Prise de conscience (très tardive)
Cet instant où mon corps t'a cru mort

Le quiproquo Musso

 

Le succès des romans de Guillaume Musso est pour moi un mystère mais ses lecteurs, ceux que j'ai croisés jusqu'à présent, sont tous des gens doux et avenants alors que suppose qu'ils tirent leur plaisir d'histoires où tout est bien rangé sauf pour le désordre ponctuel induit par la péripétie initiale et où tout finit bien pour qui n'est pas malfaisant. Des livres où tout est très convenu mais c'est précisément ce qui est recherché, on sait que rien ne fera vraiment mal.

Sans doute un peu pour eux la même chose que pour moi qui relis de bon vieux Agatha lorsque je suis malade KO clouée au lit ou en chagrin aïgu d'amour : je sais que pas une seule scène de cul viendra me rappeler mes incapacités ou mon infortune, que je peux me laisser embarquer dans un suspens agréable, léger, des crimes pasteurisés et l'irremplaçable présence d'un major anglais.

Pour autant les romans du garçon, j'ai tenté d'en lire un (une histoire de téléphones portables échangés par mégarde à un aéroport) et ne suis peut-être pas même parvenu jusqu'au premier chapitre. Rien ne m'intéressait. Je restais indifférente. J'avais l'impression d'être très âgée.

Et j'imagine l'auteur comme quelqu'un de tranquille et gentil ou alors diablement machiavélique (et à la tête d'une entreprise rédactionnelle rodée). Toutes variantes intermédiaires possibles (1).

Un nouvel opus (ou la sortie poche d'un précédent) est prévu le 27 et déjà plusieurs personnes sont venues (sa)voir s'il était enfin déjà sorti. Mon indifférence s'étendant aux titres, j'ai été persuadée qu'il s'intitulait New-York jusqu'à ce qu'un de mes collègues rigolard me signale que c'était Central Park. D'une certaine façon je n'étais pas loin.

Au trois ou quatrième appel de la journée concernant un livre de cet auteur, et la dame me disant "Demain ?" j'ai répondu quelque chose comme Pas demain, non, mais le 27. 

Et la dame a bien ri, en me disant Mais non, Demain, c'est le titre. Il y en a donc un autre qui va sortir bientôt ?

Ce à quoi j'ai répondu : - Oui, New-York, après après demain et mon collègue, donc, de signaler Mais non c'est Central Park.

Les Frères Ennemis n'auraient pas fait mieux.

Et la dame est venue, ponctuelle, à l'heure qu'elle avait annoncée chercher son Musso devenu rare puisque rendu obsolète par les opus d'après.

Nous avons de nouveau ri.

Et je crois qu'à tous, ça a fait du bien. Aucune forme de littérature n'est vraiment inutile.

Plus tard, j'ai fait découvrir à une autre dame les Ingrid et Lola de Dominique Sylvain. Ce petit truc de rien mais qui fait que chacun repart avec quelques heures de bonheur potentiel, chacun à sa hauteur le sien, me manquait grièvement pendant que j'ai chômé. Pouvoir rire et prescrire. J'en prends conscience au soulagement que c'est de me sentir à nouveau en place. 

Reste un autre domaine où trouver la mienne, mais c'est plus compliqué.

 

(1) Je ne crois pas l'avoir jamais croisé, ni son frère (ou cousin ?).

 

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