Retour vers le passé du futur
Never say never (Bernard Pivot, bon dimanche, François Mitterrand)

La première fois qu'un passage d'un roman me fait éclater en sanglots


    Tellement la scène est forte et juste, tellement elle vient à point nommé, tellement elle concentre d'éléments de l'humanité et m'a touchée sur quelque chose de très personnel que pour partie j'ignorais.

Alors oui, en lisant, je pleure et je ris ; je pleure rarement devant la dureté, je pleure quand les humains se montrent bons et secourables, mais pas de façon spectaculairement héroïque. Je reste relativement impavide lorsque Jean Valjean porte son beau-fils à travers les égoûts pour lui sauver la vie mais ne sais pas bien retenir mes larmes quand le même homme soulève le seau que Cosette a tant de mal dans la nuit à porter.

Ce sont des larmes simples et silencieuses.

Là c'était différent, il s'agissait d'un deuil. De ce que font deux personnes, deux hommes, en deuil, d'un silence partagé. J'ai éclaté des sanglots qui lors des deuils réels restent intérieurs, ne me viennent pas.

Les mots du livre sont si précis, si droits, sans recherche d'effets, sans pathos et l'action décrite si simple dans des circonstances qui ne le sont pas, que d'autres deuils, vécus, ceux-là, et les chagrins des ruptures, ces deuils sans éternité, me sont remontés d'un seul bloc. Je ne m'y attendais pas.

Il y a aussi une part conjoncturelle : il est beaucoup question d'un coup d'état après une révolte dans un pays africain, or c'est ce qui se passe en ce moment au Burkina Faso. Et comme j'avais suivi de très très près le coup d'état précédent, l'actualité entre en résonnance avec le roman, dans une sorte de retour du refoulé de souvenirs et sensations restés très vivaces. L'inquiétude qui fut la mienne, permanente sans relâche fors dans l'illusion du sommeil, s'est trouvée réactivée, même si elle se trouve à présent sans objet, ou du moins est passée d'intime risquant de changer ma vie, à générale et éloignée. On a beau être quelqu'un aux tendances compassionnelles encombrantes, ça dévore moins.

En attendant, je pensais en avoir fini avec l'amour et je m'aperçois qu'un roman bien écrit peut à nouveau m'y faire croire, du moins à sa part sentimentale et de mémoire (1).

Ce livre a bien d'autres qualités, mais j'espère trouver le temps et la force, plutôt demain que dans l'épuisement du soir, de le chroniquer pour les évoquer.

 

"Les grands" de Sylvain Prudhomme (l'Arbalète Gallimard)

 

(1) Pour la part physique, certaines scènes, du fait de l'âge du personnage principal, me laissent dubitative.

PS : Ah tiens, je suis d'accord avec François Busnel

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