Les témoins
mercredi 14 janvier 2015 : déjà une semaine d'univers parallèle

Rire malgré tout


P1130295Ça fait du bien d'être tous ensemble ; nous prenons conscience que collectivement nous comptions plus que ce que nous croyions. 

Certains dessins d'Honoré ne sont plus visibles sans y percevoir du prémonitoire ; ce Sarkozy le retour "Je me gare où je fais encore un tour du pâté de maison" ou ce Hollande qui reçoit les familles de victimes d'une catastrophe aérienne "C'est en croque-mort que je suis le plus fort'. 

Je suis à ce point à côté de moi-même que je me trompe d'adresse, ayant scrupuleusement noté le bon numéro ... mais d'une autre rue. Du coup je parviens perplexe devant un marchand de moquette au lieu de la galerie où les dessins sont exposés.

Les amis professeurs ou animateurs ou quoi que ce soit dans les établissements scolaires nous racontent d'inquiétantes anecdotes. L'impression que cette société va être débordée par un raz-de-marée des extrêmes. Certaines attaques viennent de là où l'on ne s'y attendait pas.

Au passage (rien à voir directement avec les événements récents) j'apprends que certains types d'extrême droite viennent se faire des selfies au mémorial de la Shoah. Je suis encore trop naïve, je n'imaginais pas.

Nous tentons de trouver quelques motifs à sourire, ne pas nous laisser abattre, mais c'est d'autant plus difficile que les massacres perpétrés par Boko Haram sont désormais connus et que ça n'est pas comme si la quantité de malheurs dans le monde était une constante et qu'une tragédie ici permettait aux reste de la planète d'être ailleurs en paix. C'est l'escalade du pire partout.

Cependant deux sourires :

- L'ami qui raconte que sa buraliste entendant que la conversation entre lui et un autre habitué concerne Honoré et qui incruste un "Je le connaissais bien, il achetait ici ses cigarettes".

À ceci près que s'il fut peut-être fumeur ses amis attestent qu'il avait depuis au moins 20 ans arrêté.

Attendrissant cette façon qu'ont les uns et les autres de souhaiter se l'approprier.

- Nos imaginations de la tête des gens qui n'ont jamais feuilleté un Charlie Hebdo de leur vie et vont demain découvrir de quoi il retournait - nous comptons sur ceux survivants du journal pour n'avoir rien abdiqué de leur mauvais esprit dans les grandes largeurs -. Et se sentir tout scandalisés et bêtes d'avoir porté dimanche un panneau "Je suis Charlie".

Nous sommes un bon paquet à être incapables encore de ne pas croire qu'il est seulement un peu en retard, qu'il ne va pas tarder à arriver.

Comme dirait Houellebecq "C'est la première fois qu'un de [nos] amis meurt assassiné".

La sidération perdure.

 

Commentaires