C'était ce jour-là
un nom de pas-poisson

Gros vrac du samedi soir en vrac de fatigue mais tout va (plutôt) bien

 

Ça fait au moins deux semaines que je crois à un hypothétique retour à la normale rapport à mon travail et ma très chère fatigue (je finis par me dire : au moins un élément important de ma vie qui ne me quittera jamais), puis finalement il fallait rester en attendant l'arrivée d'une nouvelle personne, puis elle arrive au moment de la VT (Vague Trierweiler) et comme toute personne qui prend un poste réorganise et réordonne - ce qui est tout à son honneur mais -, ce qui fait des journées sans répit de temps de la mise en place. Tout cumulé j'ai l'impression (fausse) d'avoir dans les jambes une sorte de 24/24 7/7. Le hic c'est que mes jours de liberté sont garnis de ces petits rendez-vous médicaux qu'il faut prendre régulièrement sous peine d'un jour en avoir des gros (condition nécessaire mais pas suffisante pour les éviter). Et que mes dimanche sont consacrés à la course à pied (et sa récupération) pour cause de course officielle prévue début octobre. Du coup il n'y a aucun moment pour se poser sans se reposer et par exemple se mettre à jour dans les billets de blogs, les photos, et la messagerie.

Tellement je cavale sans relache, il paraîtrait que j'ai atteint la ménopause ... mais je ne m'en suis même pas rendue compte (1) (2).

Du train où vont les choses peut-être que je serais capable de mourir sans m'en apercevoir. Qui sait ?

Je suis heureuse dans mon travail. C'est une période certes affligeante à cause du livre qui s'arrache et qu'on aimerait tant que ça arrive pour un excellent roman (ne rêvons pas), mais globalement stimulante, je m'y sens utile, mon addiction [à la lecture] est tellement nourrie qu'elle s'en trouve calmée (3). 

J'ai enfin entamé la lecture de La Recherche de A à Z. Je voudrains relier les blancs, voir les écarts entre mes souvenirs des îlots connus et ce qu'ils contiennent réellement. Une jeune femme à laquelle j'ai vendu à sa demande "Albertine disparue" m'a dit Vous me sauvez la vie. 

J'ai besoin d'une lecture qui sauve la vie. Véronique Aubouy, Mathieu Riboulet et par ailleurs Hugues Robert n'y sont pas pour rien dans cette relance. 

Une cliente à qui j'avais vendu "Temps additionnel" est venu me dire "Vous devriez écrire". J'ai répondu J'essaie mais que je pataugeais dans mes aléas de vie et ma fatigue. Nous avons eu une conversation qui m'a redonné du courage. (mais pas davantage de temps). Il semblerait qu'il soit éminemment plus facile de vendre les livres que de les écrire. 

Je me suis d'ailleurs fixé un défit : vendre autant de "Petit Prince" que du livre de l'ex sur son ex.

Cela dit ce livre aura été l'occasion de belles conversations avec les clients, des achetants, des fâchés, des affligés, et surtout des femmes qui même si elles ont l'élégance de ne pas (trop) se confier, de s'arrêter avant la confidence encombrante, ont été par les hommes profondément blessées. Une partie du succès de l'ouvrage n'a rien à voir avec la politique (4), ni même le voyeurisme (5), ni même le "la vie de nos amies les bêtes les stars" : ce sont des femmes de passé 45 et qui veulent savoir comment une autre qu'elle devant un sort subi commun s'en est sortie et ne se laisse pas faire. Il y a du rééquilibrage par procuration. Pour un peu elles en oublieraient que l'ex-amoureux de l'auteure n'était rien moins que président de la République. Ce qu'elles voient c'est quelque chose comme "Il a été aussi nul que mon ex-mari". "Mufle" est un mot qui revient souvent. 

Ce 13 septembre 2014 à 18h39 j'ai fait pour cet ouvrage, dont nous avons vendu plusieurs dizaines d'exemplaires voire près d'une centaine, le premier paquet cadeau. Les gens disaient assez souvent l'acheter pour d'autres mais personne ne demandait de l'emballer.

Beaucoup d'ailleurs s'abstiennent de le glisser dans un sac (je propose toujours). Ce qui n'est pas le cas avec la queue de comète des "Cinquante nuances de Grey".

Je suis en train à force de répéter sans arrêt les trois mêmes phrases  (essentiellement "I'm sorry but we don't sell stamps") de perdre mon anglais. Mais de perdre également la conscience d'être en train de le parler. Il a fallu une remarque de ma collègue irlandaise et une conversation avec un auteur britanique qui voudrait que malgré son accent on lui réponde en français, pour que je m'en rende compte. Il m'est arrivé de parler en anglais à des français qui en fin de journées venaient acheter des cartes postales. C'est babel dans ma tête.

Parfois je parle italien.

Ou un très mauvais allemand aux déclinaisons hasardeuses (quand elles existent).

J'ai pris conscience aujourd'hui que depuis le début de cette guerre si peu compréhensible entre Ukraine et Russie j'ai cessé d'articuler les trois ou quatre mots que je connais en Russe (Bonjour, merci ...). Je crois que j'ai peur de commettre un impair ce que m'a confirmé le fait d'apprendre qu'il existait en fait plus de douze langues pratiquées dans cette région. Moi qui ai grandi dans l'idée à l'Est c'était une grande zone rouge qui parlait en Russe, j'ai du mal à uploader la nouvelle version ; multiple et morcelée.

Le livre de Romain Slocombe, "À mon exécuteur" et qui se passe pour l'essentiel du temps des purges staliniennes me donne l'impression de vivre au paradis. Tout en me faisant me méfier du monde entier. Ce n'est pas le premier qui me fait cet effet (dont "1984" lu l'année même, et plus récemment un livre de Padura sur Trotsky et son tueur), mais il est particulièrement fort. Et très contradictoire.

Je tombe de sommeil. Je dois clore ce billet. 

Mais il faudra que j'écrive la recette de poulet au thé de mon client le plus stimulant (6). 

Et que je laisse ici la trace d'une opinion exprimée par François de Rugy (au sujet du trader repenti par la force de ses ennuis) 

 

 

 

(1) Pour ceux que ça peut surprendre je suis aussi la personne qui possédait une deuxième voiture et l'a ignoré durant plusieurs années.

(2) Je crois que la plupart des indices ont été totalement masqués par l'anémie et par ailleurs le chagrin de la rupture subie l'été dernier. C'est un avantage d'aller mal : les choses qui devraient nous faire aller mal ne nous font pas aller plus mal, puisque c'est déjà pire.

(3) Ce qui tend à me rendre favorable à la légalisation de ce qui est considéré comme des drogues. Ça ferait sans doute des dégâts au début, puis ça se stabiliserait et les usagers moyens n'auraient plus à recourir à toutes sortes d'expédients pour se fournir. Avec la certitude de pouvoir se réapprovisionner, leur consommation pourrait sans doute pour certains ralentir. Une partie de la frénésie addictive vient de la peur de manquer. 

(après, oui, je sais c'est incomparable car lire, jusqu'à preuve du contraire, n'est pas mauvais pour la santé, seulement pour le compte en banque)

(4) Pour ceux pour qui c'est le cas, c'est clair et net très violemment et très revendiqué. "Hollande doit tomber" ai-je entendu. 

(5) Y en a aussi, je ne suis pas prête d'oublier un certain "J'ai hâte de lire les ragots" si assumé qu'il en devenait touchant.

(6) Un centenaire épatant. Qui a trouvé moyen de me reprocher de n'utiliser pas Skype (je n'ai rien contre, préfère écrire, en fait).

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