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Déjà

Je sors du métro, traverse le long du quai afin de me rendre à la BNF. Croise trois personnes, deux femmes, un homme, pas tout jeunes, pas non plus grands vieux, et qui papotent paisiblement.

Une des femmes affirme avec l'énergie de la conviction, ce côté Elle le sait elle y était, ou son cousin, qui le lui a aussitôt raconté : 

- Le gars qui conduisait le chasse-neige, il paraît, il avait bu.

Ses deux interlocuteurs acquiescent d'un air pénétré.

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366 - Aujourd'hui attention particulière à faire

Aujourd'hui, l'attention particulière, puisque j'étais trop fatiguée pour tout autre activité, fut portée sur la lecture, j'avais un livre à retrouver (1), un autre un peu épais (2) à avancer et les deux, je l'ai fait.

En m'offrant même un peu ce luxe d'aller lire au jardin (public) (d'en face) malgré une petite pluie malicieuse qui a attendu que je sois assise (sur un banc) pour se déclencher. Quand elle a perçu que je ne me laissais pas pour si peu influencer, elle a, le temps d'un chapitre, cessé.

Grâce aux deux livres, le lu, le retrouvé, et quelques pages plus tard de celui de Monika Fagerholm mais cette fois pour pure détente. Quelle qualité d'embarquement ! 

 

(1) "L'île du point Nemo" reçu dans une période à ce point troublée que je l'avais oublié, coincé entre la V.O. et la V.F. du livre de Siri Hustvedt. 

(2) La Recherche, en Quarto

366 réels à prise rapide - le projet 
366 réels à prise rapide - les consignes

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Contre la corruption


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J'ai finalement trouvé la force de me rendre au théâtre de la ville pour la soirée que Médiapart y organisait. Devant la difficulté d'entrer - ce gag pour une soirée anti-corruption de constater qu'un homme tentait de faire passer en fraude son ami, et la personne de vérification des entrées qui s'est montrée ... peu corruptible -, qui m'accompagnait n'a pas eu celle de rester. Mais au vu de l'intérêt de ce qui s'y disait, au fond l'absence était surtout pour lui dommageable. 

Je n'ai pas l'énergie ce soir de reprendre mes notes. J'ai eu la confirmation d'un nombre certain de choses que j'avais remarquées ces dernières années, de tendances observées sans savoir si elles provenaient d'un prisme parisien déformant et des milieux que je fréquente ou si elles étaient signes, hélas, que les temps avaient changé.

Depuis cette soirée je sais que l'option 2 est la bonne. Hélas.

L'intervention de Roberto Scarpitano, procureur général au parquet de Palerme et invité d'honneur de la soirée,  m'a subjuguée.  Il est le survivant d'un nuage guerrier qui n'épargnait personne. Et encore actuellement menacé.

Une des difficultés est que les mécanismes de corruption sont actuellement si sophistiqués qu'il faut un certain niveau culturel en économie et finance pour les appréhender.

Il a par exemple été question du poids du scandale de manipulation concertée du libor, lequel pèse sur nos économies nationales alors qu'il a été pratiquement étouffé. C'est un brigandage invisible. La dette actuelle des états est due au manque à gagner né de ces pratiques, de l'évasion fiscales, de fraudes d'entreprises.

Les mêmes qui captent les biens communs sont ceux qui nous serinent que la solidarité coûte décidément trop cher, alors que sans leurs prébendes en Europe du moins il y aurait largement de quoi financer pour tous des vies raisonnables avec les soins de santé, un toit et de quoi manger.

Les différentes oligarchies promulguent les lois qui légalisent leurs pratiques, du moins celles dont on peut finir par faire croire au prix d'accrobaties de communication qu'elles sont dans l'intérêt général. Qui pourra croire que dans ce pays les plus assistés sont les grands patrons ? Et les banques systémiques ?

Et pour l'instant on n'a encore presque rien vu des calamités que déclencheront pour le profit d'une poignée d'humains le trading haute fréquence (vous avez aimé Les subprimes ? Kerviel ? la nouvelle série va vous régaler).

L'extrême droite n'a plus qu'à récupérer dans sa corbeille les mécontentements et désespoirs issus de la crise perpétuelle nées des pratiques mafieuses des dirigeants eux-mêmes. Il suffit de faire croire aux habitants plus ancien que leurs vies misérables sont la faute de plus récents arrivants et de telles ou telles plus particulières populations. Devant les succès à venir, accourent ceux qui n'ont aucun scrupule, et pour seul credo leur appétit de pouvoir (et de sexe et d'argent qui font partie du package deal). On en est déjà là ce qui à mes yeux (ce n'est pas l'analyse délibérément optimiste qui en fut faite hier soir) signifie qu'il est trop tard. À moins qu'une fée ne fasse (re?)trouver à François H. la lucidité d'entreprendre enfin contre vents et marées ce pour quoi le peuple l'a élu.

Il me semble plus que jamais primordial de veiller à préserver autant que possible (mais là aussi : n'est-il pas trop tard ?) la neutralité du net (1). Pour l'instant l'internet est le seul média qui permet aux lanceurs d'alerte de faire savoir sans être bloqués ce qu'ils ont constaté. Trop souvent encore la divulgation à grande échelle est leur seule protection (2)

 

Un manifeste est proposé à la signature. Je demeure sans illusion quant à son effet. Ça permet surtout de n'avoir pas l'impression de ne rien faire du tout.

[photo personnelle, prise de loin, mieux que rien]

PS : Certains des liens sont susceptibles de virer "réservés aux abonnés", désolée.

PS' : Je regrette le billet que pourrait écrire tellement mieux Virgile sur le même sujet. Je ne peux pas m'empêcher d'aborder des sujets poliques parce que je "vois" les choses, que j'aimerais transmettre l'historique que l'âge m'a donné à ceux qui sont en train de se faire duper, mais je n'ai pas assez d'outils, de connaissances, d'armes, pour argumenter.

 

(1) explications par ici que je n'aime pas plus que ça  dans leur forme (pourquoi, même pour rire, c'est presque toujours la fille qu'on met dans le rôle de celle qui ne sait pas, vous êtes agaçants, les gars) mais qui ont le mérite d'être claires y compris pour des néophytes. 

(2) À ma très petite échelle j'aurais pu au début des années 90 être l'un d'eux. Seulement je ne connaissais personne parmi les journalistes, n'avais aucun contact dans les milieux du pouvoir, étais isolée à ne pas même oser confier quelques observations, des perplexités - du type de calculs faux, signaliés tels mais vite dûment homologués et de chiffres exacts qui, transmis, ne réapparaissaient jamais - à des collègues soumis aux mêmes pressions. Quand les questions portent sur des points techniques, il est difficiles de communiquer à leur sujet. À l'ère de l'internet il est évident que j'aurais au moins fait part de mes doutes, au moins croisé des personnes qui m'auraient permis de piger s'ils étaient ou non fondés.
On n'imagine déjà plus combien un individu sans carnet d'adresses autre qu'amical, issu d'un milieu loin des cercles privilégié était isolé.


Radio confusion


    Après avoir couru jusqu'au pont de la seconde île, puis fait un tour de piste, puis accompli un morceau de parcours sportif, j'ai eu la prétention d'écouter la radio. C'était une émission où il était question de Picasso et d'Apollinaire, deux voix, un homme et une femme, jeune, laquelle m'agaçait un peu - trop de bourgeoisie, d'apprêt - mais dont l'intelligence des propos me ravissait. Je n'ai pas prêté attention que je glissais dans le sommeil. J'ai été réveillée par ces phrases : 

- Les gens détestent apprendre ce qu'ils savent (l'homme, qui s'était fait plus péremptoire, et par quelques autres phrases, un brin communes, à présent me décevait)

- Et comme dirait un grand moraliste de notre temps, Merci pour ce moment (la femme, qui s'était faite plus impertinente, malgré que la voix de l'homme la coupait, professoral et présomptueux, par moment, à moins qu'il ne se fût agi d'une sorte de sketch entre eux - d'un goût hélas douteux -). 

Je venais dans la demi-brume du sommeil s'éloignant de piger que depuis un moment ils évoquaient Chamfort et son suicide raté - comment ça Picasso se serait suicidé, et le jour de mon anniversaire, mais quel toupet ! -, que tout simplement on avait changé d'émission. Que l'homme savant et la femme jeune n'étaient plus les mêmes. Alors que la formule de l'émission, une femme fait l'exposé et l'homme intervient, plus professoral que partenaire, était fort cousine.

Et qu'un tel tandem pouvait très facilement, même en tirant vers l'humour, virer à l'agaçant. Comme s'il n'était pas envisageable que la femme fut celle qui en savait plus long (1).

Nous en sommes donc encore là.

 

(1) Dans le premier cas, étant donné qui est l'homme, un puits de culture, mais qui sait ne pas l'étaler, qui que l'on soit, c'est effectivement difficile. La seconde personne parle inévitablement sous son approbation. Mais il sait laisser dire, se contenter de déposer une précision, affiner discrètement.


Le héron


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LE HÉRON

 

   Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où 
   Le Héron au long bec emmanché d’un long cou. 
              Il côtoyait une rivière.
   L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ; 
   Ma commère la Carpe y faisait mille tours 
              Avec le Brochet son compère. 
   Le Héron en eût fait aisément son profit : 
   Tous approchaient du bord, l’Oiseau n’avait qu’à prendre ; 
              Mais il crut mieux faire d’attendre 
              Qu’il eût un peu plus d’appétit. 
   Il vivait de régime, et mangeait à ses heures. 
   Après quelques moments l’appétit vint ; l’Oiseau 
              S’approchant du bord vit sur l’eau 
   Des Tanches qui sortaient du fond de ces demeures. 
   Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux, 
              Et montrait un goût dédaigneux 
              Comme le Rat du bon Horace.
   Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse 
   Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ? 
   La Tanche rebutée, il trouva du Goujon. 
   Du Goujon ! c’est bien là le dîné d’un Héron ! 
   J’ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise ! 
   Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon 
              Qu’il ne vit plus aucun Poisson. 
   La faim le prit ; il fut tout heureux et tout aise 
              De rencontrer un Limaçon. 
              Ne soyons pas si difficiles : 
   Les plus accommodants, ce sont les plus habiles : 
   On hasarde de perdre en voulant trop gagner. 
            Gardez-vous de rien dédaigner ; 
   Surtout quand vous avez à peu près votre compte. 
   Bien des gens y sont pris ; ce n’est pas aux Hérons 
   Que je parle ; écoutez, humains, un autre conte ; 
   Vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons.

 

Ce que j'ignorais avant de rechercher cette fable après en avoir croisé le héron héros, c'est qu'elle était jointe à l'origine à une autre, qu'on ne nous enseignait pas. J'ose espérer que cette fable-ci a vieilli.

 

 

LA FILLE

 

            Certaine Fille, un peu trop fière 
            Prétendait trouver un mari 
   Jeune, bien fait, et beau, d'agréable manière, 
   Point froid et point jaloux ; notez ces deux points-ci. 
            Cette Fille voulait aussi 
            Qu'il eût du bien, de la naissance, 
   De l'esprit, enfin tout ; mais qui peut tout avoir ? 
   Le destin se montra soigneux de la pourvoir : 
            Il vint des partis d'importance.  
   La Belle les trouva trop chétifs de moitié : 
   Quoi moi ? quoi ces gens-là ? l'on radote, je pense. 
   A moi les proposer ! hélas ils font pitié . 
            Voyez un peu la belle espèce ! 
   L'un n'avait en l'esprit nulle délicatesse ; 
   L'autre avait le nez fait de cette façon-là ; 
            C'était ceci, c'était cela, 
            C'était tout ; car les précieuses 
            Font dessus tout les dédaigneuses. 
   Après les bons partis les médiocres gens 
            Vinrent se mettre sur les rangs. 
   Elle de se moquer.  Ah vraiment,  je suis bonne 
   De leur ouvrir la porte : ils pensent que je suis 
            Fort en peine de ma personne. 
            Grâce à Dieu je passe les nuits 
            Sans chagrin, quoique en solitude. 
   La Belle se sut gré de tous ces sentiments. 
   L'âge la fit déchoir ; adieu tous les amants. 
   Un an se passe et deux avec inquiétude. 
   Le chagrin vient ensuite : elle sent chaque jour 
   Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour ; 
            Puis ses traits choquer et déplaire ; 
   Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire 
   Qu'elle échappât au Temps, cet insigne larron : 
            Les ruines d'une maison 
   Se peuvent réparer : que n'est cet avantage 
            Pour les ruines du visage ! 
   Sa préciosité changea lors de langage. 
   Son miroir lui disait : Prenez vite un mari. 
   Je ne sais quel désir le lui disait aussi ; 
   Le désir peut loger chez une précieuse. 
   Celle-ci fit un choix qu'on n'aurait jamais cru, 
   Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse 
           De rencontrer un malotru.

Jean de La Fontaine, Fables 

 

[photo : Parc des Impressionnistes, Clichy la Garenne, ce matin]

 

 


Deux ans et les lieux changent


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Deux ans ont passé, des travaux sont entrepris, certains arbres ont été coupés, gênants pour le chantier dont les palissades englobent le trottoir et une part de la rue. Il y a un trou d'un ou deux étages jusqu'en bordure du bâtiment existant. Je ne sais pas par où sortent les voitures qui repartaient du parking de l'immeuble par là avant. Quel est désormais l'emploi de ceux qui contrôlaient les accès ? 

Je me souviens d'un temps lointain, il y a 12, 15 ou 20 ans durant lequel l'espace était ouvert, délimité par un muret sur lequel grimpaient les enfants.

Bientôt il y aura là un siège social, des étages, un grand morceau de ciel en moins. Quand le monde se blinde la vie se rétrécit.

[photo : vendredi 19 octobre 2012 08:21, Clichy]

Voici comment sont les lieux aujourd'hui (14/10/14)  Photo1195

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Journée de rêve il y a deux ans

En triant mes photos et en cherchant à les légender, car la mémoire est incertaine deux ans après, j'ai retrouvé cette note de mon carnet de bord

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Je me souvenais qu'octobre 2012 avait été une période faste, je me croyais aimée, on me proposait une piste formidable de travail (1), nous participions à la librairie à l'allumage du succès fou de "La vérité sur l'affaire Harry Québert" et à la maison tout le monde semblait bien aller.

 

Je ne pensais pas qu'il y avait eu des journées magiques à ce point, un vendredi 19 où tout s'était goupillé bien, comme dans un (beau rêve).

Et comme souvent en pareil cas : tout occupée à vivre à fond le bon, j'ai relativement peu de photos. Et de la soirée, qui avait constitué une sorte de point d'orgue  PA190160

seulement deux.

 

 

 

(1) Pour laquelle hélas il aurait fallu que je fusse fortunée sinon entrepreneuse dans l'âme. L'expérience m'aura valu au moins quelques grands moments, obligée à rédiger un truc à fin professionnelle, fait rêver, permis de constater une fois de plus que j'avais des amis formidables et de rencontrer un homme hors du commun. Elle m'aura permis de mesurer l'écart des mondes financiers dans lesquels nous pouvons vivre alors que culturellement le niveau est voisin. Enfin d'être confrontée à ce que je pourrais éventuellement faire si, m'a permis de consolider cette embarrassante certitude que ce qui me convient c'est d'écrire (et ce qui m'aurait convenu de faire des films, mais là il aurait vraiment fallu d'autres coups de pouce, un autre milieu d'origine que le mien, une santé solide)

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La fin de Twitpic (et la subséquente réapparition de la piscine de mes rêves)

Hier ou avant-hier en voulant partager une photo via twitpic, je me suis trouvée face au message suivant : 

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C'était au départ l'outil de partage d'images associé (je l'ai du moins longtemps cru) à Twitter et qui a dû ne pas pouvoir continuer longtemps après que ce dernier avait offert la possibilité d'en publier directement.

Lequel Twitter qui non content de ressembler de plus en plus à un facebook sans les événements, est en train de se saborder (merci @Le_M_Poireau pour le lien) ; à force nous n'aimerons plus y partager nos mots instantanés. Ce soir, à l'instar du Poireau je suis d'ailleurs allée sur Tsû qui semble posséder quelques charmes du Twitter des premiers temps. Mais le risque est que chacun au bout du compte migre dans un coin différent du voisin que l'on avait plaisir à côtoyer ailleurs que sur l'incontournable FB.

 

Ce qui est curieux c'est que je m'étais posée récemment la question de la sauvegarde des images ou copies d'écran que je déposais sur Twitpic. Voilà qui est fait. J'ai exporté mes données. 

Et récupéré d'une part mes photos ... de l'autre leurs légendes. 

Aux heures perdues dont je ne dispose pas, je reprendrais donc peu à peu leur réassemblage. 

Le blog est créé

Sauvegarder le téléchargement général a été l'occasion d'entrevoir les clichés, certains avec le sourire - la plupart des images rassemblées là ont ce but pour l'essentiel -, et d'autres le cœur étreint. En 2013 les hommes ont tourné une page de ma vie dans laquelle j'avais l'espoir d'un jour pouvoir être bien et sans laquelle j'ai été atterrée. Le temps (tic-tac), la petite famille, les amis m'ont aidée à me relever. Tomber quatre fois, se relever cinq, comme dirait Philippe. Chaque fois pour des ruptures subies cumulées avec des périodes de fréquentation assidue des hôpitaux pour accompagner quelqu'un - pas toujours la même période, heureusement -. Cumulées avec des difficultés professionnelles et financières. Les liens entre tous ces points n'étant pas si évidents, comme s'il s'agissait à chaque fois d'une tempête générale. J'ai beau avoir recommencé à pousser mon petit rocher vers le haut de la colline, je commence à me lasser.

Par exemple, revoir la piscine de mes rêves n'est pas encore anodin. Elle est toujours la piscine de mes rêves en fait. Quand y retournerais-je ? 

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PS : Lu aujourd'hui l'édifiante histoire de Stephen Hawking dont je connaissais pour partie les travaux, ou du moins la vulgarisation qui en fut faite, mais non la vie privée et le rapport avec la maladie. D'habitude je ne m'intéresse que de très loin à la vie privée des gens que je ne connais pas, mais j'ai trouvé que quelque chose dans son cas était édifiant - ceux qui ont choisi de faire son biopic comme ils disent (dont j'ai vu la trace ici), ont dû supposer l'édification potentiellement rentable -. Passé leurs égarements les hommes reviennent parfois. Mais dans quel état.


Ce n'était pas mieux avant

 

À l'occasion de la "journée mondiale du deuil périnatal", mon amie Véronique vient de partager un lien (1) au sujet de ce qui est entrepris pour aider les parents ou qui ont failli l'être, dont l'enfant né ou le tout proche de naître n'a pas vécu. 

J'ai eu la chance de n'être pas directement confrontée à la question ni non plus mes parents, ni non plus, que je sache les parents du père de mes enfants.

En revanche la génération précédente, de ceux qui ont connu une guerre mondiale à 20 ans et l'autre à 40, et pas de loin, ont été largement confrontés à la question. À tel point que ça n'était pas considéré comme un vrai deuil, puisque c'était si fréquent. 

Pour ceux des êtres qui n'avaient jamais pris une seule respiration on disait qu'ils étaient morts-nés. On s'efforçait d'oublier. Il y avait un fatalisme, quelque chose de l'ordre du "comme il n'a pas été vivant, il n'est pas vraiment mort". Les femmes reprenaient leurs tâches comme si de rien n'était, comme s'il n'y avait pas eu toute la fatigue d'une grossesse et d'un accouchement. Beaucoup de grossesses n'étaient pas désirées, pas nécessairement non plus des accidents, mais dans pas mal de familles peu fortunées un enfant c'était avant tout une bouche de plus à nourir, et on fera comment ? Dès lors un enfant qui s'était annoncé mais finalement ne vit pas était considéré comme une bouche de plus de moins, on se disait qu'après tout ça n'était pas plus mal un peu de répit.

Les nourrissons du moins dans les familles où pour manger il fallait travailler étaient considérés comme d'une présence pas tout à fait définitive. Là aussi on était habitués à une forte mortalité. Ma grand-mère maternelle a eu six accouchements, trois enfants seulement sont parvenus à l'âge adulte. Ma mère m'a toujours dit ne se souvenir que d'un seul des bébés qui ne sont pas restés parce qu'avant de succomber à une pneumonnie il avait vécu trois ou quatre mois, le temps des débuts de la communication, de sourire un peu. Alors il y avait eu beaucoup de chagrin.

Elle me disait aussi que les bébés nés l'été mouraient souvent l'hiver au moment des fièvres causées par les premières dents et qui dégénéraient en maladies respiratoires qu'aucun antibiotique ne pouvait encore soulager. Les maisons n'étaient pas chauffées, fort un feu continu dans les cuisines et une cheminée ou un poële à charbon si la pièce principale n'était pas la cuisine.

Du côté paternel l'écart avec l'époque actuelle est encore plus flagrant : nous ignorons combien de grossesses ma grand-mère avait menées à leur terme, mon père et ses frères n'avaient pas la même version du sujet et mes tantes, qui peut-être le savaient, sont mortes trop jeunes pour que je sois en âge de m'inquiéter auprès d'elles de la question. Seuls sept sont nés en bonne santé et parvenus à l'âge adulte et ça devait peu ou prou correspondre à un sur deux. Mon père, qui avait été envoyé en pension à l'âge de 10 ans parce qu'il était le futur curé de service, était incapable de dire qui furent les enfants nés viables. Ou préférait avoir oublié ? Je n'ai pas assez connu mes grands-parents pour savoir ce qu'ils ressentaient, et quand bien même c'était des générations et un milieu social où l'on ne disait pas.

Je crois, d'après les conversations avec d'autres personnes de ma génération que ces exemples directs dont je peux encore témoigner, sont typiques.

Tant qu'ils n'avaient pas un peu grandi on ne s'attachait pas aux petits. On les nourrissait, les changeait, les lavait, c'était déjà beaucoup.

Quand je vois qu'aujourd'hui on s'efforce de prendre en compte la peine des parents "orphelins" de l'enfant mort avant né ou juste après, ce qui semble bon, car quelque chose des deuils enfouis ressort toujours après, je songe que décidément, et contrairement à ce qui flotte dans l'air du temps, ça n'était pas mieux avant. On a peut-être simplement oublié la rudesse des (pas si) anciens temps.

 

(1) Cas typique d'un emploi horripilant du mot gérer ; brutal monde marchand où tout se gère et tout se vend. "Faire face à", non ?
à la réflexion je n'ai pas mis le lien qui disait "gérer un deuil périnatal".

 


Incrédule

Je n'arrive pas à croire que j'en ai fini avec le léger souci de conséquences imprévues d'éventuels actes amoureux. Je n'arrive pas à croire que je n'aurais plus à dépenser d'argent tous les mois. J'ai retiré de mon sac les protections de précaution. Je n'arrive pas à croire que je n'en aurais plus besoin. Je n'arrive pas à croire que je n'aurais plus ces douleurs épisodiques qui, certes, étaient par chance tout à fait supportables mais quand même épuisaient.

Je n'arrive pas à croire que je ne dépends plus d'aucun approvisionnement chimique en ce moment. Quelque chose en moi craint qu'une maladie n'arrive, histoire que j'ai quand même à nouveau un truc à prendre.

Comme je me sens en forme, du moins le plus en forme possible à mon niveau, je reste frappée d'incrédulité quant à la perspective d'une période sans aucun tracas et durant laquelle pour autant je serai encore parfaitement opérationnelle.

Je me sens au maximum de mes possibilités avec plus rien pour entraver.

Je n'arrive pas à croire que ça puisse durer.

Je n'arrive pas à croire que j'ai (si bien) survécu.