Gratitude et soulagement
Une vie sans [grandes] décisions

Euro vrac vision (souvenirs sans réfléchir)

(je crois avoir déjà écrit un billet sur le sujet, mais suis si fatiguée que c'est plus simple pour moi d'écrire que de chercher)

Mon premier souvenir d'Eurovision c'est Abba et c'est magique. Je perçois quelque chose ce soir-là, ai su qu'ils allaient gagner, et que je m'en sortirais (même si à pas même onze ans je n'avais pas idée de ce que pour moi ça signifiait). J'ai su ce soir-là que tout espoir était permis.

Il y a eu ensuite de nombreuses années chez les parents où l'on regardait ma sœur et moi, peut-être mes parents un peu, le spectacle grâce à ma petite sœur, son humour, ses dons de théâtre et d'imitation, était dans notre salle à manger. Je n'ai pas de souvenirs musicaux conscients de ces concours-là, seulement que leur date marquait souvent le début des jours chauds et la fin pour moi de la malédiction des rhumes qui me tenaient l'hiver compagnie sans arrêt, et des fous-rires à n'en plus finir, avec ma sœur, donc (1).

Il y eut ce cru 1984, suivi à Amsterdam, dans l'auberge de jeunesse que nous allions quitter pour la nuit d'après car la voiture de l'amie qui nous accompagnait, tombée en panne à l'arrivée avait englouti pour la réparer le quasi budget du week-end entier. Je crois que le déjà #lhommedelamaison était allé dormir, que l'amie à la voiture went her own way ou avait regardé un peu avec moi, sans comprendre pourquoi ça m'amusait. Peut-être a-t-elle commencé à avoir de solides doutes sur ma santé mentale quand j'ai tenté de lui expliquer pourquoi le décompte des points était un grand un immense un irremplaçable moment de télévision. J'étais encore en reliquat d'amour pour mon premier et le fait que ça soit en néerlandais n'était pas sans me charmer, avec la perspective de le revoir le surlendemain. Mon destin est semble-t-il de n'être jamais aimée à titre principal sauf par qui a besoin de secours ... puis s'en retourne adorer quelqu'un d'autre.

Il y eu beaucoup d'années sans rien regarder. Pas de télé. Appelée vers d'autres activités. Les années surchargées des enfants bébés. 

Souvenir d'une fois ou deux ou trois avoir regardé, juste avant de me coucher, simplement le décompte des points. Cette poésie. Younailletuede kineguedom touellve poïnnetze.

Je n'ai pas de souvenir du cru 2006. Ni l'envie d'en rechercher.

Il y eut ce soir de 2012 (3) à Saint Malo, j'étais aux Étonnants Voyageurs mais j'ignore à présent pourquoi le samedi m'avait laissée seule à l'hôtel, #lhommedelamaison exporté étant allé voir un film qui l'intéressait, et je regardais hilare la compétition sur une toute petite télé perchée tout en livetouitant avec les copains. Souvenir d'un grand moment de récré. De ceux qui nous laissent comme lavés de ce qui nous souciait et pour un temps l'énergie retrouvée.

Il y eut 2013, je crois me rappeler qu'un ami quelque part pour quelque chaîne commentait. Mais que j'étais par ailleurs occupée ou préoccupée ou que j'avais pris en cours de route alors c'était moins d'amusement pour le LT.

Enfin ce soir, j'ai suivi par hasard, rentrant du boulot après une semi-balade sous la pluie, pas seule, mais non sans avoir dû lutter ce qui laisse un parfum de solitude même si elle s'est faite invisible, découvrant que c'était ce soir, dégotant une diffusion sans sur-couche commentative. J'étais encore en reliquat d'amour pour celui dont le nom en français serait trop souvent prononcé. La version directe me laissait l'ouie et l'âme en paix. Je m'amuse doucement, pronostique que ça se jouera entre Suède et Autriche et que le jeune Hongrois fera sans doute un score mais sans l'emporter car son chant faisait pleurer. Ou alors c'est qu'en 2014 tout le monde pleure au fond de soi.

Mais le cœur n'y est pas, l'insouciance en tout cas. Reste le réconfort d'échanger des bêtises sur les réseaux avec les amis qui semblent eux non plus n'avoir mieux à faire en leur samedi. Alors je me sens moins seule. Et c'est déjà beaucoup.

PS : (petit sourire satisfait)

Capture d’écran 2014-05-11 à 00.18.48

 

(1) Souvenirs délicieux également des Numéros Un de Maritie et Gilbert Carpentier car les regarder avec elle quand elle était en forme c'était entrer dans une autre dimension. Et souvent notre quart d'heure colonial (2) de la semaine. 

(2) Je ne sais si cette expression est encore en usage et afin de couper court à toute fâcheuse interprêtation : correspondait chez les expats à ces moments de délires que les fièvres tropicales (et souvent l'excès de boisson des vies de toubabs) engendraient. 

(3) ou 2011 ? J'ai un doute soudain.

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