Sur les écarts injustifiés de salaires entre hommes et femmes, ce sketch
Carambolage

L'Égypte oubliée (mais pas les militants de la liberté)

 

J'étais plutôt contente de ces révolutions méditerranéennes, ces dominants brutaux qui tombaient comme des dominos, cet espoir qu'elles portaient ; je supposais malgré ma naïveté que des partis islamistes financés par des pays riches profiteraient des troubles pour au moins tenter de confisquer une part du pouvoir. Comme toujours, le pire était sous-estimé.

Je ne saurais plus dire pourquoi l'Égypte m'a plus saisie que les autres : sans doute parce que très vite on s'est trouvés à plusieurs amis (je pense en particulier ce soir @Kozlika) à suivre plusieurs amis de là-bas ou au moins militants ensemble qui témoignaient généralement en anglais de ce qui se passait. Que j'échangeais aussi beaucoup à l'époque à ce sujet avec celui qui a disparu si brutalement de ma vie depuis. Comme il se refusait à aller sur twitter, je lui servais de décrypteuse ; comme nous sommes tout les deux d'une génération qui a connu la télé rare, et les informations de papier principalement, nous étions, je le confesse, fascinés par le côté : c'est comme si on y était. On est avec vous, allez !

Sauf qu'on n'y était pas. Bien au calme dans la vieille Europe, où même quand elle est rude et du moins pour l'instant (1), la vie reste relativement paisible des armes ; j'ai bien dit relativement. En exil professionnel dans un quartier très chic que je n'ai pas déjà tout oublié de mes zones d'avant. 

À présent, eux sont en plein dans la répression de la répression d'après, puisqu'au bout du compte le soulèvement aura mis au pouvoir un régime autoritaire qu'un coup d'état militaire aura dégagé. Que leurs vies sont en danger et que comme toujours ce sont des gens formidables qui sont les premiers visés. 

Alors ce soir j'ai été particulièrement triste de lire la lettre ouverte d'Alaa Abd El-Fattah qui il y a dix jours (dix jours !) a entamé une grève de la faim, seul degré de protestation qui reste à qui est déjà privé de liberté.

Capture d’écran 2014-08-28 à 21.07.13Je me sens totalement impuissante, à part relayer l'info tout en étant conscience qu'il est sans doute trop tard. Pour lui, ses proches et des camarades dont le sort nous est inconnu, mais pas indifférent. 

(et pendant ce temps, c'est la guerre partout, l'impression qu'on a lorsqu'on passe des journées de travail bien remplies (privilège !) loin de l'information et qu'on rentre fourbus et qu'au matin on entend quelques trucs d'un flash d'infos au radio réveil avant de se lever, se préparer, puis d'y retourner) (et les politiciens français, désormais tous de droite sauf certains de ceux qui ne sont plus aux commandes, se couvrent de ridicule dans leurs chamailles pichrocolines).

Des pensées et des rêves, pour Alaa, pour ses camarades. Au moins.

 

(1) Je sens venir une catastrophe électorale en France pour 2017, gros comme une maison. Et après, risque de chaos. La haine des autres est gage de guerre, pas d'amélioration économique. 

 

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