Souvenir d'atelier
Incrédule

"Je ne pensais pas du tout avoir ... cette chose ..."

Parfois, les prix tombent sur les bonnes personnes. Parfois les bonnes personnes sont précisément celles qui ne correspondent pas aux normes. Souvent les écrivains le sont parce que leur mode d'expression est l'écrit, absolument. Patrick Modiano en est l'exemple même.


Je suis d'autant plus touchée que je fus comme lui (pour ce qui est de bafouiller, hélas pas tant d'écrire). Puis j'ai participé au comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun où je me suis trouvée à répondre souvent en tant que non-journaliste non-amie directe de l'otage. Il fallait faire très attention à ce qu'on disait car les ravisseurs pouvaient en prendre ombrage. Cet étrange stage de formation m'a rendue à l'aise avec la prise de parole car plus rien de ce sur quoi je pourrais être sollicitée n'a autant d'enjeu (1). Et c'est tellement jouissif d'être facile sur un exercice qui nous était avant difficile à surmonter que j'aimerais désormais animer une émission de radio ou une rubrique d'une émission, afin de parler des livres ou de cinéma.

Je peux dire aussi que ce n'est pas parce qu'on s'exprime à voix haute de façon embrouillée et confuse que les pensées le sont. Ça coince seulement au moment de leur expression. C'est comme si les mots devaient passer par une sorte d'entonnoir. L'effort pour verbaliser pompe trop d'énergie ou de disponibilité neuronale (appelons ça comme ça) ce qui fait qu'il ne reste dans l'instant plus rien pour travailler à la cohérence et à la clarté. Ce prix me fait plaisir comme tout. Il va à quelqu'un qui ne courait pas après. Quelqu'un de discret. Mais qui a produit une œuvre. (et qui par dessus le marché a donc un petit-fils suédois ... ;-) )

 

(1) Du moins je l'espère.

 

PS : Le billet correspondant de François Morel est finalement un ton en dessous du vrai. C'est d'autant plus touchant et drôle.

PS' : En l'écoutant lui peut-être comprendrez-vous pourquoi je ne suis pas capable d'écrire sans mettre sans arrêt des notes de bas de page. C'est la pensée qui ouvre des parenthèses sans arrêt.

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