Rire malgré tout
jeudi 15 janvier 2015 - J + 8

mercredi 14 janvier 2015 : déjà une semaine d'univers parallèle


Une semaine plus tard. 

Le journal sort mais je me demande bien qui l'aura eu. Avant 7 h du matin dans ma petite banlieue il n'y en avait déjà plus.

Nous sortons de l'état de choc. Lentement. D'une certaine façon cet état protège, il permet de mettre tout ce qui n'est pas essentiel de côté, la sidération s'accompagne d'une forme d'engourdissement. Au moment où l'on reprend contact avec la réalité, c'est comme se relever d'une position où le sang ne circulait plus on se retrouve les fourmis dans les jambes, ça peut être très douloureux le temps qu'elle se rétablisse.

Ça l'est.

J'ai réussi à aller travailler les jours d'après. À grand effort d'attention j'espère ne pas avoir foiré trop de trucs.

Je pose des objets à un endroit sans plus savoir que je l'ai fait. Note scrupuleusement des adresses erronnées. Ne me souviens plus si j'ai fait quelque chose ou ai seulement eu l'intention de le faire.

Pas certaine d'être capable de continuer à assurer alors que l'horreur peu à peu apparaît dans sa crudité. Passé le deuil collectif et la part de défense de nos libertés, prend sa place le deuil personnel. Ces mots de Houellebecq lus dans une interview me hantent : C'est la première fois qu'un de mes amis meurt assassiné (1).

Je reste secouée d'avoir appris hier soir que nous comptions plus que ce que je ne croyais. Capture d’écran 2015-01-14 à 10.19.37

Les amis.

Ces jours-ci le groupe me tient debout. Et peut-être que ça fait cet effet à chacun d'entre nous, surtout aux plus proches du camarade défunt.

(extrait d'une carte de vœux magnifique dessinée par l'ami Gilles) 

(1) Oui, dans cet univers parallèle qui a hacké la réalité, je suis en phase avec Michel Houellebecq, les cars de CRS sont applaudis par la foule, mon amie Kozlika est prescriptrice de mode, un homme doux que j'aimais a viré indécent, les ennuis d'argent et de santé se sont mis en sourdine - ceux de boulot (pas les miens) hélas non, certains n'oublient pas d'envoyer des recommandés le jour même de la première tragédie d'ici -, les clients sont d'une prévenance extrême, mais leurs demandes peuvent être mystérieuses (recettes de fleurs), je déguste des whiskies parmi les meilleurs au monde, je suis insensible au froid et le sommeil s'est réduit mais me prend comme on perd connaissance.

Commentaires