Parfois au cœur du pire, une pincée de réconfort
Être parfois malgré soi la menace de quelqu'un

La Fin du monde, c'est vraiment bien


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Le théâtre nécessite de prendre ses places à l'avance, lorsqu'il y a abonnement. 

Alors on ne sait pas si l'on sera encore là, et si oui, c'est déjà ça, on ne sait pas qu'on ira voir ce spectacle, conçu pour nous faire sourire, nous émouvoir, nous permettre le temps que l'acteur pour nous se fatigue de poser nos propres fardeaux, au lendemain d'une nouvelle tuerie, après celle du mois dernier, et le chagrin qui l'accompagnait. 

Du coup le moins que l'on puisse dire c'est que c'est pas gagné. Comment se laisser embarquer dans quelque chose de doux, de sensible et de tendre alors qu'on se sent comme un sac de larmes ?

Mais l'acteur sur scène n'est pas n'importe qui.

C'est François Morel. Et il y va de toute son énergie. Rarement, sinon avec les danseurs de Dada Masilo, je n'ai à ce point senti le sens de l'expression "se donner". Il se donne à fond. 

On est avec Anna Karina de "Pierrot le fou" qui ne sait pas quoi faire - ce qui ne m'est pas arrivée depuis que je sais lire -, et lui qui vient lui faire quelques jolies suggestions. 

Il y a la présence obsédante d'un piano mécanique, comme un personnage qui répond.

Chaque sketch est un petit bijou, chaque incarnation. Jeannine m'a émue et je sais bien pourquoi ; la nativité revisitée à l'heure des médias après avoir fait bien rire, donne à penser (à de multiples sujets) ; l'homme du métro me rappelle tous ceux que je connais et qui sont comme moi déjà un peu âgés, j'ai adoré "vieillir". 

Bref, le genre de pièce à sketchs dans laquelle on se dit de chaque morceau qu'on le préfère au précédent.

Les larmes sont venues, elles me tenaient au corps depuis la veille au soir, mais elles étaient de soulagement d'être encore en vie, que ça valait la peine, malgré ceux des hommes qui sont hyper-violents, celles des femmes qui aiment être soumises et ne penser qu'à leur apparence, ceux des humains qui sont dangereux ou décevants. Malgré un très sale air du temps qui est tissé de haines et de croyances vengeresses. Malgré les guerres, la guerre qui s'étend.

François Morel fait œuvre de résistant. Je lui suis infiniment reconnaissante de nous aider à tenir bon.

"La fin du monde est pour dimanche", en ce moment au théâtre du Rond-Point
mise en scène de Benjamin Guillard.

 

 

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