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Plus tard


Plus tard nous nous souviendrons qu'en ce premier janvier 2015 nous étions tous les quatre à la maison, et que malgré les nuages sombres dont la menace persistait (la fragilité de nos finances et santés, le travail qui pour l'un d'entre nous risquait de mal tourner), nous étions tranquilles, au chaud, au calme, contents de notre soirée précédente, et presque (tous) en forme, quoique fatigués.

Que nous avions ri des chanteurs "François". Parlés d'amis communs.

Que notre adresse IP sur certains outils nous plaçait en Guadeloupe #WTF

Que de loin en loin un texto, un message de vœux arrivait et que nous nous efforcions d'y répondre.

Je faisais du ménage sur mon ordinateur. Très lentement, en reclassant et sauvant avant d'effacer ; ce qui pour les photos prend du temps. 

Je lisais le léger "Vivre vite" de Philippe B. et m'y sentais bien, même si le sujet eût peut-être appelé une plus grande intensité, quelque chose de moins affleuré. Découvrais qu'il n'était pas de notoriété publique absolue que James Dean fût homosexuel, de ceux capables d'aimer physiquement une femme mais attiré par les hommes, alors qu'il m'avait toujours paru évident qu'il l'était et que ce n'était pas caché. Après, depuis que j'ai fait la connaissance lors d'un mariage l'été dernier d'un certain Diego dont je n'aurais pas douté un seul instant de l'hétérosexualité, alors qu'il ne se cache pas de n'aimer que les garçons, je sais qu'il faut que je me méfie de ce type d'évidences. En plus que mon propre refus des convenances absurdes actuelles des apparences de la féminité peut éventuellement me faire passer pour assez masculine alors qu'il n'en est rien, voire au contraire : je me sens si profondément une femme et en accord avec ce corps de ce point de vue là que je n'éprouve pas le moindre besoin d'en rajouter dans la déco afin de le prouver. Un peu comme un sapin qui à la Noël refuserait les guirlandes parce qu'il se sent bien assez sapin comme ça, qu'il trouve l'obligation festive un peu bête et préfère la vie dans les forêts.

Je me souviendrais que l'un des livres que j'avais choisi pour les échanges de cadeaux à la soirée de la veille, "Le mur invisible" et qui comprend une si belle histoire d'entraide et d'amitié entre une femme et un chien est allé à l'un des membres d'une famille d'accueil pour chiens guides d'aveugle et que cette délicatesse du hasard (la plupart des livres étaient emballés) m'a comblée.

Un peu triste, les cicatrices cumulées des chagrins, même sans saigner, tirent toujours, mais ça ne brûlait plus. C'était comme un jour de repos loin des lignes, sans pour autant être en permission. Une amnésie partielle, relative à un lointain passé, à une disymétrie de souvenirs révélée la veille au soir, faisait diversion. Je pouvais donc jadis être celle dont on se souvient. Voilà qui me laissait perplexe, plutôt agréablement.

 

"Cela pèse lourd, une absence. Bien plus lourd qu'une disparition. Parce que les morts c'est commode, on sait qu'ils ne reviendront pas. Tandis que les lointains nous narguent et nous font espérer." 

Philippe Besson, "Vivre vite" (éd. Julliard p93, la voix du père)

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