Radio confusion
366 - Aujourd'hui attention particulière à faire

Contre la corruption


PA190016

J'ai finalement trouvé la force de me rendre au théâtre de la ville pour la soirée que Médiapart y organisait. Devant la difficulté d'entrer - ce gag pour une soirée anti-corruption de constater qu'un homme tentait de faire passer en fraude son ami, et la personne de vérification des entrées qui s'est montrée ... peu corruptible -, qui m'accompagnait n'a pas eu celle de rester. Mais au vu de l'intérêt de ce qui s'y disait, au fond l'absence était surtout pour lui dommageable. 

Je n'ai pas l'énergie ce soir de reprendre mes notes. J'ai eu la confirmation d'un nombre certain de choses que j'avais remarquées ces dernières années, de tendances observées sans savoir si elles provenaient d'un prisme parisien déformant et des milieux que je fréquente ou si elles étaient signes, hélas, que les temps avaient changé.

Depuis cette soirée je sais que l'option 2 est la bonne. Hélas.

L'intervention de Roberto Scarpitano, procureur général au parquet de Palerme et invité d'honneur de la soirée,  m'a subjuguée.  Il est le survivant d'un nuage guerrier qui n'épargnait personne. Et encore actuellement menacé.

Une des difficultés est que les mécanismes de corruption sont actuellement si sophistiqués qu'il faut un certain niveau culturel en économie et finance pour les appréhender.

Il a par exemple été question du poids du scandale de manipulation concertée du libor, lequel pèse sur nos économies nationales alors qu'il a été pratiquement étouffé. C'est un brigandage invisible. La dette actuelle des états est due au manque à gagner né de ces pratiques, de l'évasion fiscales, de fraudes d'entreprises.

Les mêmes qui captent les biens communs sont ceux qui nous serinent que la solidarité coûte décidément trop cher, alors que sans leurs prébendes en Europe du moins il y aurait largement de quoi financer pour tous des vies raisonnables avec les soins de santé, un toit et de quoi manger.

Les différentes oligarchies promulguent les lois qui légalisent leurs pratiques, du moins celles dont on peut finir par faire croire au prix d'accrobaties de communication qu'elles sont dans l'intérêt général. Qui pourra croire que dans ce pays les plus assistés sont les grands patrons ? Et les banques systémiques ?

Et pour l'instant on n'a encore presque rien vu des calamités que déclencheront pour le profit d'une poignée d'humains le trading haute fréquence (vous avez aimé Les subprimes ? Kerviel ? la nouvelle série va vous régaler).

L'extrême droite n'a plus qu'à récupérer dans sa corbeille les mécontentements et désespoirs issus de la crise perpétuelle nées des pratiques mafieuses des dirigeants eux-mêmes. Il suffit de faire croire aux habitants plus ancien que leurs vies misérables sont la faute de plus récents arrivants et de telles ou telles plus particulières populations. Devant les succès à venir, accourent ceux qui n'ont aucun scrupule, et pour seul credo leur appétit de pouvoir (et de sexe et d'argent qui font partie du package deal). On en est déjà là ce qui à mes yeux (ce n'est pas l'analyse délibérément optimiste qui en fut faite hier soir) signifie qu'il est trop tard. À moins qu'une fée ne fasse (re?)trouver à François H. la lucidité d'entreprendre enfin contre vents et marées ce pour quoi le peuple l'a élu.

Il me semble plus que jamais primordial de veiller à préserver autant que possible (mais là aussi : n'est-il pas trop tard ?) la neutralité du net (1). Pour l'instant l'internet est le seul média qui permet aux lanceurs d'alerte de faire savoir sans être bloqués ce qu'ils ont constaté. Trop souvent encore la divulgation à grande échelle est leur seule protection (2)

 

Un manifeste est proposé à la signature. Je demeure sans illusion quant à son effet. Ça permet surtout de n'avoir pas l'impression de ne rien faire du tout.

[photo personnelle, prise de loin, mieux que rien]

PS : Certains des liens sont susceptibles de virer "réservés aux abonnés", désolée.

PS' : Je regrette le billet que pourrait écrire tellement mieux Virgile sur le même sujet. Je ne peux pas m'empêcher d'aborder des sujets poliques parce que je "vois" les choses, que j'aimerais transmettre l'historique que l'âge m'a donné à ceux qui sont en train de se faire duper, mais je n'ai pas assez d'outils, de connaissances, d'armes, pour argumenter.

 

(1) explications par ici que je n'aime pas plus que ça  dans leur forme (pourquoi, même pour rire, c'est presque toujours la fille qu'on met dans le rôle de celle qui ne sait pas, vous êtes agaçants, les gars) mais qui ont le mérite d'être claires y compris pour des néophytes. 

(2) À ma très petite échelle j'aurais pu au début des années 90 être l'un d'eux. Seulement je ne connaissais personne parmi les journalistes, n'avais aucun contact dans les milieux du pouvoir, étais isolée à ne pas même oser confier quelques observations, des perplexités - du type de calculs faux, signaliés tels mais vite dûment homologués et de chiffres exacts qui, transmis, ne réapparaissaient jamais - à des collègues soumis aux mêmes pressions. Quand les questions portent sur des points techniques, il est difficiles de communiquer à leur sujet. À l'ère de l'internet il est évident que j'aurais au moins fait part de mes doutes, au moins croisé des personnes qui m'auraient permis de piger s'ils étaient ou non fondés.
On n'imagine déjà plus combien un individu sans carnet d'adresses autre qu'amical, issu d'un milieu loin des cercles privilégié était isolé.

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