Triste salon mais heureusement
Le quiproquo Musso

Prise de conscience (très tardive)

 

C'est un billet sur un blog de quelqu'un que je ne connais pas en la vie réelle mais suis (ce qui est devenu rare, le fait d'habiter Paris mène toujours tôt ou tard à rencontrer les blogueurs ou les camarades touitons). Il est tenu par une jeune femme dont j'admire le dynamisme, je crois que j'ai commencé à la lire comme cela, parce qu'elle faisait montre de ressources et d'énergie qui me manquent. Par exemple, là, j'écris en dormant.

Elle relate une sorte de flirt, comme j'ai souvent vu les adolescent(e)s avoir : on tente de sortir avec quelqu'un parce que tout le monde voit quelqu'un et qu'on ne veut pas être laissé(e) pour compte, mais en vrai cette personne ne nous attire pas plus que ça. Seulement dans son cas, les choses ont mal tourné, le garçon ayant abusé - peut-être l'a-t-il crue réellement demandeuse, qui sait ? - même si sans aller au pire. Je ne lie pas le billet, son auteure n'étant pas certaine de le conserver en ligne.

Une fois de plus je prends conscience de la pression exercée sur les femmes. Je n'avais pas idée que c'était à ce point.

Je n'ai pourtant pas manqué de garçons qui marquaient leur intérêt à mon égard, et j'ai bien compté quelques tentatives un peu intrusives, mais il se trouve que personne ne m'a jamais impressionnée (1) et que deux fois d'enfance ou d'adolescence où je me suis trouvée dans de sales situations,n'étaient pas d'ordre sexuel ; c'était une fois pour secourir une amie qu'humiliaient des grandes et mon intervention a effectivement permis, même si j'ai eu ma part de brimade, qu'elles arrêtent parce que du coup ça risquait de se voir et se savoir. La copine n'a plus été embêtée et moi non plus que mon absence de froid aux yeux avait impressionné ; une des grandes a même plus ou moins tenté d'être mon amie par après. Une autre fois pour défendre mon vélo extraordinaire (oui j'ai eu durant quelques années un vélo comme personne d'autre n'avait) d'un type de la bande des Lignières (nos Velrans à nous) et ça a fait pareil, de n'avoir pas peur et d'affronter à fait tourner court l'opération d'intimidation (et de vol éventuel).

Je n'ai aucun mérite, je crois être née comme ça. En fait je tiens à mon bon sommeil plus qu'à ma vie même et donc je ne veux rien me laisser faire, tant qu'il est possible de résister (2), qui puisse ensuite venir me perturber la nuit. Je ne veux rien non plus faire qui m'encombrerait de scrupules par après, ce qui en ce moment arrange bien quelqu'un qui aurait mérité ne serait-ce qu'un solide bourre-pif.

Grâce à ce billet et quelques échanges entre autre à l'automne avec d'autres femmes sur des points de leurs attitudes que je ne comprenais pas, j'ai pris conscience de cette chance que j'avais. Imperméable aux pressions de groupe, sensible uniquement à l'estime de ceux que j'estime, capable de rester seule même si c'est contre tous, probablement trop concentrée sur ma bataille principale (une santé longtemps fragile, une fatigue perpétuelle) pour tenir compte de quelque qu'en dira-t-on que ce soit, n'ayant envie de "faire pareil" que d'autres uniquement s'ils m'apportent l'usage d'un élément qui me facilitera le quotidien. Et d'ailleurs bien souvent ils en abandonneront l'habitude car la mode sera passée quand je la conserverait tant que la pratique m'est salutaire, me va (3).

Avant de lire les témoignages des autres, je n'avais pas conscience de mon privilège, que c'était un atout ; je voyais plutôt comme un handicap le fait d'être peu capable de me conformer.

(et je viens sans le vouloir de répondre à la question du débat "littéraire" de l'autre matin dans notre cuisine, parti de la lecture d'"En finir avec Eddy Bellegueule" d'Édouard Louis : - Mais pourquoi comme ça il raconte sa vie ? ; hé bien parce que non seulement pour soi, mettre les mots, ça aide à franchir les étapes de guérisons des blessures, même si ça n'y suffit pas, mais encore parce que ça peut aider les autres à franchir des étapes dans leurs propres parcours, même fort différents).

Merci donc à celle qui a témoigné, malgré la difficulté et les ennuis nouveaux que ça peut attirer.

 

(1) sauf Vladimir Poutine. Et je ne dis pas ça pour faire gag récurrent. Cet homme m'effraie. Ma torture-1984 à moi ne serait pas les rats, ni d'autres choses classiques mais de devoir affronter un contact physique avec lui, serait-ce une poignée de main. Objectivement il n'y est pour rien. Si je croyais à la réincarnation je dirais que dans nos vies antérieures nous nous sommes déjà croisés lui comme prédateur moi comme proie. Ou alors c'est que je sais qu'il va déclencher la troisième guerre mondiale celle qui nous laissera tous pulvérisés ou dans le monde d'Enig Marcheur.

(2) Bien sûr si l'autre en face est armé ou s'il s'agit d'être prisonniers, c'est plié. Et je pense que si je devais traverser de sales quart d'heures, il m'arriverait, comme à presque toutes, ceci : 

"Je ne sais plus ce que j'y ai senti, je ne veux plus savoir ce que j'y ai senti, j'ai juste senti que mon cerveau partait là où il serait en sécurité et laissait mon corps se débrouiller avec les contingences terrestres."

(3) Le blog, d'ailleurs, est un parfait exemple. 

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