À Clichy les nuits sont parfois moins tranquilles que les jours
Les risques du métrage

The book you read is watching you

Tu es tassouillée dans ta ligne 13 vers les 9 heures du matin, c'est l'heure d'aller gagner ta vie. Beaucoup de tes concitoyens sont rentrés des vacances si tant est qu'ils en aient prises, et en tout cas ont retrouvé le chemin du travail, si tant est qu'ils en aient. Tu lis ce délicieux et pétillant roman qu'on t'a confié mercredi soir et dont l'auteur te rappelle une amie quand elle était jeune ; en plus libre.

Le début du roman se déroule dans une soirée entre lycéens. A moins que tes conditions de lectures ne t'aient fait louper une marche, rien ne le géolocalise. On est en France probablement. Et ça se passe maintenant.

Le passage que tu abordes malgré ton équilibre instable, sac à dos calé entre tes jambes, prête à saisir la barre en cas de freinage intempestif - tu as raté le coche de te glisser jusqu'aux places du fond appuyées contre la porte côté voies -, a pour cadre le lycée, une salle de classe, la 203.

Trois jeunes s'y racontent une histoire. De princesse. Ils aiment les histoires. Comme toi. Mais toi les princesses, moyen moyen. Ce n'est pas très grave leur histoire est marrante.

Et soudain, sans prévenir :

 

Par exemple au lieu de hurler : "Oh mon Dieu ! je suis coincée ici pour toujours ! Quelle tragique destinée !" en s'effondrant sur un sofa, notre princesse s'était plutôt écriée : "Je suis coincée ici . C'est horrible, le papier peint est extrêmement moche. C'est super je n'ai pas à prendre la ligne 13 à l'heure où les gens vont au boulot. Ah, j'en suis ravie et furieuse !" (1)

Ca vous est déjà arrivé d'avoir l'impression que le bouquin que vous étiez en train de lire vous observait ?

(et d'une certaine façon bienveillante (car ce livre l'est), veillait sur vous).

Si nous n'étions pas que deux aujourd'hui en boutique, je serais tentée d'aller effectuer ma pause déjeuner dans les jardins du Trocadéro, voire si le récit m'y suivrait.

 

  (1) "Faut jouer le jeu" d'Esmé Planchon (Ecole des Loisirs, septembre 2014 p 31)

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