Être parfois malgré soi la menace de quelqu'un
Ce qui aide ou ce qui n'aide pas

mercredi 18 février 2015 Forty-one days after


Je voyais le monde devenir fou, la réalité dépasser la fiction, le deuil devenir suffoquant et s'agréger à une autre peine qui l'avait précédé. Je m'étais dit que pendant quarante jours j'allais faire de ce blog le journal, le diario, qu'il n'avait jamais été. Que je ne souhaite pas qu'il soit. Je ne tiens pas ce lieu pour ça.

Je pensais qu'écrire le au jour le jour m'aiderait à ne pas virer cinglée. Que ça pouvait être utile de témoigner. Simple personne qui s'est par malheur trouvée concernée à la fois d'un peu loin mais de quand même trop près.

Comme beaucoup d'Européens, je suis issue de familles décomposées recomposées défaites et recrées par les deux précédentes guerres mondiales. Il me reste des pratiques de peu d'ancienneté puisque les traditions elles-mêmes ont été dispersées. Mais le fait qu'un deuil se porte quarante jours et qu'ensuite on est censé reprendre le fil de sa vie fait partie des rares éléments transmis.

Quarante-et-un jours ont passé. Ça va un peu moins pire. Ça allait. Mais avec la réplique au Dannemark, j'ai reperdu pied. 

Je vais cependant tenter de terminer le travail : les quelques jours manquants, aussi quelques billets spécifiques dont un pour sourire malgré tout.

Puis je tenterai de reprendre le cours des billets hétéroclites comme avant je pratiquais. Si possible moins personnel et mieux observé. Pas besoin d'être devin pour prédire des temps troublés. Des temps où nous serons sommés de choisir notre camp. Les vieux humanistes dont je suis ne seront pas écoutés. Il me faudra tant que possible être le micro-Pepys de la peste qui vient.

Je mange ce soir une portion de gâteau de bonheur du nouvel an chinois, celui aux châtaignes d'eau ; qui a un goût de pommes - y en a sans doute pas -. Espérons qu'il aura un effet un tantinet magique, d'éloigner un temps tout ce sombre qui tournoie. P2181015

Même la lune cherche à se réfugier à l'intérieur, tant les temps sont troublés.

Michaux écrivait "Faute de soleil, sache mûrir dans la glace". J'ai dû renoncer à l'amour. Mais à écrire, ça, jamais. En tout cas : jusqu'au bout j'essaierai.

 

dimanche 15 février - 38 

Réveil lent après plusieurs réveils affleurés. La première pensée fut pour François (Morel) qu'on allait voir au théâtre. Puis que c'était le jour d'aller courir. Mais que j'aurais tellement préféré faire l'amour (1).

Presque en même temps il y eut un texto, et j'ai eu l'espoir que ce fût #LeFrangin, mais non, seulement le club de gym qui me félicitait pour mon réabonnement.

Nous sommes allés courir trop tard et je me sentais faible, puisque je ne mange qu'après. 

Le théâtre, bien sûr un bonheur. La fin du monde, c'est vraiment bien. François Morel parvient à soulever un temps la chape de tristesse, je me sens aller bien, pleure, mais d'émotion douce.

En rentrant, quelques courses, des fruits, des légumes et des fleurs que j'ai demandées en pensant à un bouquet qui serait un peu soldé, mais un autre choix, décevant, est fait. De la déception nait une embrouille, comme souvent entre gens peinés et fatigués.

Je n'aurais en rentrant que la force d'écrire le bref billet sur le spectacle. Dans et malgré la débine, au moins remercier.

(1) "vraiment" à intercaler dans cette phrase au gré des vents.

 

lundi 16 février - 39 

J'avais oublié que le lundi matin est le mauvais moment pour joindre les personnes. Chacun de ceux qui en ont est dans sa bulle de boulot. 

Le plombier vient. L'homme de la maison est présent, décidé à aider, et je peux donc partir, aux premiers bruits incompatibles [avec le travail d'écrire ou de traiter les photos]. La rue aussi est en travaux ou leur étape préalable (enlever les voitures d'un côté. toutes). Une soudaine inspiration m'entraîne à la cinémathèque, bon abri pour une Gilda. Et ça marche : la bibliothèque est ouverte, accessible à coût raisonnable, moins chère qu'un demi dans Paris. L'endroit est lumineux, le wifi partageux, pas d'inscriptions compliquées.  Photo1584

Je dépose mes affaires, sauf l'ordi, l'agenda, un ou deux carnets, dans un casier.

Puis je trouve une place, près d'une fenêtre. Tout est calme, lumineux, peuplé mais assez peu. 

Les gens écrivent des scénarii. Il me plait de le penser.

À ce moment précis, je subis un répit. Et dans l'élan soudain, trouve la force ... d'entreprendre des démarches administratives, de celles qui peuvent se faire sur l'internet. 

Une lettre de résiliation à une mutuelle s'écrit toute seule, alors que depuis plusieurs mois j'en reportais l'effort. Un message pour la sécurité sociale. Des bricoles bancaires. 

Le temps que j'avais à passer en ces lieux est vite épuisé. Je rejoins la BNF juste à temps pour que la fatigue m'y rattrape. Ce sera donc ciné. Le "Munich" de Spielberg avec Mathieu Amalric dont il avait parlé la semaine passée. Je pianote vaguement sur l'ordi en même temps, ce qui me permet de capter qu'un rassemblement est prévu à partir de 18h devant l'ambassade du Danemark, avenue Marceau, tout près des éditions Laffont. Je décide de dépasser mon hypersensibilité patronymique et coïncidentielle et me propulse. P2160963Une amie de l'internet y est et ça tombe très exactement très bien étant donné qu'il ne s'agit que d'être debout devant [l'ambassade] ce qui passé une sortie et des remerciements des officiels, plus quelques mots sans doute vers des caméras, devient vite un peu vain. Nous sommes trop peu et j'ai un peu honte d'un pays qui semble estimer avoir fait son boulot le 11 janvier comme si c'était du coup fait pour tout le reste de l'année de ce comporter en citoyen motivé. 

Je remarque que désormais, les hashtags sont dans la rue. Et j'apprends le verbe être et que la grammaire danoise vient d'Andersen en fait. 

Comme souvent les manifs, ça s'achève par boire un coup. Le pub irlandais près du Lincoln est très bien (depuis le temps que j'avais envie de l'essayer). Malgré les propos tristes, comme presque toujours depuis le 7 janvier, c'est un bon moment partagé. J'aime la présence et l'humour de C.

Ensuite il faut rentrer. Se retrouver entre amis n'empêche pas de pleurer, mais permet de le faire sans la solitude en poids rajouté.

Seul regret : un Enclos envisagé avec AK qui s'est trouvé repoussé (mais elle aussi finalement avait un empêchement, et d'ailleurs sinon elle serait venue au rassemblement).

Je ne sais plus ce que j'ai fait du reste de la soirée. Finir de lire "L'archange du chaos" ? J'ai dû, comme d'habitude et de plus en plus fréquemment, m'endormir d'un bloc, sans même m'en rendre compte. 

 

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