Longtemps je n'ai pas eu la télé
Toute première fois tou-toute première fois tou-toute première fois tou-toute première fois a-ha

La première course à grande affluence


Photo1156

(minuit, tomber de fatigue, billet non relu)

Nous avions déjà participé à un 10 km officiel mais c'était dans notre ville, zéro vestiaire, gambader puis rentrer chez soi, tranquilles. Quelques centaines de participants.

C'était il y a 18 mois et tant de choses ont depuis changé pour moi.

À présent et suivant un mouvement d'inscription lié à l'entreprise de l'homme de la maison (1) (2), il était l'heure de passer à de grandes courses organisées. À défaut de pouvoir me lancer dans le triathlon peu compatible avec ma #viedelibraire, j'espère dans environ un an devenir capable de semi-marathon mais une telle distance se tente mieux en courses, il me faut donc m'habituer à ne pas seulement courir en liberté.

Le problème du nombre, comme je m'y attendais, était celui des consignes. J'ai commencé à mourir de froid en attendant après la course de récupérer mon hoodie, mes mains sont restées glacées et insensibles au moins vingt minutes après l'attente, malgré le bon refuge dans un chaud café. L'homme avait opté pour l'attitude Je suis un super-héros qui ne craint pas le froid et était parti de la maison en short et tee-shirt. Ne disposant que de l'option Je suis une wonder-woman qui frétille par temps de canicule, je ne pouvais en faire autant. Nous rendre sur place en voiture ne nous avait pas effleurés un seul instant. Je meurs de froid très facilement. J'appréhende l'hiver en librairie.

Ce n'était vraiment pas de chance, un temps idéal la veille et aujourd'hui si froid. #myluckylife.

L'ambiance course était sympathique, des touitons me l'avaient dit, ils avaient raison. 

J'ai couru seule la plupart du temps. Par rapport aux camarades collègues de l'homme, mon rythme est lent. 

Lent mais constant alors c'était drôle après avoir été dépassée par bien des gens de les doubler vers les derniers kilomètres. J'ai découvert à cette occasion que pour des personnes jeunes et de pleine santé, faire 10 bornes sans préparation n'est pas un problème du moins à envisager. Après, ils ou elles finissent dans des états de fraîcheur variables. J'étais loin d'être dans le rouge de ma jauge de fatigue supportable.

"Allez maman" disait ce beau drapeau tenu fièrement par deux bambins (à vu d'œil, 3 et 5 ou 6 ans) tandis que le ou la plus jeune riait aux anges dans sa poussette et que le père, fier (d'eux, d'elle, de lui même qui avait été capable de les mener en deux points successifs du parcours sans tarder), tenait.

"Pour Françoise" indiquait un dossard (un vrai : dans le dos) que portaient chacunes trois femmes qui courraient côte à côte. Je me suis prise à espérer que Françoise se battait contre un cancer actuel et que ce "pour" ne signifiait pas "à la mémoire de". 

Bon, alors ça allait que nous courrions dans un bois, parce qu'il m'aura fallu improviser une pause-pipi afin de répondre à une envie intempestive à laquelle l'attente préalable (3) dans le froid n'était pas étrangère. J'espère que pour les courses de pleine ville des toilettes sont prévues. 

Même en courant je trouve des objets perdus ou jetés (en l'occurrence : un mouchoir).

J'ai un peu regretté de n'avoir pas le tee-shirt de la course afin de participer à l'harmonie d'ensemble  Photo1157

Partie avec retard pour cause de file d'attente aux consignes et que la couleur de dossards qui était la mienne n'avait pas de file dédiée, je n'ai pas vu comment fonctionnaient les sas de départ, on nous a fait passer directement. La densité de coureurs n'a donc été une gêne à aucun moment et je ne crois pas avoir gêné qui que ce soit. 

Curieux comme lorsqu'ils ont un service à demander, les gens s'adressent parmi un lot d'inconnus directement à moi. Je sais que j'ai une tête à chemin et j'aime rendre service mais c'est parfois lassant (à force) (lorsqu'en l'occurrence on ne peut pas aider, à moins de se compliquer l'existence ce qui n'est pas mon activité préférée - elle est souvent pour moi bien assez compliquée -). 

Les orchestres sur le long du parcours, c'était dansant, c'était bien. 

Le nombre de personnes qui courent avec des oreillettes et des gros appareils de statistiques corporelles et temporelles m'a impressionnée. Comme disait l'ami Hugues, bientôt la société de consommation n'aura plus un seul nouveau terrain de chasse. Pour une activité aussi simple que courir il n'est besoin que d'une bonne paire de chaussures (du moins si l'on ne pratique pas le "pieds nus"), le reste vous a été rendu indispensable et vous y avez cru (4). L'homme de la maison comme les autres qui ne court plus vraiment avec moi depuis qu'il a sa montre qui mesure tout.

Les passages anxiogènes des véhicules de secours. Et une jeune femme à oreillettes qui devait écouter à très fort volume puisque ce sont des coureuses proches qui lui ont fait signe de s'écarter alors que la sirène nous vrillait les tympans.

Les personnes qui en attendent d'autres et les engagent à tenir bon. Il faut être très fort pour courir à un autre rythme que le sien. Y compris inférieur.

Les collègues qui m'ont encouragée vers la dernière boucle, je n'en revenais pas : à la fois qu'ils soient déjà là (tout rhabillés tout pimpants) et qu'ils aient pensé aussi à moi, l'élément rapporté et de peu de prestige, rythme lent. Ça faisait plaisir.

L'excellente idée qu'avait eue Adrien de nous faire repérer le parcours quinze jours plus tôt.

Il est difficile de faire comprendre que l'on peut agir lentement sans être en difficulté. Ça vaut dans cette société pour toute activité. Qui peut encore comprendre qu'on va lentement par choix ou décision murie ? #frenzysociety 

Se trouver un moment à courir le long d'un homme à la silhouette proche de celle de F. avoir l'illusion un instant que c'était lui et comme je ne m'y attendais guère (ou : avoir l'illusion parce que je ne m'y attendais guère), j'ai manqué un souffle ou deux (ou trois) puis je me suis reprise. Putain de chagrin qui ne lâche (encore) rien. 

Les kilomètres qui ont suivis j'étais très seule (malgré la petite foule qui avançait à petites foulées).

Plus tard, j'ai retrouvé un ami. 
Encore plus tard je me suis rendue compte que j'en avais sans doute perdu un autre en raison des péripéties de sa vie. Sans doute que je joue une fois de plus le mauvais rôle de "la femme qui en savait trop". Comment dire à ceux qu'on apprécie Ne m'en racontez pas trop afin de ne pas le regretter après et me rayer de vos (nouvelles) vies comme une menace potentielle ?

J'ai entendu d'étranges ou douces bribes de conversations. Dont un homme qui expliquait à ceux du groupe avec lesquels il courait, Ne le prenez pas mal mais quand je cours je ne parle pas.

J'ai songé, C'est un peu comme moi. Je conçois l'exercice physique comme une forme de méditation pendant laquelle l'écoute au corps est primordiale (sous peine de malaise plus que pour une recherche de spiritualité). Mais si l'on me parle, je réponds. 

- On pourrait faire du co-voiturage (proposition d'un trajet à pas cher car un éloignement familial semblait causé par le coût du déplacement).
- Oh je ne m'entends pas avec ma belle-sœur (en fait il ne s'agissait donc pas d'argent). 

J'ignore mon temps de parcours. Le chronomètre général indiquait 1h26 mais à partir du départ des premiers. Or nous n'avions franchi la ligne de départ qu'un quart d'heure ou vingt minutes après.

Sur ma montre dont j'oublie la marque sans arrêt j'ai mis 1h10 environ. Soit mon temps habituel. Un peu moins si l'on décompte les instants photos et la pause pipi.

J'admire ceux et celles qui courent malgré un certain embonpoint. J'ai déjà tant de mal avec mes propres kilos (dont quelques-uns depuis deux hivers en trop), comment font-ils pour développer l'énergie nécessaire à déplacer leur masse ?

J'aime ceux (celles aussi, mais c'est moins fréquent) qui donnent l'impression de courir lentement car leur foulée est longue, mais vont vite en fait. Généralement des hommes fins aux jambes interminables (5). 

L'homme était ravi de son temps et d'approcher les 12km/h. Bientôt nous ne ferons plus que partir ensemble lors des entraînements.

Je crois que ce jour à Bruxelles où nous étions venus encourager Pablo dans son marathon n'est pas étranger à notre transformation en coureurs à pied. Quelque chose dans l'ambiance ce jour-là nous portait, donnait envie de ne pas se contenter d'être au bord de la route. Merci Pablo.

J'ai subi d'autres influences, Tarquine, Thierry ... et la nécessité particulièrement en Normandie de trouver une alternative à la pratique de la natation laquelle nécessite un plan d'eau à température supportable, mais une étincelle date de ce jour d'octobre 2011.

Sans la pratique régulière de la course à pied je ne sais si je pourrais faire face à l'engagement physique de ma #viedelibraire. Il s'est trouvé que c'est venu à point nommé.

Mon numéro de consigne était le 409  PA050003 - Version 2

et celui de mon dossard 29973. Pourquoi est-ce que je m'en souviens ?

Les distributions de flyers à l'arrivée, pour d'autres courses dont un relai. Cet homme qui annonce l'une d'elles "pour lutter contre le cancer de la prostate". Nous venions de gambader au profit de la recherche contre les cancers du sein, j'ai cru qu'il plaisantait.
Il semblerait que non. 

- Si vous attendez pour recevoir un sac, regardez, ici, une dame en distribue.
(reconnaissance éperdue envers cette inconnue qui a réduit mon attente dans le froid ; peut-être que j'étais bleue).

Parmi les goodies, des serviettes périodiques. Évidemment.

Et une lessive "spécial sport" afin de "préserver la technicité des fibres". C'est ce qui s'appelle de la segmentation.

Cet étrange mécanisme de ma vie à Paris qui me fait toujours aller successivement deux fois dans un même lieu (je parle de ceux où je n'ai pas mes habitudes, de quartiers éloignés) : ainsi j'étais à nouveau dans le café qui nous accueillis, joyeux, avec entre autre Christopher Boucher et son père et Benoît et sa mère lors du festival America. Il me semble déjà d'une saison passée. Ça m'a fait plaisir même s'il le faisait avant tout pour lui, que l'homme de la maison me propose cette étape avant de repartir, moins frigorifiés. J'avais retrouvé l'usage de mes mains.

Somme toute et donc, et même si j'ai essuyé un fameux coup de blues en redescente, le froid induisant un surcroît de fatigue laquelle s'est empressée de faire entrer le chagrin, une très bonne expérience que je renouvellerai volontiers. 

 

PS : Retour à la maison avec une solide envie de sieste, mais voilà que c'était la fête au jardin d'en face PA050001dûment agrémentée par un crooner au vibrato pataud et qui défilait un à un tous les succès des années 70 et 80 du siècle dernier. J'ai été à deux doigts de m'en aller trouver refuge au ciné, ou plutôt deux pas que je n'avais plus la force de faire. Il faut bien qu'il existe quelque inconvénient d'avoir un jardin d'en face. #myluckylife 

 

(1) Ça m'embête parce que cette expression depuis le livre d'Édouard Louis peut être interprétée différemment. Or je n'y mets aucun jugement, l'expression m'était plutôt venue par antithèse d'une autre qu'employait Anne Savelli dans son "Décor Lafayette" et pensée dans une acception affectueuse.

(2) Mais j'ai payé à titre personnel mon inscription. Ce qui fait qu'au bout du compte j'étais dans la situation de courir aux couleurs de l'entreprise tout en n'ayant pas le tee-shirt "Odyssea" et en ayant une inscription individuelle. Pas étonnant que j'aie une sorte de phobie administrative : quoique je fasse pour quoi que ce soit je ne rentre jamais tout à fait dans les cases. 

(3) de celui qui était la veille allé chercher les dossards. Et des collègues qui souhaitaient partir ensemble.

(4) Oui je sais vous tenez à améliorer votre performance, votre temps, à éviter une crise cardiaque, rythmer votre course, mais à moins de viser le haut niveau est-ce à ce point important ?

(5) plaisanterie privée ;-) (mais n'empêche, c'est vrai).

Commentaires