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Parfois au cœur du pire, une pincée de réconfort


C'est Kozlika qui sur twitter a transmis le lien, celui d'un article du New-York Times sur les casques blancs, sauveteurs bénévoles en Syrie, qui interviennent juste après les bombardements afin de tenter de tirer des décombres ceux et celles qui peuvent l'être. Leur seul équipement semble être un casque de chantier blanc. Et ils tirent une part de leur capacité d'intervention d'une absolue neutralité - j'ose espèrer que c'est vrai -, ils sauvent, ou du moins tentent de le faire, quiconque est en danger. Et sans attendre la certitude d'une absence de double-attaque, comme c'est pratique courante dans les pires attentats (une première bombe tue des victimes, une seconde des sauveteurs et des survivants provisoires). D'où un risque accru pour les casques blancs d'être atteints. Et des victimes dans leurs rangs. 

Comme souvent on ne peut pas faire grand-chose ; signer une pétition, répondre à un appel à dons, c'est peut-être mieux que rien. Je n'en sais rien. Mais je transmets.

Support the white helmets


samedi 14 février 2015 Thirty-seven days after


C'est un samedi de travail normal quoiqu'un peu surprenant : les premiers jours de vacances scolaires d'ordinaires sont assez plats. Or nous avons encore beaucoup de présents parmi notre volet de clientèle "habitants du quartier". Ma jeune collègue a un gros arrivage d'objets pour le rayon jeunesse à traiter, je m'occupe donc des clients et c'est une de ces journées à rythme soutenu qui sont finalement agréables. D'autant plus qu'une seule d'entre eux se montre un brin désagréable sur un malentendu au sujet de livres mis la veille de côté - que ma collègue de la veille avait pris pour "posés là en attendant que la dame aille chercher sa carte bancaire" et donc au soir remis en rayon -. Beaucoup de jeunes pour des livres à lire liés au cours de français. Sourire de ceux qui écopent d'un volume petit, air vaguement inquiet des autres. Je prends un soin particulier à traiter les jeunes en adultes, avec toute la déférence d'un client important et dont le choix de l'ouvrage était personnel. Certains en entameront peut-être la lecture avec davantage d'assurance, entraînés par le rôle du client responsable que je leur ai fait jouer en endossant celui du libraire de conseil face à un habitué.

Une jeune femme me fait ce sketch fréquent du "J'ai besoin de ce livre tout de suite c'est hyper-important" et que quand tu ne l'as pas, ni les autres librairies de l'entreprise qui t'emploie, mais que grâce à Paris Librairies tu lui en dégotes une à 20 minutes de métro (direct), elle n'a pas le courage d'y aller (1) et la relativité de l'importance urgente éclate au grand jour.

Le gag récurrent du "Je vais faire une note de lecture" se confirme. Avec sa variante "Je monte un instant faire pipi" (2).

Un seul moment de montée de larmes, ce qui est un réel progrès. D'autant plus qu'il vient de ce qu'une dame ajoute à ses choix initiaux l'un des livres de dessins de Cabu après avoir demandé : Cabu c'est un de ceux qui étaient morts ? (3). Ce n'est donc pas une bouffée intempestive et toute personnelle.

Je parviens à ne pas trop penser à la Saint Valentin.

Du moins jusqu'au moment où Celui d'ici vient me chercher, aide un peu au rangement final, et me propose un restaurant (4). Nous nous accordons le délicieux italien, si agréable à nos papilles mais risqué pour la relation à notre banquière. Je me régale de linguine al nero parsemé de fruits de mer (5). Elles sont servies avec ... un tablier. Le limoncello est parfait. Mon plat demandant une certaine concentration, le manque d'intensité de la conversation ne me désespère pas. J'ai du noir sur le bout du nez. L'homme se délecte d'un tiramisu parfait.

Et puis j'ai reçu un texto amical qui me fait ce petit bien de ne pas se sentir seule. Mes amis sont attentionnés. Dans les périodes difficiles c'est ce qui permet de surnager.

C'est en rentrant que je comprends qu'avoir un travail hors connexion la plupart du temps, et particulièrement en cette fin de journée et d'être accompagnée par quelqu'un qui n'est pas pendu à l'actualité peut présenter des avantages : il y a eu à nouveau des fusillades, à Copenhague cette fois, selon un mode qui rappelle celles de Paris en écho : s'en prendre d'abord à des dessinateurs d'humour, et à des personnalités du monde culturel, et dans un deuxième temps à une cible liée à la religion juive. Du coup la bonne humeur fragile qui s'était installée dégringole ; mais nous aurons eu ce privilège de pouvoir dîner en paix. Je me sens ramenée un mois en arrière. On le savait que ça n'était pas fini mais ce qui ressemble à une réplique après un tremblement de terre surprend. Pourquoi là ? Pourquoi eux ? Seul lien ténu : il s'agissait d'un hommage à Charlie Hebdo. Peu de victimes (mais toujours de trop) : le ou les tueurs n'ont pas pu entrer et parmi les blessés sont d'ailleurs des membres des forces de l'ordre qui l'en ont empêché. Ironie du sort : j'étais presque parvenue à boucler ce jour de fête théorique des amoureux sans trop penser au nom de ce pays. Il était dit qu'en ce début d'année tout tout tout et de chaque circonstance devait me raviver ma peine, au demeurant si dérisoire à côté de ce que les événements du moment font endurer à d'autres gens.

Je m'endors très vite, après la douche et cette info, lue sur l'internet. Pour me réveiller vers minuit ou 1 h avec une sensation de nuit déjà pour l'essentiel accomplie.

Alors j'écris. Ici. Seule façon pour moi de résister à ce monde devenu fou comme un nouvel avant guerre. 

Juste avant d'éteindre l'ordi, j'apprends que l'inventeur du Nutella est mort et me dis qu'avec un peu de chance on parlera moins des terroristes demain. Sur les réseaux en tout cas ça devrai déferler, les petits mots d'hommage. Me revient la mémoire de cet ancien billet. Je suis déjà une autre femme que celle que F. aimait.

La vie, le monde extérieur, ce qui deviendra l'Histoire dans l'actualité nous poussent fort, parfois trop, à changer. 

Je ne suis pas tout à fait certaine que ce soit une bonne idée d'aller voir un spectacle intitulé "La fin du monde est pour dimanche" demain (6). Ça y ressemble trop bien.

Si l'on y survit il faudra que je m'occupe de désaturer l'ordi.

 

(1) Alors que c'est samedi et que visiblement ce n'est pas pour elle un jour travaillé.

(2) Prononcés par moi lors d'un creux de clientèle, ces mots amènent dans les quinze secondes une fournée de gens.

(3) Et la jeune femme qui l'accompagnait de dire, attristée (par l'événement et la réflexion maladroite de sa mère, ou tante), Ils le sont tous, morts.

(4) ou plus exactement me laisse le pousser à m'en proposer un.

(5) dont des crevettes un peu trop nombreuses, seul (très) léger regret.

(6) François Morel, au Rond-Point.


jeudi 12 février 2015 Thirty-six days after


Je n'ai matériellement pas eu le temps d'écrire ici depuis lundi. C'est impressionnant comme tout file. Hélas sans trop impacter les chagrins, celui du deuil et celui d'un amour qui se sont soudain agrégés lors de ces journées de 7 et 8 janvier dernier alors qu'ils n'avaient rien à voir. Je vais vraiment finir par croire qu'en terme de liens affectifs ceux qui s'en sortent le mieux sont ceux qui se comportent comme des saligauds.

Mais j'ai dit à quelqu'un qui compte que je tiendrai ici le journal des éléments du quotidien d'après le(s) massacre(s) alors tant pis, même en dormant, je le fais. Elle me souffle d'allier l'intime à l'environnement. Je vais essayer.

De toutes façons quand j'ai entamé ce blog je me croyais aimée et j'avais une amie intime, je me croyais au début d'une période de gros travail mais qui était ce pour quoi j'étais. Il y a eu un amoncellement de graves ennuis, l'amie m'a désaffectée sans cause aisée à piger, on m'a quasiment quittée - sans doute que si je ne l'ai pas été c'est que ... les problèmes graves d'ailleurs l'étaient trop ; une sorte de protection par le pire - , j'ai quitté plus violemment que je ne l'aurais souhaité le vieux job qui contribuait à me plomber, rencontré quelqu'un qui a semblé m'aimer et par ailleurs un patron libraire charismatique et honorable, bossé dur, repris espoir, et en juin 2013 vu tout ça s'effondrer, et le lien affectif et le travail que j'aimais. Une fausse blonde et une vraie faillite. Depuis, les coups durs continuent, jusqu'à ce 7 janvier qui je l'espère - mais n'en suis pas certaine - constituera un paroxysme du pire. Alors ce blog qui fut conçu pour évoquer de belles balades dans Paris sous l'égide d'un personnage fictif inspiré de ma grande amie a déjà changé mille fois d'orientations. Il est devenu trop personnel par moment. Très cryptique à d'autres, je ne voulais pas d'ennuis dans mon emploi "d'Usine" ni gêner qui que ce soit.

Il devient journal par la force des choses.

Peu importe moi, mais je suis quelqu'un de cette époque en ce lieu à qui il arrive ça. Un bon témoin lambda. Un témoin prolétarien, ce qui est assez rare.

 

mardi 10 février - 34 

C'est une journée de consolation, de réconfort : nager, kiné, déjeuner avec une de mes plus proches amies, BNF agrémentée d'un film d'Hitchcock. Sur le moment ça fonctionne. Le praticien puis l'amie m'ont remise d'aplomb au point que je marche jusqu'à la BNF sans même m'en rendre compte, malgré le sac lourd de l'ordi. L'après-midi passe comme un songe. Je suis déçue quand vient l'heure de quitter les lieux. Déjà ! 
J'ai lu, vu et appris mais trop peu écrit et pas même traité mon retard de photos.

Les peines me ralentissent. Il ne suffit pas de se dire, assez pleurer il faut avancer pour que ça marche. Ces dernières années j'ai plus qu'outrepassé mes capacités d'encaissement de coups durs (1), et le bouchon a désormais été trop loin poussé, j'ai vraiment du mal à reprendre pied. 

Il n'y a aucune perspective réjouissante. Que des éléments menaçants. Je suis rentrée triste, en pleurant ; j'avais besoin de faire l'amour, très clairement.

 

(1) Du moins pour quelqu'un des classes moyennes de ce vieil occident qui se prétend en paix. Je suis consciente que par rapport à tant d'autres femmes de mon âges du monde entier ma vie même abimée reste celle de quelqu'un de privilégié.

 

mercredi 11 février - 35 

Il faut reprendre le travail. C'est un crève-cœur : le dimanche je suis sur l'élan de ma semaine de boulot, il y a l'entraînement de course à pied, la fatigue vient après et déborde sur le lundi. Quand il est garni comme le fut celui-ci, la récupération se fait mal. Le mardi me voit reprendre force et courage je me relance dans des travaux (d'écriture ou des rangements pour la maison) et le mercredi vient briser ce début d'élan. Les jeudi, vendredi et samedi sont trop remplis de travail, d'entraînements, de choses à faire, au mieux à la marge je peux espérer bloguer et ne pas prendre trop de retard de lessive.

Donc voilà, le mercredi c'est prendre conscience semaine après semaine que ce temps partiel me prend encore trop de temps. Cumulé aux chagrins et aux ennuis d'argent, ça me mine. Une nouvelle m'attendait dont j'ignore si elle est bonne ou mauvaise. Bonne pour qui me l'annonçait, c'est indéniable. Mais je ne sais pas si les conséquences seront pour moi soulageantes ou difficiles.

La BNF m'a permis de croire que je n'avais pas tout donné au travail salarié. Mais objectivement j'ai peu avancé.

L'homme de la maison avait dit avoir un rendez-vous de chantier. Ça tombait mal. 

J'ai voulu cuisiner mais un poivron rouge qui était peut-être un piment m'a déclenché rien qu'en l'épluchant une allergie fuligineuse. Le visage rouge et gonflé, les yeux qui pleurent puis d'autres parties du corps alors que sans penser à mal je m'étais douchée et que mes mains porteuses du produit allergène avait touché d'autres morceaux de peau. Quelqu'un s'est moqué de moi puis a goûté un tout petit extrait et ... n'a plus rigolé.

Je me suis couchée de bonne heure, accompagnée par la sensation que la peau allait se détacher de mon visage dont elle était déjà décollée.

 

jeudi 12 février 36


Premier jour à nager en se disant que ça y est Julien est au Luxembourg. Il mettait de la bonne humeur. Éreintée comme je le suis, j'en manque cruellement. 

Un nouveau message circulaire du même acabit que celui du 8 janvier acheva de me plomber : ainsi donc celui qui disait pis-que-pendre du numérique a publié beaucoup en numérique depuis, celui qui me disait que vraiment les salons du livres, ça ne servait à rien, va y faire plein de trucs et y être très présent (à celui de par chez lui), celui qui m'avait dit que l'amour était fini pour lui publie un recueil de textes érotiques, et celui qui ne voulait jamais bouger de chez lui ou au plus pour le boulot à Paris, après m'avoir fait le coup de la Baie de Somme (2), va venir présenter ses écrits à l'autre bout de mon pays. Et pas seul. Forcément.

J'aurais désormais du mal, vraiment, à croire tout homme m'expliquant ses empêchements. Ils ne veulent tout simplement pas se donner la peine pour une femme comme moi.

Le boulot fait preuve d'une neutralité bienveillante. On m'offre un calendrier. Je n'ai plus personne pour le faire.
Je sais que bientôt se fera sentir le manque de la belle carte de vœux d'Honoré. Il les envoyait le plus souvent comme moi, vers l'époque du nouvel an chinois.

Ma vie ressemble de plus en plus à un pull mité. Avec des trous. Les gens manquants. De plus en plus nombreux et grands.

Je suis mauvaise à la danse, trop de peine à secouer en plus de la fatigue. 

L'encyclopédie des guerres me sauve un peu. J'admire Jean-Yves, dors et rêve un peu. L'entrée Inventaire s'y prête. La salle est comble.

Les soirées passées avec les amis de l'encyclopédie, sont toujours chaleureuses. Encore une soirée sauvée des larmes. On m'a offert des poires w. que j'ai mentalement offertes à Kamel D.

Je rentre par ligne 3 (dernier métro) + Vélib d'un Anatole France à l'autre. Levallois est si déserte à cette heure que je m'imagine un moment être l'héroïne du film "White god" lorsqu'elle traverse la ville en vélo. Mais je ne cherche aucun chien. Nelson comme Yéti son sortis de ma vie en même temps que leur maître respectif.

Dormir. Urgent. Relire avant de sombrer, la lettre amicale reçue le matin même. 

 

(2) À sa décharge, ils me font tous le coup de la Baie de Somme. J'ignore ce qui me vaut cette malédiction-là.


Au gré des lectures de quelque passant

Je retombe sur ce billet que j'avais écrit en septembre 2012 

Jour de congé #1 - And Here's to you Mrs Robinson

Grâce à Le Roncier J'avais vu les images d'un discours de Michelle Obama, je l'avais écoutée et j'avais cru brièvement à nouveau au pouvoir des illusions, à pouvoir en avoir, politiquement.

J'étais déjà et encore et toujours comme depuis novembre 2003 en train de me battre pour faire assez de place à l'écriture dans ma vie, déçue par l'amour (ça allait devenir pire), dans l'illusion de nos bonnes santés relatives et respectives. Je n'imaginais pas, et heureusement, que deux ans et demi plus tard j'aurais un autre travail même si heureusement dans ce même métier que j'aime exercer, que je serais quittée, que les problèmes professionnels changeraient de sujet (comme s'il fallait toujours qu'au moins une personne s'y colle dans la maisonnée, un peu comme pour les ennuis de santé) et surtout si l'on m'avait dit que le plus doux de mes amis, ce grand sage drôle et calme allait périr liquidé comme un jeune mafioso je n'y aurais pas cru un seul instant. En fait à part les problèmes de santé et de boulot des uns ou des autres, je n'aurais cru à rien d'une éventuelle annonce de ce qui est survenu. Pas étonnant que depuis les 7 et 8 janvier (1) je traîne ma sidération.

Pour autant mon avis sur ce discours n'est pas réellement différent. C'est le regret de n'y pouvoir pas du tout croire qui s'est fait plus prégnant.

 

(1) Ce qui est survenu le 9 n'est pas moins terrible mais d'une part ne me touchait pas aussi directement et d'autre part possédait une forme de logique, compte tenu des faits préalables. 

PS : Pourquoi faut-il que lorsqu'il survient dans nos vies quelque chose de stupéfiant, ce soit 8 fois sur 10, terrible et dramatique au lieu d'une bonne surprise, d'un joyeux miracle. 


lundi 9 février 2015

 

Curieux comme la journée fut à nouveau objectivement bonne : un déjeuner avec quelqu'un que j'apprécie beaucoup - mais qui sur la période est aussi pessimiste que moi, avec en plus des éléments concrets à son argumentation, tandis que je suis davantage sur de l'impalpable, de l'air du temps -, une bonne nouvelle de ma santé - et l'explication concrète de mon absence de sens du froid : ma tension est presque élevée (?!?!?) - un bon film au ciné ("Snow therapy"). 

Mais l'ambiance générale est sombre, à la télé, là où en attendant le ciné j'ai bu un café, des images d'un quartier de Marseille comme s'il était en guerre civile, Manuel Valls en homme d'action - assez convainquant dans le rôle, et d'ailleurs mon seul vague espoir pour les prochaines élections puisqu'assez à droite pour être rassembleur face au parti fasciste -. 

Contente que l'affaire HSBC sorte enfin. Elle porte sur des revenus représentant les 2/3 du budget annuel de la France. Et même si le fisc en a récupéré une partie c'est comme si chacun d'entre nous habitants du pays s'était fait voler une voiture neuve.

J'aimerais qu'on entende aussi un peu davantage parler du scandale du Libor, hélas trop technique pour éclater vraiment. Comment réagir face à quelque chose qu'on peine à expliquer ?

Dans le film vu ce soir, un des personnages a une crise de nerfs et j'éprouvais moi aussi le besoin de pleurer à nouveau ma peine, comme le mercredi soir lorsqu'en vélib de chez Nathalie j'étais tard dans la nuit rentrée. Ne l'ai pas fait, sans doute parce que les tout proches ont montré tant de force d'âme, que j'aurais honte, moi moins touchée, de craquer.

Lu "The birds" de Daphné du Maurier. Mais j'y ai surtout vu une allégorie de la guerre que j'appréhende. Le texte est plus fort que le film, sans doute à cause de l'esthétisme de ce dernier (ah ces actrices avec juste une mèche peroxydée décoiffée après une lutte sans merci).

Tomber de sommeil. 

Sommes-nous suffisamment solides pour faire face aux temps troublés ?

 


About womanhood (en lisant en passant)


Le lien m'est passé ce matin sous les yeux, et voilà que quelque chose me parle de la condition des femmes hétérosexuelles, quelque chose qui nous tombe dessus que l'on soit riches ou misérables, il y a presque toujours ce moment où :

1/ "But after Coco was born I realised we had never talked about what kind of parents or partners we wanted to be. I’d simply assumed Thurston was supportive of feminist issues, like equal participation in childcare, equal responsibilities around the house, and so forth. Like most new mothers, I found that no matter how just and shared you expect the experience to be, or how equal the man thinks parenting should be, it isn’t. It can’t be. Most child-raising falls on women’s shoulders. This doesn’t make men bad parents, though it can make women feel alone in what they’d hoped would be an equal division of labour."

Et celui où :

2/ "After we moved to New England, Thurston kept busy, heading back to the city to work on projects every few days. When he returned, he would be in a great mood. He would come into the kitchen and wrap me up with his long arms, a big kid. As time went on, though, he stopped doing even that. He seemed lost in his own weather pattern, his own season. Eventually our marriage combusted when I discovered a bunch of texts between Thurston and another woman. The shock of it was overwhelming, and the only reason I didn’t have a complete breakdown was because of Coco.

And so it all started, in slow motion, a pattern of lies, ultimatums, and phoney promises, followed by emails and texts that almost felt designed to be stumbled on, so as to force me to make a decision that he was too much of a coward to face. I was furious. It wasn’t just the responsibility he was refusing to take; it was the person he had turned me into: his mother."

Tricher sur notre apparence et ne pas se laisser vieillir en paix est vain. C'est organique, ils n'y peuvent rien. Ce qui est culturel c'est la lâcheté permise et l'indulgence des autres. Ce qui serait bien, et je crois possible, mais encore si rare, c'est d'être respectueux.

 


samedi 7 février 2015 Un mois plus tard


Une journée de plus qui objectivement s'est bien passée : travail à bonne dose (ni un rush monstrueux ni une absence de clients) avec une collègue efficace et agréable, bosser ensemble est aisé et sans surcroît de fatigue. Une cliente qui nous aime bien nous paie les croissants, une autre que je ne connais pas mais qui est paraît-il la terreur des libraires de l'ouest parisien avec moi se montre tout à fait correcte, sans doute parce que je ne représente pas une opposition de choix et qu'une mauvaise nouvelle qui ne me concernait pas au premier chef mais qui me peine pour qui venait de l'apprendre, me rendait douce comme certains abattements.

J'apprends incidemment à cause d'une vieille, très vieille "alerte" de veille de disponibilité d'un titre, que le livre qui m'avait fait rencontrer ce bien aimé qui m'a tant déçue et le mois dernier horrifiée, est chez l'éditeur épuisé. C'est étrange, comme si cette part de mon passé se retrouvait bel et bien effacée : le roman n'existe plus on dirait qu'il n'a pas eu lieu, ni ce qu'il a induit. 

Je l'avais acheté chez Del Duca, librairie dont une cliente hier m'a parlé avec émotion, et ça a changé ma vie, en bien, puis en vraiment mieux, puis en accablements et retour de mieux et enfin désespoir.

Ce n'est pas neutre, l'achat d'un livre.

La conversation d'hier soir, entre Céline et Léo m'a fait reprendre courage d'écrire. Sauf qu'aujourd'hui fut typique de mon impossibilité : le travail, des temps brefs à la marge, rentrer, me laver, dîner (1), lancer une lessive et ça y est : plus personne, à peine la force de lire et encore, sans doute pour dormir très vite sans même me sentir glisser.

Je suis inquiète de la violence de mes endormissements. Mais aucun médecin ne semble trouver cela inquiétant, trop préoccupés par les cas inverses : ce mal désormais si répandu de l'insomnie. 

Le fiston va dîner avec des potes qui se retrouvent à l'appart (lieu le plus simple géographiquement) et je me dis qu'il faut qu'on range pour qu'il puisse inviter quelqu'un sans se payer la honte de cette vie dans un grand cagibi. L'un des amis lui a d'ailleurs monté son fauteuil qui attendait depuis plus d'un an - cela dit je ne m'y étais pas collée dans l'espoir qu'il le fasse lui-même, c'est raté -. Le voir heureux et en bonne compagnie m'a fait du bien. Je m'inquiète pour lui : nous avons si peu à lui offrir pour contribuer à une chance de bon départ dans la vie.

Il faut absolument que je parvienne à écrire compte tenu de ma vie telle qu'elle est, il n'y a pas d'autre issue et ça n'ira pas mieux, jamais. Il faut cesser de croire qu'après telle période surchargée (comme le fut décembre) ou difficile, une paix sera accordée. Seul du pire, du plus difficile encore semble s'annoncer. Ou alors il faudrait miraculeusement un emploi de pas davantage d'heures et deux fois mieux payé.

Le fait est que la librairie je ne suis pas malheureuse quand j'y suis, mais je suis découragée d'avoir les fins de mois difficiles malgré le travail, et qu'il ne me reste plus assez sous la semelle d'énergie pour après. Je ne perds pas totalement mon temps : par exemple aujourd'hui j'ai appris quelques bricoles sur René Barjavel et sur Romain Gary (les dialogues d'un film, un duel potentiel)

Je me régale du petit polar écrit par Franz Bartelt et illustré par Honoré. Quel dommage que je ne l'aie pas lu avant, ce qui m'aurait accordé un plaisir simple et entier, alors qu'à présent chaque illustration me serre le cœur.

Quand même : c'est étrange tous ces deuils alentours (touchés coups sur coup une collègue, mon kiné à des degrés semblables au mien), on dirait une malheureuse épidémie. Pour ma part je cerne mieux ce dont je ne me remets pas : non pas tant la mort du vieil ami (le deuil suit son cours) que le sort qui lui a été fait, non pas tant le message autopromotionnel sidérant de l'ancien bien-aimé que d'avoir eu le temps de croire qu'il s'agissait d'un mot de condoléances, d'avoir eu le temps de penser C'est vrai qu'à part sa manie de séduire, il avait une certaine classe, avant de voir de quoi il s'agissait. Pas tant les faits que l'écart entre ce à quoi que on pouvait raisonnablement s'attendre et ce qui est advenu. Douleur accrue par le fait que la barre n'était pas placée particulièrement haut : qu'un ami qui prenait de l'âge continue tranquillement encore quelques années, qu'un homme qui a quitté rompe le silence de la rupture pour de sincères condoléances, était-ce vraiment trop demander ?

Dès qu'on ne fait pas partie des castes privilégiées, tout modestes que soient nos souhaits ils se font quand même briser.  

Je vais reprendre ma lecture de La Recherche (2), c'est quelque chose qui peut aider à tenir. Mais ce qui était efficace pour remonter d'un chagrin affectif, le sera-t-il pour reprendre pied après la transformation pendant plusieurs jours le mois dernier, de la réalité en cauchemar collectif ?

 

(1) Et encore : ce n'est pas moi qui ait préparer.

(2) Que les exactions du 7 janvier ont interrompue d'un seul coup. 


In the stairs (pour les amateurs de Madonna)

Sans doute longtemps après tout le monde (n'oubliez pas que je suis une grande découvreuse de talents confirmés), voici deux jeunes prometteurs pour lesquels je ferais volontiers Bonne Mascotte. L'air de rien y a du boulot. 

(Je mets un seul exemple mais ils commencent à présenter un solide début de collection)

 

PS : N'oublions pas les Two Chinese Boys qui étaient les rois du lip dub et dont j'aimerais bien savoir ce qu'ils sont devenus. 


vendredi 6 février 2015 Thirty - le premier fou rire, depuis -



Comme la veille j'aperçois avec stupeur la température au grand panneau horaire et météorologique de la porte de Clichy : elle est négative en degrés celsius. Or je ressens, certes fort bien couverte mais pas plus que dab pour un jour de librairie d'hiver, qu'il fait allez, un peu frais.

C'est fou comme le fait de ne plus percevoir les températures de la même façon me donne l'impression d'être une autre.

Plus tard dans la journée je constaterai avec surprise que la peur de Poutine aussi c'est envolée. Je ne pouvais pas voir une photo de cet homme sans ressentir un frisson dans le dos, celui d'une proie qui croise un prédateur, et le cœur qui accélère afin qu'on soit prêt à bondir.

Symptôme disparu. Ce qui fait qu'en danger non présent ni concret (1) pouvant directement me concerner (2), je n'ai plus peur de rien. Plus rien.

Les fous sanguinaires ont fait de moi un potentiel guerrier.

 

La journée de librairie se passe plutôt bien et s'achève en beauté grâce aux Trente façons d'énerver un parisiens et à un habitué rigolard qui en profite pour payer par chèque. Mais je ressens quand même durement le temps confisqué pour trop peu d'argent gagné.

Le bonheur c'est ensuite d'aller chez Charybde où après un moment de faiblesse (j'ai dû m'asseoir dans un coin trop difficile de tenir debout après mes huit heures accomplies), j'ai pu laisser un peu la tristesse au vestiaire et lors d'une conversation ultérieure où quelqu'un a eu le malheur de glisser, "un safari chez les Stroumpfs" (il était question de BD ça arrivait logique dans la conversation), ma voisine d'en face de table et moi avons eu la même vision d'un trophée de chasse Stroumpfs et nos regards se sont croisés au même instant, attraper le premier vrai vaste énorme fou rire "depuis" (3).

Ça faisait un bien fou (merci Céline).

Pour la première fois depuis un mois, j'entrevois de guérir un jour des peines subies. Ce qui ne voudra en aucun cas dire que j'aurai oublié l'ami assassiné (ni non plus ses collègues et les victimes de hasard), mais que mes forces vives auront repris le dessus.

En rentrant m'attendait une collection de Petits Polars du Monde. Comme pour mettre un point final doux à cette journée plutôt douce dans le dur, en fait.

 

 

(1) Je pense que si l'on me collait une arme sous le nez, je flipperai.

(2) Je vis dans la crainte perpétuelle qu'il arrive quelque chose de dangereux, grave ou douloureux à ceux que j'aime.

(3) Si je fais exception de celui déclenché par l'homme de la maison me racontant sans chercher à faire rire que #ElVecino connaissait Wolinski et était très touché par ce qui s'était passé à Charlie Hebdo. Comprenne qui pourra.

PS : Pour ceux que le feuilleton de la fuite d'eau invisible intéresse un plombier expert est passé qui a déniché une nouvelle fuite - à mon avis très récente et qui n'explique rien -. Mais lui n'était là que pour constater et comme l'homme de la maison veut se rendre utile il a visiblement tenté de réparer lui-même. Je pressens la situation au bord de dégénérer. La plomberie c'est comme la coiffure si tu essaies de faire toi-même tu t'exposes à des ... euh ... déconvenues.

(billet non relu écrit en dormant)


jeudi 5 février 2015 Twenty nine days after

 

La chape de tristesse est difficile à bouger. Je m'efforce de faire chaque chose le mieux possible. Façon de ne pas sombrer.

La BNF commercialise sur papier des fac-similés d'éditions anciennes. Je le savais mais en voir une de près me donne envie - l'argent manque, il ne faut pas -.

Pris séparément et hors de la période chaque élément de ma journée serait bien. Mais dans le contexte actuel je les traverse triste. Même la dégustation.

J'ai été heureuse de revoir Julien avant qu'il ne parte s'établir assez loin. Il me manquera, même si on ne se voyait pas tant que ça. Il était un élément de liant dans le groupe. Ce que je pourrais être si la vie m'avait fourni moins de coup dur, s'il n'y avait pas de soucis lourds, et si je n'étais pas obligée de perdre tant d'heures à la gagner. Ou si je n'avais pas cette anomalie de la thalassémie et du coup pouvais certains jours être énergique. 

Comment entreprendre quoi que ce soit alors que le défi de chaque journée est de parvenir à la vivre en entier.

Le deuil fait des mouvements de va-et-vient comme les vagues. Aujourd'hui était un jour de vagues fortes. Présence de l'absent.

Je dois dormir (urgent).