Des Jambes Interminables on ne se méfie jamais assez
Persistance

Small minded woman (I used to be sort of a)

Ô sérendipité de l'internet aux jours de congés, je découvre ce matin en voulant vérifier une citation, la compilation d'un blog de toute fraternité que ç'en est émouvant d'à quel point, au delà de l'effet générationnel ; et cet après-midi, en voulant éclaircir une allusion que j'avais faite sur twitter et donc citer la video concernée (1), j'en découvre une autre, Youtube étant redoutable pour nous piéger qui m'en a proposé un lot aussitôt, liées par une même zone niveau de notoriété-années. Je suis ainsi (re)tombée sur ce film des Bronski Beat, sur leur titre Small Town Boy. 

Il se trouve que durant les années 80 j'ai peu vécu dans la proximité d'une télé. Déjà une vie trop remplie pour m'affaler devant un truc qui ne m'intéressait que très ponctuellement. Pas d'argent à gaspiller. Sans doute aussi quelque chose en moi qui avait perçu que pour m'arracher du monde limité dans lequel ma naissance tendait à me confiner, je devais échapper à l'abrutissement instillé. Il avait fallu attendre le câble et l'espoir de chaînes en V.O. pour qu'on se laisse convaincre avec l'homme de la maison qui lui aussi aimait lire et que ses journées d'études puis de boulot laissaient de toutes façons trop crevé pour regarder. Quand il nous restait de l'énergie, nous préférions faire l'amour.

Par ricochet de l'absence d'équipement, il se trouve que la plupart des airs des années 80, et qui, qu'on les ait appréciés ou détestés nous font si on les réentend aujourd'hui un effet "petite madeleine", me sont inconnus de video. Sans parler qu'avant l'internet, ou même avant le câble, il fallait pour les voir tomber sur la bonne émission au bon moment (vagues souvenirs de l'une d'elle qui s'appelait Top 50 ?).

Je connaissais donc cette chanson des Bronski Beat, y compris les paroles, mais ne me souvenais plus du clip. Ou ne l'avais pas vu. Ou vu mais oublié parce que pas tout à fait compris. Ou vu mais dans cette illusion terrible entretenue jusqu'à l'an passé que justement tout ça en était, du passé, que les mentalités avaient, heureusement, bien changé.

#fatalerror 

Je sais désormais qu'il n'en est rien. Que j'avais le champ de vision réduit par le milieu très ouvert  dans lequel je vis depuis bon nombre d'années. Alors que l'intolérance, le mépris, la brutalité, on en est encore là en beaucoup d'endroit. Certains de mes amis peuvent se faire casser la gueule en plein Paris, sans même avoir eu d'attitude particulière, et quand bien même, tous les couples (2) devraient pouvoir s'embrasser.
Le père qui refuse de serrer la main, dans le film, cette fois m'a fait froid. Ça m'aurait sans doute laissée beaucoup plus fataliste, autrefois. J'ai toujours été tolérante but may be I am less narrow minded than I used to be. C'est déjà ça. Puissions-nous être de plus en plus nombreux/euses dans ce cas.

 

(1) J'ai toujours peur d'avoir une attitude trop exclusive ; le cryptique, volontaire, est lui assumé, mais il me déplaît d'avoir l'air de ne m'adresser qu'aux "initiés" ou aux gens de mon âge ou aux gens des mêmes professions que celles que j'ai traversées, bref, j'ai souvent peur de faire des allusions discriminantes. D'où que peut-être j'explique parfois un peu trop, au risque qu'on me dise Mais tu nous prends pour qui ?, bien sûr on avait compris.

(2) sauf un qui n'a pas intérêt de venir roucouler à Paris. La femme de la pampa, salement escamotée, n'est pas certaine de rester exactement courtoise et de ne pas laisser sa rudesse s'exprimer. Je ne suis pas aussi douce et gentille que la Nanarella, du moins quand on ne me respecte pas. 

Commentaires