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Le château de ma mère

 

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Il y avait eu en juin la visite du manoir écossais par son propriétaire même, il y eu donc en septembre la visite du château par un jeune châtelain. Décidément 2014 aura été une année somptueuse (par certains côtés).

 

 

(non, je rigole ; il n'empêche que ce furent de(ux) belles journées)

PS : Cette photo est une remarquable "apparence trompeuse" hors champs bien du monde.


Repérage du patrimoine


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La course qui était dans longtemps finit par être dans quinze jours et les garçons sérieux avaient proposé un repérage. Par chance l'un d'eux est comme moi un coureur lent, un chi va piano va sano (1) dans mon genre. Le petit groupe s'est donc naturellement scindé en deux et je n'ai pas eu le sentiment si pesant d'être le boulet de service. 

C'était étrange au demeurant de traverser le château de Vincennes tout dévoué aux journées du patrimoine (2) avec de vieux soldats en uniformes d'époque (3) mais j'ignore laquelle je n'y connais rien en guerres (lucky me) ni en soldats (malgré les louables efforts de Jean-Yves). Ils avaient de belles guêtres. 

Un enfant qu'on laissait tenir une arme, charmé, demandait si elle était chargée. 

Des petites familles passaient. Il bruinait, puis vint Photo1004

le soleil et par chance la grosse drinche n'est venue qu'après.

Du repérage de parcours je retiendrai surtout l'arbre araigné et un chien magnifique et assoiffé.

J'ai pris en photo le premier.

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(1) Je suis persuadée que cette maxime a été émise à l'origine par un Italien atteint de thalassémie : nous pouvons faire autant qu'une personne de pleine santé mais plus lentement. 

(2) Et dont je ne peux que louer la qualité des toilettes, et l'accueil sympathique aux non-visiteurs que nous étions. 


Le tag du Phénix

Je l'avais vu passer chez Couac  en me disant à la fois Oh bonne idée et Chic alors on ne m'a pas refilé le boulot.

Pour ceux qui découvrent depuis peu le monde des blogs, c'était un rituel qui y était fréquent : on proposait un questionnaire si possible avec des questions dont potentiellement les réponses pouvaient faire sourire, et on le refilait à quelques potes qui ainsi "taggés" étaient priés d'y répondre. On y répondait bien sûr soi-même au préalable.

Comme l'écrit si bien Milky, qui me l'a donc refilé, Un tag, pour les ignares des blogs, c'est un questionnaire qu'on se refile comme un rhume, mais en plus sympa.

 

1 - Est-ce-que ça t'arrive de porter des chaussettes trouées et de te dire que tu t'en fous parce que personne n'est au courant ? Si oui, tu troues tes chaussettes plutôt au niveau du pouce ou du talon (ou ailleurs !) ?

En fait mon problème, ou plutôt le problème de ma petite famille n'est pas tant les trous (sauf dans les pulls à cause des mites) que le dépareillage. Nous faisons partis de l'aristocratie de la chaussette orpheline, à croire que notre machine à laver le linge se nourit systématiquement dans chaque paire d'une sur deux. Je me contente que le dépareillage ne soit pas trop criant.

 

2 - Quels sont tes prénoms, les deux ou trois ? En es-tu contente ? Pourquoi tu t'appelles comme tu t'appelles ?

Je m'appelle Gilda et c'est compliqué. Les hommes qui apprennent mon existence avant qu'on se rencontre IRL (comme on disait du temps des blogs) sont systématiquement déçus : ils s'attendent à une belle rousse séductrice et sophistiquée, ils tombent sur une petite brume brune vêtue de briques et de broc, naturelle et incapable de se prendre au sérieux - mais pour qui les sentiments ne sont pas un jeu -. Bref, je suis une erreur de casting ambulante ; je pense que les déboires de ma vie amoureuse en sont pour partie les conséquences - ou alors ce prénom comporte un volet "amours maudites" (entre la Gilda du film et la Gilda de l'opéra c'est encore plus pire que dans ma vie à moi) -.

Ma mère (qui au départ était rousse aux yeux verts) a toujours soutenu que mon père avait voulu ainsi me prénommer à cause de Rita Hayworth. Mon père répliquait que c'était un prénom "dans la famille". J'avais ainsi une lointaine grand-tante Gilda aux USA (elle n'avait pas subi la malédiction amoureuse, elle, embarquée par son beau GI après la guerre et non pas comme tant d'autres séduite puis délaissée). J'ai gardé ce réflexe, d'un prénom qu'on se transmet en choisissant avec son père Étienne comme prénom de mon fiston. Un de mes oncles qui était un homme bon le portait (1).

Mon prénom, très clairement, m'a poussée à faire de la danse et du chant, comme si c'était pour une Gilda une sorte d'obligation contractuelle. Ces deux activités ont contribué à changer ma vie (en bien), voire me l'ont peut-être sauvée, qui sait. Le choix d'un prénom, décidément n'est pas neutre.

Pour autant j'ai tenu à ce que mes enfants portent des prénoms moins impliquants, qu'ils soient élégants et discrets, sans connotation sociale particulière, sans être cependant trop répandus. Johnny a failli tout faire foirer, mais heureusement ça n'a pas duré. 

Mes autres prénoms sont Laurence et Michèle ; inspirés de ceux de mes parrains et marraines. Je les aime bien (les prénoms et les personnes, même si mon parrain n'est plus de ce monde depuis déjà un long moment).

(1) Il me revient soudain qu'on avait pour diverses raisons hésité avec François. J'en connais un qui peut nous remercier de nos jours d'avoir arbitré de l'autre côté.

 

3 - Raconte-nous un détail précis de ton rêve de vie pour le futur ?

Je ne suis pas certaine de bien comprendre cette question. Si c'est au sens général pour l'humanité, j'aimerais  qu'elle cesse de vénérer ce régime politico-économique qui pousse au Toujours plus et nous mène à l'épuisement de la planète par surproduction dont par dessus le marché (mot employé à dessein) peu d'humains peuvent vraiment profiter. Qu'on trouve des solutions économiques et écologiques qui aillent vers une recherche d'équilibre et d'harmonie avec ce qui nous a été offert comme planète pour loger. 

C'est un rêve car tout m'indique si j'utilise mes neurones de réflexion sans les laisser se faire infléchir par ma part affective, qu'il est déjà trop tard. Et que mes petits-enfants, si j'en ai, mourront sans doute de fin du monde.

Mon rêve pour ma petite vie à moi ? Pouvoir la consacrer à mes petites activités photographiques et à l'écriture sans avoir à passer du temps et épuiser mon énergie à la gagner.

Aux deux niveaux, le collectif comme le particulier, de(ux) solides utopies.

 

4 - Elle est comment ta culotte pref' de pref' ?

Je n'en ai pas de préférées, je ne vois même pas trop comment on peut préférer une culotte. Au point que j'ai cru avoir mal lu la question. J'aime qu'elles soient en coton (et non en synthétique). Peut-être que la soie, comme contact, me plairait mais je n'ai jamais eu les moyens d'essayer.

 

5 - Qu'est-ce-que tu adores dans ta vie (à part tes amis et ta famille) ? Que voudrais-tu, au contraire, y améliorer ?

Mes pratiques sportives, la vie culturelle formidable que l'on peut mener (pour très peu d'argent) à Paris. Et d'être parvenue à faire de mon addiction (la lecture) un métier (libraire) où c'est un atout d'en souffrir. En même temps c'était ça ou mourir : faire le grand écart entre une activité dont je ne pouvais me passer et un job de cadre en entreprise passé un certain âge et vu mon bon sommeil devenait impossible.

Ce que je voudrais y améliorer : sortir enfin du manque perpétuel d'argent, pas être riche, non, j'en serai incapable, mais ne plus avoir à compter chaque euros dès le 10 ou 15 du mois. Cesser de devoir me tracasser dès que tombent des frais médicaux non ou mal remboursés (l'optique, les dents ...) ou qu'un appareil tombe en panne ou se fait subtiliser. 

Pouvoir à nouveau voyager. 

 

6 - Que veux-tu comme cadeau pour Noël ?

Que me soit accordée la fin de l'amnésie amoureuse.

 

7 - Quel âge as-tu le sentiment d'avoir ?

Cette question tombe pile à un moment où je n'en sais rien, tellement c'est le mic-mac entre un âge de maturité que je ressens très âgé, vers les quatre-vingt années (mais depuis l'enfance en fait ; je suis une vieille dame indigne dont l'apparence rejoint lentement l'état d'être), un âge physique et amoureux qui fait du rétropédalage depuis que j'ai quitté l'usine, parce que j'ai gagné en condition physique (alors que j'étais jeune de très fragile santé) et tout perdu d'expérience amoureuse, j'ai donc entre 20 et 25 pour ça. Mon âge réel (celui de Kennedy mort à peu de choses près) qui me stupéfie : enfant j'étais persuadée tellement j'étais souvent alitée de ne jamais atteindre l'âge adulte, plus tard de ne jamais vivre assez lontemps pour avoir des enfants, ensuite de ne jamais pouvoir tenir jusqu'à les voir grandir et voilà que j'ai traversé bon an mal an, tout ces temps-là. Strike ! Du coup j'oublie sans arrêt l'âge que j'ai puisque je suis au-delà de mes morts prévisibles. Au flipper de la vie, j'ai claqué de ne l'avoir pas fait, le reste est partie gratuite désormais. À moi d'employer au mieux ce temps accordé. De continuer à faire dans quelques domaines certains progrès.

 

8 - Dans quel lieu as-tu aperçu pour la première fois la personne dont tu es amoureuse ?

En remplaçant le "es" par un "étais" que j'attends avec impatience puisque de l'autre côté c'est terminé : au centre culturel d'Uccle où il m'avait invitée après un moment de s'écrire sans parvenir à se rencontrer (2).

Le père de mes enfants, que j'aime toujours, je l'ai vu la première fois dans une salle de cours, il cherchait une fille pour compléter le groupe de trois qu'il fallait constituer pour certains TD ; a demandé à une première jeune femme qui a décliné, à moi en second choix et j'ai dit oui en me disant qu'il avait l'air normal et sérieux ce gars. Et que de la part de l'autre d'avoir dit non plutôt carrément ça n'était pas sympa. Je crois qu'il s'était dit, celle-là elle est moche mais elle a l'air sympa.

 

(2) Le début de l'histoire ressemble à ce que j'en ai effleuré à celui du roman de rentrée d'Éric Reinhardt d'où que je n'ose pas aller y lire plus avant, même si je sais des différences.

 

9 - Tu es plutôt thé, café ou chocolat au p'tit dej' ? (ou autre chose !)

Café au lait ; mais je suis capable d'avaler presque n'importe quoi, en particulier de faire un vrai repas. Avec du salé. J'évite le whisky.

 

10 - Montre-nous la photo de tes dernières vacances qui te fait le plus rêver.

 

J'ai assisté à un mariage à Clohars Carnoët et donc la photo officielle des mariés et de leurs amis de l'internet. Elle me fait rêver parce que j'étais heureuse pour eux ; heureuse d'être avec les amis. Et puis que leur mariage, qu'il ait enfin été possible, me dit très fort que dans la vie, jusqu'au dernier souffle, ou l'avant-dernier s'il est de trop de souffrance d'une atteinte incurable, il ne faut jamais désespérer.
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(en fait ce n'est pas vraiment une photo de mes dernières vacances mais comme je recommençais de peu à travailler j'en ai eu, précisément, peu, des congés).

 (la photo, je crois, est de Paul Le Bouar)

 

11 - Quel(s) blog(s) aimerais-tu voir renaître de ses cendres ?

Ils sont hélas nombreux les blogueurs que j'aimerais voir s'y remettre. Je suis donc incapable de répondre à cette question au singulier.
Dans un cas, c'est définitivement impossible et je pense à elle bien souvent. C'est grâce à elle en grande partie si j'ai entamé l'écriture d'un blog au sujet de mon handicap léger d'anémie. Que c'était une façon non de se plaindre mais de militer, même s'il n'y avait pas, contrairement à sa propre pathologie, grand danger.
Il y a mes amies Satsuki, Agnès et Kozlika qui n'écrivent plus ou plus que très épisodiquement. L'écriture sur blog a correspondu dans leur vie à une période donnée. Elles ont le sentiment d'avoir fait le tour de la question.
Robinsonenville me manque, avec sa qualité d'écriture, son humour et son art du décalage dans le temps. 

Tôt ou tard se pose la question du niveau d'autocensure et d'intimité. Ça bouge tout le temps. C'est compliqué. La mémoire de l'internet est perpétuelle. Le temps des pionniers où l'on était dans un chaleureux mais illusoire entre soi est révolu depuis des années.
Quand on en vient à trop s'autocensurer, on finit par perdre l'envie d'écrire sur ce support pas toujours bien fréquenté et sur lequel on commet inévitablement un jour ou l'autre des erreurs. Parce qu'un homme m'avait traitée mal, que j'avais la tête à l'envers et que la CGT cinq jour après avait lancé une grève à la BNF j'ai commis un #fail de mot de passe qui a blessé, à cause d'un faisceau d'indices concordants mais de la nature des apparences trompeuses, quelqu'un que je ne connaissais pas. Et c'était juste avant de tomber nez-à-nez avec une démonstration à Paris de majorettes tawaïneses, d'où qu'au lieu d'être rentrée et devant mon ordi, me rendant compte de mon erreur, j'étais encore loin et l'ouverture involontaire a duré une soirée. Probabilité d'un tel enchaînement de circonstances zéro virgule zéro zéro pas grand chose. On n'est jamais jamais à l'abri d'un faux pas. Jamais. Ce risque d'en dire trop, qui conduit à ne plus avoir envie d'en dire assez a donc ainsi poussé de nombreux blogueurs à abandonner.

Enfin, mais je crois pour d'autres raisons, il avait rencontré quelqu'un et souhaitait lui consacrer le meilleur de son temps, il y en a un qui s'est totalement éloigné de l'internet (même pour les photos) ou alors il y est revenu volontairement en se cachant sous un autre nom, c'est l'Helvète Underground. Mais hélas il a fait partie de ceux qui en partant, effacent.
Dans le même ordre d'idées, Dangereuse Trilingue me manque aussi.

(je ne mets pas les liens puisqu'ils sont obsolètes pour certains et pour les autres inactifs)

En même temps c'est un peu présomptueux pour moi de répondre à cette question puisque depuis mars et un nouvel emploi, la lecture des blogs m'est devenue difficile ; trop de temps loin des ordis - hors celui de la caisse de la librairie sur lequel je ne peux pas me livrer à ce genre d'activités -. Le soir, je lis des livres, c'est du coup pour le métier. 
Alors les blogs, forcément moins.

 

Je suis toujours embarrassée au moment de désigner des successeurs, d'autant plus que mes principaux "échangeurs" ne bloguant presque plus, les citer aurait l'air de vouloir les secouer, ou les remettre à une activité qu'ils ne goûtent plus guère.

Donc c'est bien simple : reprend qui veut.


Interloquée (et mal à l'aise)


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Je ne flânais pas sur les Grands Boulevards même si j'aime plutôt ça, non, je marchais d'un bon pas. Mais il ne m'a pas échappé qu'à la terrasse de ce café quelque chose (de la vapeur d'eau ?) était pulvérisé au dessus des consommateurs qui semblaient tous autant qu'ils étaient ne pas du tout s'en soucier.

Ce qui est terrible c'est que ce qui semblait fait pour leur bien-être m'a fait penser à des choses terribles, moi qui fais partie de la génération d'après mais qui a encore les témoignages directs de récits de ceux qui étaient enfants pendant. Et que le traumatisme est encore si palpable que par exemple il faudrait me payer très cher pour que je consente à aller volontairement dans un lieu où l'on pulvérise quelque chose au dessus des présents. 

Je sais qu'en 2014 mes associations d'idées peuvent paraître étranges, mortifères, datées. Je me demande si nous sommes nombreux de mon âge ou d'un peu plus, à toujours les éprouver. Ou si c'est tout simplement moi qui suis trop sensible.

Aucun des humains à cette terrasse pulvérisés ne semblait éprouver la moindre gêne, ni ne semblait porteur de la moinde arrière-pensée.

Peut-être aussi que je lis trop d'articles

 

 

 

 


Objets oubliés

 

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C'est un sac que dans la précipitation des fuites d'eau du printemps, l'homme de la maison a balancé sur le balcon sans trop se soucier du contenu. 

Je ne sais plus pourquoi, sans doute pour humer la température (1), j'ai ouvert la porte de la cuisine, qui donne sur icelui. Et j'ai vu ce sac.

À l'intérieur une petite imprimante à jet d'encre dont je me souvenais parfaitement - remisée lors de l'acquisition de l'ordi n - 4 lequel était vendu avec une imprimante d'un modèle conséquent -. Quelques accessoires dont des cartouches d'encre qui avaient fui. 

Et puis dans une poche du sac ce walkman dont j'avai oublié jusqu'à l'existence, ça m'est revenu seulement en le voyant, je fus émue que le moi de jadis ait songé à le ranger si soigneusement (mode d'emploi, piles sorties et stockées à côté, écouteurs), mais avec un sentiment d'absolue déconnexion : quelqu'un d'autre que moi aurait pu le faire (2).

C'est impressionnant de constater combien une boucle d'une dizaine d'années s'est achevée (je ne sais trop si je dois la démarrer au 26 juin 2003, 7 novembre 2003 ou début 2004 avec les travaux pour les amis et la maladie de mon père pendant le premier festival de La Rochelle puis la grande accélération du temps partiel au même moment que le comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun puis la maladie de notre fille, la désaffection qui, ajoutée par ailleurs à la rupture amoureuse non consommée, me met en danger et à partir de là une sorte de tourbillon qui aura sans doute pris fin à l'été 2013 ; encore que le début de 2014 soit lui-même fort tourbillonné) et qui me laisse séparée de la personne que je fus au préalable.

Celle qui rangeait soigneusement ses objets.

Avant d'en perdre l'usage.  

 

 

(1) Ah cette scène du début du "Garçon incassable" et qui me ressemble tant, la femme à la fenêtre les bras tendus pour savoir s'il faudra se couvrir peu, beaucoup ou pas.

(2) Il se trouve que ça ne peut être que moi.


Problèmes de production et écarts de générations


Pour autant que j'ai pu suivre (d'un brin loin, suis souvent loin d'un ordi personnel depuis mon nouvel emploi), cela fait deux affaires concernant des marques de prêt-à-porter qui défraient la chronique parce qu'un de leur modèle ramène au souvenir d'atrocités.

Une étoile jaune qu'une marque disait de shérif mais qui d'allure sur un pyjama rayé rappelait effroyablement les vêtements des prisonniers juifs dans les camps de concentration en Allemagne sous Hitler. À présent un pull à l'en-tête d'une université où une fusillade meurtrière eut lieu, et qui semble tâché de sang.

J'ignore si les protestation de bonne foi de ces entreprises sont sincères ou si elles avaient tenté de faire du fric ou du buzz (1) sur du sordide, de l'ignoble et de la provocation. Disons que lorsque ce sont des enseignes récidivistes, j'ai tendance à ne pas leur laisser le bénéfice du doute.

En revanche ce que je sais c'est que de plus en plus on dégage les "vieux" des processus de production (qu'il s'agisse de fringues ou d'autres choses), et qu'on racourcit les délais (et là c'est partout, même en librairie on est censé servir vite, ce qui est un peu étrange pour un lieu ou d'ordinaire les gens viennent pour souffler). Or les vieux, s'ils ont bonne mémoire savent des tas de choses inutiles, que des tout jeunes peuvent ignorer, par exemple des choses sur la seconde guerre mondiale qui a concerné directement leurs parents ou qu'en 1970 dans une certaine université l'armée (la garde nationale ?) avait tiré sur la foule des étudiants qui manifestaient.

Donc ce serait bien ici ou là de conserver quelques emplois pour des plus âgés en écoutant ce qu'ils disent quand ça leur rappelle quelque chose ou qu'on laisse aux plus jeunes le temps d'aller vérifier sur l'internet si on ne serait pas en train involontairement d'évoquer un passé douloureux. 

Une simple recherche "Kent State University" permet de tomber dès la première page (elle a dû reculer à cause des articles récents concernant le vêtement, mais apparaît encore en 4ème ou 5ème position) sur cet article de David Rosenberg sur slate, et qui explique tout bien (2). 

Donc si le trash et le mauvais goût est réellement involontaire, ce dont on peut douter, il serait temps de prendre celui de faire quelques vérifications avant de lancer un produit dont l'allure prête à confusion. Et peut-être cesser de mépriser la culture acquise au nom de la productivité.

 

(1) Une publicité négative c'est quand même de la publicité.

(2) Au passage ceci, qui est particulièrement intéressant (sur les écarts de perception selon les époques, justement) : 

"Students today can’t imagine why the students didn’t just leave. They don’t see protesting as part of the First Amendment. I think maybe they are desensitized; I don’t know. What have they experienced in their young lives that would cause you to stand up and be willing to go to jail for it?

Don’t get me wrong. Nobody at Kent State in 1970 wanted to be martyrs; nobody who came to that rally on May 4 would have ever expected for those guns to have been loaded. My students (today) think it’s stupid; there are guns, of course they are loaded. When you see the guardsmen standing there with their bayonets, their rifles, we didn’t think they would be loaded! Why would you have loaded weapons on a college campus? There was nothing that warranted that."


Des amateurs de lecture l'isolement

 

 

Longtemps j'ai lu pour tenir le coup, décompresser d'une vie que je n'avais pas choisie, dans laquelle tenter de s'en sortir, de joindre les deux bouts comme jadis on disait, était tout ce qui comptait. J'imaginais sans peine qu'il existait des castes dont les membres natifs choisissaient, mais j'ai pigé très jeune que je n'étais pas bien née et en plus une fille. Alors tu fais de ton mieux pour éviter le pire (le chômage, crever la dalle ou de froid, être à la rue, vivre passé 18 ans au crochet de ses parents (1)) et ça ne te vient pas même à l'idée de tenter de faire ce qui te plairait. 

Il m'en reste d'être encore capable d'apprécier tous les genres et niveaux de lecture, de l'élémentaire divertissement aux œuvres expérimentales complexes auxquelles ces dix ou quinze dernières années ma passion mon addiction à la lecture m'a permis d'accéder. Tous les genres ou presque. Car il en est certains qui ne m'intéressent pas. Sur lesquels généralement je n'acrroche pas. Ce n'est pas du mépris, simplement de l'ennui. Par exemple, les romans en costumes (qui me semblent à quelque exception près artificiels, alors que les auteurs d'époque m'intéressent), certains types de SF guerriers, les romans de guerre, d'ailleurs mais à cause de Jean-Yves Jouannais, bougre de crapule, c'est en train de changer, et la chick-lit.

J'avais lu Bridget Jones en V.O. en amont du succès, trouvé l'affaire bien troussée, mais voilà pas éprouvé le besoin d'y revenir. Le tirage phénoménal m'avait surprise comme ça me le fait lorsqu'une œuvre (livre, film, musique ...) est sympathique si on la découvre inconnue, oubliée dans un coin, mais n'a rien d'un chef d'œuvre d'où que l'engouement semble hors de proportion. Et que souvent dans un tel cas les personnes qui arrivent en fin de vague se demandent Mais qu'est-ce que tant d'autres ont bien pu y trouver (2) ? 

Ce qui fait que lorsqu'en juin ou juillet, une jeune femme est venue à la librairie pour demander conseil dans ce domaine exclusif et précis dans lequel elle était experte, je suis restée sans bonne idée. Une jeune collègue, plus proche du public concerné, est venue à la rescousse et la cliente a pu être satisfaite. Mais j'ai pris la résolution d'acquérir au moins quelques notions de ce qui dans ce domaine se faisait.

Il s'est aussi trouvé qu'en sortant de chez Raoul, j'ai entendu un homme jeune recommander dans ce domaine un titre à un autre. Il m'est resté, puisque c'était double- ou triplement surprenant, que des hommes jeunes et à l'allure de cadres dynamiques lisent, et plus encore de la chick-lit. Puis j'ai pigé : l'un d'eux au moins connaissait l'auteure.

Comme j'avais tout à apprendre je suis allée y voir. C'est à cette occasion que j'ai découvert un blog fort plaisant et qu'à défaut de lire l'ouvrage, je me suis mise à parcourir de temps en temps.

C'est ainsi que j'ai lu ce matin ce joyeux billet et qui m'a semblé dans son début si symptômatique de l'isolement progressif de ceux qui aiment lire, que j'ai eu envie de le partager (et puis accessoirement quand des clientes viendront s'enquérir de la date de sortie du nouveau Bridget Jones, à présent je sais et grâce donc à Marie Vareille je sais même à quoi ressemble l'auteure).

 

(1) C'était une tout autre époque, avec un simple bac en poche on pouvait encore trouver à s'embaucher. Et sauf exception c'était des CDI et non des CDD. D'où qu'une fois le job dégoté il était relativement facile de se loger.

(2) À la différence du chef d'œuvre qui dès le départ aura ses détracteurs (une œuvre forte fait réagir) mais ne décevra pas la masse de ses lecteurs ou spectateurs qui viendra après. Et pourra être lu, réécouté ou revu un grand nombre de fois, permettant à chaque passage de nouvelles découvertes.


Ten books that have stayed with me

 

J'ai été taggée sur FB par Hélène Lasserre-Bonotaux et Béatrice Putégnat pour le "10 livres qui ont comptés pour vous". Difficile de ne pas répondre. Difficile de répondre aussi. Dix c'est si peu.

 

- Les souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol ; j'avais 9 ans je crois (CM1 / CM2) et ils m'ont fait comprendre que les auteurs existaient parce qu'un type était parvenu à m'intéresser à une histoire de bartavelles et de gardien de château qui foutait la frousse alors que franchement à la base ça je n'en avais rien à carrer. 

- Les Misérables de Victor Hugo, offerts par ma cousine Anne, après plus rien ne m'a arrêtée que les faiblesses de santé (en lecture mais aussi d'une façon plus générale)

- les Agatha Christie dans leur globalité. Ma mère les avait tous. En "Le Masque" orangé qui se décollaient. Je piochais. Les confonds sauf quelques opus clefs. J'ai longtemps tenu "Le meurtre de Roger Ackroyd" comme un chef d'œuvre.

- "People who knock on the door" de Patricia Highsmith. C'est ce livre-là qui est fondateur. Sans doute parce qu'en m'identifiant à Arthur Alderman, ce gars sérieux, studieux et si solidement amoureux, je suis parvenue à survive à un premier chagrin d'amour - celui où l'on ne sait pas encore que c'est possible de continuer après -. Mais il est aussi une merveille d'équilibre dans l'écriture d'un roman narratif. Son apparente simplicité recèle une perfection.

- 1984 de Georges Orwell que j'avais pris soin de lire à la bonne année et en anglais. Jamais relu depuis, tout est resté. Avant même que n'existe la télé réalité j'avais perçu qu'il avait vu juste. Et les retrouvailles après épreuves de la femme qu'il avait aimée, quand quelque chose en soi a été irrémédiablement déplacé au point qu'on n'éprouve plus les mêmes choses, qu'on n'en est plus capables, qu'on sait que chaque être humain est irrémédiablement seul, malgré de très fortes proximités de passages.

- "Dragons" de Marie Desplechin et "Le grand jardin" de Francis Dannemark. Des deux, qui ne se ressemblent guère, ou assez peu, je ne fais qu'un avec deux accompagnants : des mêmes "Le sac à main" et "L'homme de septembre" aux éditions l'Estuaire qui étaient si jolies. Tout simplement parce que leur lecture a servi de battement d'ailes du papillon pour bouleverser ma vie.
(Je ne regrette rien)

- Les livres de Martin Winckler chez POL avec leur formule interractive si pionnière dans leurs débuts (je pense en particulier à "Plumes d'Ange" et aussi "Les trois médecins" qui aura contribué à me mettre le pied à l'étrier).

- Les Thibault de Roger Martin du Gard. Ils m'ont permis de traverser sans douleur environ un mois et demi de ma vie alors péniblement laborieuse, je ne pensais qu'à les retrouver ; jamais je crois je n'ai si bien dépoté les inévitables corvées, hâtive de m'en libérer pour me remettre à lire.

- Deux livres concernant Einstein, un ouvrage de vulgarisation sur la théorie de la relativité et qui contribua entre 13 et 19 ans à une solide vocation de chercheuse en physique nucléaire et quantique. Brisée par le chagrin d'amour dont il fut question plus haut et par, il faut l'avouer, le manque de capacités de mon cerveau. Il a eu le niveau de piger pas celui de créer le cran suivant.
L'autre était publié sous le nom de Mileva Maric sa première femme et j'ai compris cette nuit-là (je l'ai lu en une nuit, je crois) que derrière chaque homme admirable se tenait un conjoint qui l'était plus encore. Et qu'il ne fallait pas compter de la part des premiers sur un comportement dans leur vie affective qui le serait autant. J'ai également pigé que la plupart des événements ou inventions majeures doivent énormément à des personnes qui restent inconnues.

- Virginia Woolf et Rainer Maria Rilke : tout (ce que j'ai pu lire de leur travail c'est-à-dire en vrai pas tout).

Il n'y a plus de place pour les romans de Jon Kalman Stefansson ce qui n'est pas normal.

Et je connais déjà celui qui suit : La Recherche de Marcel Proust que je me suis enfin décidée à lire de A à Z (merci Véronique ! ) et dans l'ordre mais comme je relis pour le plaisir une page sur trois, à ce rythme de tango ça va me durer longtemps. 

Enfin il y en a plein d'autres que j'eusse voulu rajouter mais bon on avait dit 10. Comme tout classement limité il en devient injuste et incomplet.

Comme vous avez pu le constater je suis peu capable de raisonner en titres. Je fonctionne par œuvres.

Reprends la flamme qui veut. Si d'aventure Satsuki et Milky, en souvenir du temps des blogs (1) trouvaient celui de s'y coller, ça me ferait plaisir.

 

(1) Par opposition au temps des réseaux sociaux.


Nouvelle année

 

Ça m'est resté de l'enfance : pour moi les années fonctionnent en périodes scolaires, ou en saisons théâtrales. 2013/2014 qui fut un cru douloureux s'achève, et j'espère du mieux pour 2014/2015.

Ça correspond aussi à ma façon d'être : une année commence par le dur, les jours qui raccourcissent, l'épreuve qu'est l'hiver pour moi que le froid affaibli, tient ses heures les plus actives au printemps et s'achève en apothéose reposante l'été du moins si celui-ci contient des congés et est chaud.

Longtemps, la rentrée scolaire eut lieu le 15 septembre. Ça m'est donc resté comme date de début, surtout si celui-ci tombe un lundi.

2012/2013 avait bien commencé ; le livre de Joël Dicker gonflait les ventes à la librairie où j'ai tant aimé travailler - sauf les derniers mois lorsque tout s'effondrait -. L'auteur est venu, il y eut d'autres rencontres. Je commençais à avoir des ennuis financiers, dès que la paie arrivait avec un brin de retard (ça va vite : le fait d'avoir un compte débiteur engendre des frais qui accroîssent le débit), mais n'en n'avait pas encore pris la mesure. Le festival de cinéma d'Arras m'a fait découvrir Tarkovski, malgré une sorte de déconseil du bien-aimé que j'ai bien fait de ne pas écouter. Ces films en particulier "Stalker", "Solaris" et "Le sacrifice" (que j'ai regardé par imprégnation à la BNF, en V.O. sans sous-titres et dont je me suis sans doute fait un autre film) m'ont marquée même si me gêne par instants son regard sur les femmes ; clairement à ses yeux des êtres de catégorie B (une actrice italienne, d'ailleurs, dans un des making-off le dit). Sous des dehors d'amour, d'affection ou de courtoisie. C'est la même chose qui s'est produite avec celui qui pendant 5 voire 6 années aura tant compté et m'a quittée en 2013 au début de l'été, quand il a appris mon très prochain chômage et ma probable peut-être durable inutilité quant à la diffusion de son travail. Il avait rencontré la blonde dont il rêvait. Et donc le pion qu'au lieu de reine j'étais désormais sur son échiquier fut sommé, à quelques jours de retrouvailles prévues et tant attendues (de mon seul côté, compris-je alors tard (1)), de dégager ou rester pour tenir le chandelier. Il a eu de la chance que je ne m'associe par au colonnel Moutarde pour en faire usage dans la bibliothèque. Mademoiselle Rose nous en a dissuadés et le professeur Violet a dit qu'il m'aiderait.

Dans un premier temps il l'aura fait en me dégotant une proposition de travail, très amicale et décemment payée mais qui nécessitait d'être au meilleur de ma forme et capable de beaucoup d'aptitudes relationnelles. Ça m'est difficile mais je sais faire fort bien. En temps normal. Mais si je n'étais pas en danger au point de ne plus pouvoir assurer le quotidien ou un travail au calme, à mon rythme, dans mon coin, je n'étais pas en état de devoir passer des heures à parler, discuter, négocier, organiser avec les bouffées de peine qui à l'improviste me saisissaient. Elles ne se sont apaisées que cet été. Ou du moins sont devenues maîtrisables.

J'ai dû renoncer à ce poste proposé, après l'avoir dans un premier temps, coincée par les problèmes financiers, accepté. Ça m'a fait mal.

 

Satsuki m'a aidée très concrètement le temps que je retrouve un emploi dans mon métier de base, le vrai, qui est d'être libraire. Je sais que j'ai les aptitudes aussi pour faire de la radio à condition d'y parler de livres ou de films, mais je ne vois pas du tout comment y accéder. Le boulot en librairie est suffisamment sous-payé et comporte assez de tâches ingrates pour être accessible aux bonnes volontés. L'autre, assis et médiatique, nécessite d'être du sérail ou d'avoir au préalable une certaine notoriété. 

L'année 2013 / 2014 aura donc été celle de l'amitié puisque c'est aussi grâce à des amies que j'ai retrouvé du travail. Et dans le monde coupant tel qu'il est où les factures tombent avec régularité mais les rentrées d'argent moins - pour le commun des mortels -, avoir un job, ça n'est pas rien. Ça veut dire aussi bénéficier d'une couverture sociale, cotiser pour une retraite qui si elle devient de plus en plus lointaine et hypothétique, n'en comporte pas moins le risque de finir au crochet de ses descendants. J'aimerais autant éviter. Nos années de jeunes cadres dynamiques et qui auraient dû être confortables ont été obérées par la prise en charge du placement en maison de retraite d'un ascendant et je voudrais éviter cela à la nouvelle génération.

D'autres amies m'ont aidée. Ne serait-ce qu'en me faisant comprendre qu'elles aimeraient bien avec moi travailler.

Et qu'enfin c'est une grande amie qui nous a sauvé en urgence d'une fin de mois pire que les autres (3).

Ça aura été aussi l'exil dans les beaux quartiers, me rendre compte d'à quel point avant d'y travailler je n'y mettais jamais les pieds. L'exploration n'est pas encore achevée. Il est des soirs ou en rentrant par des chemins volontairement détournés, seule ou accompagnée, j'ai eu la sensation d'être ailleurs, dans un pays exotique, étranger.

J'y refais ma garde-robe et l'équipement de la maison.

Comme le quartier où j'habite est lui aussi en pleine et spectaculaire mutation, j'ai eu, j'ai toujours, cette impression d'avoir déménagé sur place. D'être partie ailleurs au même endroit pour suivre le travail.

Dans un certain sens c'est bien tombé : les problèmes d'argent manquant ont engendré une absence de voyages, fors la Normandie, gratuite grâce à ma mère et où il faut aller régulièrement pour entretenir sa petite maison. Si l'ami Matoo n'avait pas eu la grâce de se marier et de me convier à la noce, et Kozlika de m'héberger (comment aurais-je fait sinon ?) je n'aurais en 2013/2014 pas mis les pieds une seule fois dans des lieux qu'avant je ne connaissais pas.

Il y a eu le festival d'Arras, en novembre, moment de trève, même si le cinéma me ramène à l'absent. Se cramponner de se dire que j'avais le cinéma dans ma vie avant lui, que cette passion commune nous avait rapprochée mais que ce n'est pas lui qui me l'a apportée. Et que sa façon érudite de l'aborder était un tantinet trop masculine pour moi - ah ces femmes fatales attifées pour faire frétiller les mâles hétéros ; ce qui au delà d'un certain point m'afflige - et passablement professorale. Je préfère connaître les choses de l'intérieur, quitte à y avoir plein de flous, des dates de production incertaines, et des méconnaissances de distributions. Je laisse volontiers l'encyclopédisme aux garçons. Il n'y a qu'en matière de sciences que je ressens le besoin de la plus grande précision.

J'avais commencé à écrire à ce sujet un texte qui poussait plutôt bien lorsque je suis tombée malade, fin janvier 2014. Ce n'était qu'un rhume, a priori mais très mauvais, une fièvre de cheval disait-on autrefois. Ma vie étant une comédie à l'italienne, c'est la semaine d'être au plus mal que j'ai décroché trois entretiens d'embauche après un vide relatif d'un mois et demi. Miraculeusement l'un d'entre eux a débouché sur un emploi. Que j'occupe actuellement et qui me permet d'envisager au moins le futur proche presque sereinement. D'espérer remonter les finances, lentement.

La maladie m'a offert trois semaines de grande faiblesse dont je me serais passée. J'ai repris le travail et la danse (4) début mars, en même temps et ce fut un violent effort. Il fallait se remettre à niveau physiquement. Une tendinite à la hanche (à l'endroit de l'accroche, j'ai perdu le vrai nom) m'avait déjà gâché décembre et empêché de courir quelques temps. Les anti-inflammatoires pris à cette occasion m'ont fait, comme en 2006 quelques semaines de zoloft, prendre conscience d'à quel point je vis dans un corps sourdement douloureux et que c'est permanent. Les médicaments m'enlevaient toute douleur, je me sentais en coton. Le sport que je pratique régulièrement est une façon de savoir où et pourquoi on aura mal de courbatures et quelques froissements. Mais j'aurais de toutes façons mal sinon. Je soupçonne la thalassémie d'y être pour quelque chose.

Ma fille a eu des ennuis de santé autrement sérieux. Elle ne souhaiterait peut-être pas que j'en parle, alors seulement dire que ça va mieux mais qu'il y a eu des mois difficiles. Tenir au travail était le maximum que j'ai pu faire, et tenter d'être là. La vie est comme mise de côté pendant tout ce temps-là.

Le printemps d'ailleurs a été très froid. 

Heureusement qu'il y avait, qu'il y aura eu en 2013 / 2014 des lectures chaleureuses et formidables pour compenser. L'opulence de ce côté-là console.

J'ai dû cesser d'écrire (en dehors d'ici). Il a fallu une quinzaine de jours de congé en juillet, que mon employeur m'a intelligemment imposés, passés pour l'essentiel à la maison à régler tout l'en-retard de l'intendance minimale, mais à mon rythme, tranquillement, et que la grande n'allait pas si mal, pour reprendre pied. Parvenir à livrer en temps et en heure une nouvelle pour un recueil pour lequel elle ne fut pas retenue, mais c'était déjà formidable d'avoir su tenir distance et délai. C'était si mal barré.

Août et début septembre auront été consacrés au gagne-pain. Avec des complications imprévues (ordinateur de caisse en panne), ce qui a fait qu'il n'y aura pas eu de temps creux. J'ai tenu.

Les finances familiales remontent lentement. Très : 2013 /2014 aura été l'année de la plomberie avec le gag éternel de la fuite d'eau cachée mais qui fait des dégâts en dessous exaspérant des voisins alors qu'on ne se rend compte de rien, et qu'on mettra longtemps à déceler, l'année des appareils d'usage à remplacer alors qu'on s'en serait bien passé. Chaque fois on se dit qu'on devrait être tranquilles un moment. Et puis c'est autre chose qui lâche. Et je subis de plein fouet l'écart croissant entre le coût des choses et la difficulté de ramener de l'argent. Une petite bricole sur les clefs de la voiture dont la coque se désagrégeait nous coûte 18 heures de mon travail. Une pinte de Guinness dans le quartier où je bosse, c'est une heure. Un chèque déjeuner et je suis très soulagée qu'on en ait, c'est ... le prix d'un dessert au café brasserie d'à côté. (Et je préfère ne pas faire l'estimation pour les interventions des plombiers, du serrurier en juin ou juillet, des frais dentaires du conjoint).

Sans doute que l'année 2013 / 2014 aura été celle des renoncements, des espoirs éteints : celui de s'en sortir un jour, celui du meilleur de la sexualité, celui d'écrire à mon niveau, au meilleur de mes capacités. Je suis décidément condamnée aux temps sauvés. Je n'ai pas renoncé à les utiliser au mieux.

J'espère que 2014 / 2015 me reverra en forme, libérée des fardeaux, allant enfin de l'avant au lieu d'être tout entière employée à sauver ce qui peut l'être. Je m'en veux d'être si privilégiée par rapport aux 3/4 de l'humanité (ville en paix, pain quotidien assuré, soins médicaux possibles, un toit) et de n'en rien faire de mieux que tout juste parvenir à boucler le quotidien.

Au programme si ça veut bien : ranger la maison (urgent), lire La Recherche (c'est démarré, et quel plaisir), remplir un agenda pour madame B. très soigneusement, boucler deux manuscrits et entamer la ronde des refus. Oublier ce qui ne sert plus à rien qu'à me fournir en chagrin(s). Continuer de profiter de la vie culturelle à Paris qui est d'une richesse inouïe. Passer de bons moments avec les amis, c'est au fond le meilleur de la vie.

Si vraiment c'est la grande forme : devenir dans un an capable de courir un semi-marathon.

 

(1) Je m'en suis dans un premier temps voulu de n'avoir perçu les signes avant-coureurs (2) qu'après. Puis à l'occasion d'un souci d'ordi j'ai eu sous les yeux certaines amorces de messages, et j'ai compris que si j'avais été naïve, lui avait beaucoup masqué ; avec habilité.

(2) À propos de signes avant-coureurs dans le cas où l'on vit avec quelqu'un, un billet fort bien troussé chez Marie Vareille, et qui sous des dehors drôles ne dit pas que des légèretés.

(3) On nous avait joué un sale tour, il était question d'encaissements étalés qui ne l'ont pas été. 

(4) Abonnement échu et ce problème de santé certes passager mais qui m'aurait de toutes façons empêchée d'y aller.