La première fois que je vois quelqu'un fumer et téléphoner d'une seule main
La perche à selfies

Des mérites de la course à pied

(billet pour prolonger une conversation sur twitter avec @samantdi @bricablog @pabloNSN @MelleIsa78 @MGZALLP et peut-être d'autres si j'ai loupé des touites)

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[crédit photo Sabrina]

Nous étions en train de constater un engouement pour les courses organisées plus particulièrement chez les générations plus jeunes. Certaines ont un prétexte caritatif, d'autres ludiques, d'autres sont sur un mode exploit militaire. Pour ma part j'ai constaté (est-ce significatif de façon générale ?) pas mal de trentenaires qui s'y mettaient afin de résister au stress du travail et aux premiers effritements de l'âge - vous savez quand passé 26 on s'aperçoit qu'enquiller une journée de taf après une nuit blanche c'est plus trop possible -.

Bien d'accord avec @bricablog pour estimer que peu importe les raisons de s'y mettre, c'est comme pour tous ceux qu'Harry Potter a mis à la lecture, toujours ça de gagné sur l'adversité.

Parce qu'il se trouve que courir, si aucune restriction physique ne vient nous en empêcher - genoux, hanches, dos ou chevilles fragiles ou abimés -, permet tout simplement de se sentir bien, à condition d'être réguliers dans la pratique et de ne pas non plus trop forcer.

Personnellement mon truc c'est la nage, ce qui m'apaise et m'aide, me permet de n'avoir recours à aucune mollécule chimique pour tenir le moral, d'être restée sans riposter après certains coups moraux encaissés malgré les chagrins éprouvés, d'avoir pu faire face aux différentes difficultés qui sont celles de toutes vies y compris dans nos pays (1). Et pas nager n'importe quand, nager dès le réveil et comme ça se sentir d'attaque pour la journée.

Seulement l'inconvénient de la nage c'est qu'il convient de disposer d'une étendue d'eau. 

À moins d'être très riches ou prêts d'une mer chaude toute l'année, ou nageur de l'extrême qui aime à barboter dans un océan à moins de 15°C et habite à côté, ça n'est pas toujours possible.

C'est un jour d'avril 2012 (2) en Normandie que je me suis lancée dans la course à pied, déjà dûment tentée par mes amis marathoniens que je savais être a priori incapable de jamais imiter ; mais considérant à juste titre que ma vie était suffisamment remplie pour n'y pas ajouter d'activité. 

Mais voilà, il n'y avait pas de mer supportable, pas de piscine dans la toute petite ville qui est un peu chez moi, et en revanche un magasin de sport dans lequel j'aime bien acheter (3) et où il y avait un vrai vendeur de bon conseil et qui probablement pratiquait et au bout de la rue une ancienne voie de chemin de fer transformée en chemin vélo-piétons-chevaux. Hop c'était parti.

Ce qui est bien dans la course à pied c'est qu'on n'a besoin que d'une bonne paire de chaussures. 

Ceux qui mènent des vies de nombreux déplacements (par exemple : Thierry) le savent d'autant plus qu'il n'est pas évident de poursuivre un entraînement de quoi que ce soit d'autre où qu'on se trouve.

J'ai mis trois mois avant de trouver le rythme (lent) qui me permettait d'avancer sans fatigue d'essoufflement, seulement celle des gambettes et de leurs articulations. Un an plus tard à raison d'un entraînement par semaine mais presque en tous lieux et par tous temps, nous (on s'entraînait à deux avec le père de mes enfants) étions capables de boucler les 10 km de notre ville sans être KO les jours d'après (4). 2013/2014 a été une année difficile et après n'être parvenue qu'à ne pas arrêter de m'entraîner qu'en deux occasion (une tendinite à la hanche gauche et un rhume carabiné qui au sortir de l'hiver m'a mise sur la touche pendant trois semaines au moins), ce n'est que la semaine passée que j'ai su que je pouvais à nouveau boucler 10 bornes dans mon temps lent normal et finir bien. J'espère, j'aimerais en avoir les moyens physiques et financiers, participer en 2015 aux 20 km de Paris. 

C'est donc possible. 

Je caresse désormais un rêve de triathlon, ceux des petites distances, mais je le sais inaccessible tant que je devrais tenir un emploi de libraire. Je ne dispose pas de jambes de rechange.

C'est bon pour le moral de pouvoir encore s'accorder de rêver.

Et d'ailleurs si je tiens jusqu'à présent le coup plutôt pas mal dans mon nouvel emploi, lequel plus que le précédent nécessite d'être debout sans autres repos que brefs, l'entraînement que j'avais déjà n'y est pas pour rien. C'est un avantage collatéral non négligeable en temps de crise : pouvoir disposer d'une condition physique qui permette d'accepter toutes sortes de boulots ; en temps de menaces écologico-climaitques et guerrières : être capables d'effectuer sans autre moyen que son propre corps des déplacements assez longs.

Profitons de pouvoir encore courir pour le plaisir de nous sentir vivants, avant qu'il ne s'agisse de courir pour rester en vie.

Just keep on going. And running helps. 

 

(1) En ce moment où le monde est particulièrement guerrier, je suis particulièrement sensible au fait d'être même si ici dans la panade, très très privilégié(e)s. 

(2) Oui je sais, comme le faisait remarquer l'ami Nicolas, Tu t'y es mise quand on n'y voyait plus guère Sarkozy. Je n'exclus pas totalement la non-absence de lien. 

(3) Dans une idée de soutien au commerce local et parce qu'ils parviennent encore pour l'instant à proposer les équipements pour les principales activités sportives possibles dans la région.

(4) Mon idée de progression n'est pas de pouvoir faire un temps - rentrer dans les limites acceptables est ma seule ambition - mais d'avoir le niveau pour être capable de parcourir x km sur ma condition physique permanente et n'être pas à l'arrivée au delà de l'épuisement (4).

(5) En tant que thalassémique qui n'a jamais voulu baisser la garde, je me sais capable d'aller par volonté au bord de la fatigue fatale, j'ai compris à mon âge que c'est imprudent et une autre façon de laisser le (léger) handicap gagner. Mes projets intègrent désormais le fait d'y aller sans me mettre dans l'état de pré-disparition qui peut être le mien quand je veux à tout prix faire comme tout le monde.

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