrire coûte que coûte, coûte que coûte justement, y compris et surtout ceux qui sont d'un niveau indiscutable, que même en étant rentière et encore jeune je n'atteindrai jamais, des très bons, donc, et de ceux aussi qui écrivent des choses comestibles pour mes clients en magasin (1) pas seulement ceux qui sont dans la recherche pure et l'anticipation des appréciations (2), s'est dégradée. J'en sais parce qu'on s'entraide, qu'on s'est depuis cinq ans entre-sauvés plus d'une fin de mois, et que l'un me dépanne quand mon chômage tardait, et que je débrouille l'autre lorsque j'ai du temps plein, avant de retomber dans le rouge à mon tour, que sauvera un troisième si ma banquière appelle parce que le rouge a débordé. Et qu'on se paie des coups, la note à la meilleure fortune, mais cependant de moins en moins (3).

(J'en profite pour remercier une fois de plus l'amie qui m'a permis d'échapper à un travail temporaire que l'on m'offrait très secourablement et que j'acceptais par nécessité mais qui dans l'état de peine où j'étais lorsqu'on me l'a proposé m'aurait achevée ; en plus qu'il m'aurait trop pris de ressources mentales pour que je puisse écrire ou même bloguer)

Ô combien.

Et voilà que je lis ce matin chez quelqu'un que j'admire, quelqu'un qui est de ceux qui devraient vivre de leurs écrits, et largement, quelqu'un qui n'a pas eu peur de secouer les choses ce qui en a effaré plus d'un, en beaucoup plus clair et bien mieux éclairé (il a cette expérience que je n'ai pas, moi qu'on a réveillée lorsque j'avais quarante ans et qui avais si bien intégré toutes les obligations de femme et de mère, essorée, surmenée, robotisée, que j'en avais totalement oublié que vers vingt j'avais pensé que j'écrirais, pas une ambition littéraire mais de mon être une fonctionnalité), un point sur la situation, la situation telle qu'elle est. Et ça serait rudement bien que ceux qui ont un peu de poids pour influer sur le cours des choses, plutôt qu'à pinailler, puissent un peu l'écouter.

(oui je le sais, c'est à rebrousse poil de l'air sombre du temps. mais avant qu'il ne soit trop tard. justement)

L’auteur doit-il gagner sa vie à écrire ? (digression)

 

(1) Cette irremplaçable expérience du terrain. Qui rend très humble et c'est très bien.

(2) L'équivalent en littérature et en maintenant des Impressionnistes en peinture et avant. 

(3) Un demi à Paris c'est une demi-heure de mon job. Une pinte de Guinness une heure de boulot. Je n'ai pas les moyens de devenir alcoolique.

 

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