Incrédule
La fin de Twitpic (et la subséquente réapparition de la piscine de mes rêves)

Ce n'était pas mieux avant

 

À l'occasion de la "journée mondiale du deuil périnatal", mon amie Véronique vient de partager un lien (1) au sujet de ce qui est entrepris pour aider les parents ou qui ont failli l'être, dont l'enfant né ou le tout proche de naître n'a pas vécu. 

J'ai eu la chance de n'être pas directement confrontée à la question ni non plus mes parents, ni non plus, que je sache les parents du père de mes enfants.

En revanche la génération précédente, de ceux qui ont connu une guerre mondiale à 20 ans et l'autre à 40, et pas de loin, ont été largement confrontés à la question. À tel point que ça n'était pas considéré comme un vrai deuil, puisque c'était si fréquent. 

Pour ceux des êtres qui n'avaient jamais pris une seule respiration on disait qu'ils étaient morts-nés. On s'efforçait d'oublier. Il y avait un fatalisme, quelque chose de l'ordre du "comme il n'a pas été vivant, il n'est pas vraiment mort". Les femmes reprenaient leurs tâches comme si de rien n'était, comme s'il n'y avait pas eu toute la fatigue d'une grossesse et d'un accouchement. Beaucoup de grossesses n'étaient pas désirées, pas nécessairement non plus des accidents, mais dans pas mal de familles peu fortunées un enfant c'était avant tout une bouche de plus à nourir, et on fera comment ? Dès lors un enfant qui s'était annoncé mais finalement ne vit pas était considéré comme une bouche de plus de moins, on se disait qu'après tout ça n'était pas plus mal un peu de répit.

Les nourrissons du moins dans les familles où pour manger il fallait travailler étaient considérés comme d'une présence pas tout à fait définitive. Là aussi on était habitués à une forte mortalité. Ma grand-mère maternelle a eu six accouchements, trois enfants seulement sont parvenus à l'âge adulte. Ma mère m'a toujours dit ne se souvenir que d'un seul des bébés qui ne sont pas restés parce qu'avant de succomber à une pneumonnie il avait vécu trois ou quatre mois, le temps des débuts de la communication, de sourire un peu. Alors il y avait eu beaucoup de chagrin.

Elle me disait aussi que les bébés nés l'été mouraient souvent l'hiver au moment des fièvres causées par les premières dents et qui dégénéraient en maladies respiratoires qu'aucun antibiotique ne pouvait encore soulager. Les maisons n'étaient pas chauffées, fort un feu continu dans les cuisines et une cheminée ou un poële à charbon si la pièce principale n'était pas la cuisine.

Du côté paternel l'écart avec l'époque actuelle est encore plus flagrant : nous ignorons combien de grossesses ma grand-mère avait menées à leur terme, mon père et ses frères n'avaient pas la même version du sujet et mes tantes, qui peut-être le savaient, sont mortes trop jeunes pour que je sois en âge de m'inquiéter auprès d'elles de la question. Seuls sept sont nés en bonne santé et parvenus à l'âge adulte et ça devait peu ou prou correspondre à un sur deux. Mon père, qui avait été envoyé en pension à l'âge de 10 ans parce qu'il était le futur curé de service, était incapable de dire qui furent les enfants nés viables. Ou préférait avoir oublié ? Je n'ai pas assez connu mes grands-parents pour savoir ce qu'ils ressentaient, et quand bien même c'était des générations et un milieu social où l'on ne disait pas.

Je crois, d'après les conversations avec d'autres personnes de ma génération que ces exemples directs dont je peux encore témoigner, sont typiques.

Tant qu'ils n'avaient pas un peu grandi on ne s'attachait pas aux petits. On les nourrissait, les changeait, les lavait, c'était déjà beaucoup.

Quand je vois qu'aujourd'hui on s'efforce de prendre en compte la peine des parents "orphelins" de l'enfant mort avant né ou juste après, ce qui semble bon, car quelque chose des deuils enfouis ressort toujours après, je songe que décidément, et contrairement à ce qui flotte dans l'air du temps, ça n'était pas mieux avant. On a peut-être simplement oublié la rudesse des (pas si) anciens temps.

 

(1) Cas typique d'un emploi horripilant du mot gérer ; brutal monde marchand où tout se gère et tout se vend. "Faire face à", non ?
à la réflexion je n'ai pas mis le lien qui disait "gérer un deuil périnatal".

 

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