Le héron ce glouton
Et la bombe vous l'avez mise où ?

Officine Stampaggi Industriali

P4191053À ma façon distraite, je m'intéresse aux belles voitures. C'est juste que ma notion de "belles" n'est sans doute pas tout à fait normée puisque je trouve les 500 Fiat de toute beauté, que les 2CV m'attendrissent et bien des modèles autrefois fréquents du passé. Qu'en leur temps personne n'aurait envisagé de trouver beaux. 

C'est aussi un peu question de filiation : mon père et nombre de ses frères travaillaient dans l'industrie automobile - et la génération suivante est tombée avec un bel ensemble dans la banque et l'assurance, nous sommes archétypaux des besoins en emplois des temps de nos 20 ans -. Née avec un "Comment ça marche ?" dans la tête, je ne pouvais que m'intéresser à ce que mon père et mes oncles et cousins aînés disaient. Un jour lors de travaux pratiques en cours de "moteurs" en école d'ingénieur j'ai eu la surprise de me rendre compte que sans m'y connaître, je savais bien des choses, transmises comme par capilarité, et aussi lors de longues heures passées dans le garage accueillant de chez mon copain Jean-Mi alors que son père et ses frères bricolaient inlassablement leurs bagnoles et celles des potes. Ils étaient toujours là, été comme hiver portes ouvertes et les parfums d'essence, de moteurs chauds, d'huiles mécaniques me ramènent imanquablement à une sensation de mercredi ou dimance pluvieux (1). J'avais l'impression qu'ils seraient tous toujours là, comme si le temps n'avait pas de prise.

M'en reste une sensibilité particulière aux beaux sons des moteurs de certains vieux modèles, avant qu'ils ne soient tous uniformisés.

Et aussi par moment dans la ville un plaisir des yeux.  P4191049

Ce fut le cas ce samedi : Oh la belle voiture ! 

 

La différence d'avec les footballeurs c'est que cet enthousiasme ne déclenche aucun désir de possession chez moi, tout au plus l'envie de faire un tour pour écouter le moteur, ressentir l'effet fait, constater in situ les spécificités de la bonne mécanique, mais généralement je suis amplement satisfaite d'avoir simplement croisé un élément de l'harmonie du monde, lequel est plus facilement laid et que la richesse aux mains de certains fait basculer dans le clinquant.

Je sais que derrière cette quête perpétuelle de la grâce et des réussites techniques se planque cette croyance enfantine - que je savais déjà telle alors, à cause des guerres dont mes parents et grands-parents étaient rescapés - que si l'être humain est capable d'atteindre un tel niveau de perfectionnement et partant de là de civilisation il devrait être moins enclin à malmener et massacrer son prochain. Des illusions perdues avant que de les avoir eues, me reste donc cette petite bouffée d'enthousiasme à la vue d'une belle voiture.

En revenant de ma pause déjeuner j'ai donc eu droit aujourd'hui à ce micro-bonheur, je n'ai identifié qu'après qu'il s'agissait d'une OSI (Ford) 20 M TS, modèle rare s'il en est. Et que j'ai pris le temps qu'il fallait afin de dignement la photographier.

Ce que j'ignorais alors, c'est que le concepteur de l'allure de cette automobile s'appelait Sergio Sartorelli, et qu'il est également le "père" de la Fiat 126, ma première voiture et que j'ai tant aimée (2).

Plus tard je me souviendrai de ce samedi comme étant celui où j'ai vu une si belle voiture, dégusté un délicieux Limoncello grâce à l'homme de la maison qui était venu au travail me chercher, ce qui n'est pas rien, vu des danseurs enseigner quelques pas à un gamin doué, un non-client débarquer dans la librairie pour réclamer un paquet cadeau sur un achat amazon et une sonnette qui aurait pu être celle de la maison d'un (ex) bien-aimé. Plus tard d'encore plus tard, si je suis toujours en vie, il n'est pas exclu que ce qui reste soit d'avoir été accompagnée pour retour, la promenade que ça en a fait, et la très belle voiture.

 

(1) Sinon on était dehors à jouer au foot.

(2) article "Marques disparues : OSI" chez autoreverse.com dont j'apprécie certains billets mais pas tout de tous (kill that blonde)

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