Le quiproquo Musso
Parfois ce ne sont pas seulement les jonquilles qui sont téméraires mais les arbres aussi qui sont courageux

Cet instant où mon corps t'a cru mort

 

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Un avantage de l'âge et donc de l'expérience (il y en a) est que l'on finit par savoir quoi tenter de faire en cas de chagrin, même si ça ne fonctionne qu'au bout d'un temps certain. 

Ainsi mener une vie intense et presque plus intéressante (au moins intellectuellement) que celle qu'on aurait eue avec qui nous a abandonnées est une option salutaire. D'autant plus qu'épuisées on dort ensuite de plomb ce qui diminue le nombre de rêves érotiques avec le bien-aimé envolé (par exemple) ou de temps heureux partagés avec la grande amie, la presque sœur et qui nous a plantée là, Ce serait mieux qu'on ne se revoie pas (1). 

C'est efficace sur des lots d'heures, par exemple samedi soir en la compagnie de très bons amis et de camarades de l'internet que je rencontrais enfin en pour de vrai, j'ai oublié ma peine, ma place était juste auprès d'eux et donc à Paris. Elle n'a même pas osé me rejoindre sur le chemin du retour, c'est dire si la soirée avait été heureuse.

Le travail que j'ai trouvé, parce qu'il me va et me plaît et que les collègues sont agréables à fréquenter, aide aussi pour toutes les heures que j'y passe - sauf quand mes yeux tombent sur un certain guide touristique, mais bon, à force je vais m'insensibiliser -. Sauf qu'il tend à rendre les autres et particulièrement celles du retour du soir et de la pause déjeuner, redoutables. C'est comme si ta silhouette d'absent me guettait et telle une ombre ne me lâchait plus.

J'ai donc pris le parti d'avoir une pause active le midi. Une amie est déjà venu me voir, ce qui m'a permis ce jour-là de ne pas penser à toi que je suis sommée d'oublier. Si le temps le permet je sillonne le nouveau quartier : il m'est inconnu, je n'y mettais les pieds que pour le théâtre de Chaillot auquel je me rendais avec La Vita Nuda aujourd'hui disparu je ne sais où (2). C'est bien aussi pour le travail : je pourrais bientôt renseigner les personnes qui passent et nous demandent différents lieux ou des rues. 

Enfin, dès que le climat le permettra je pourrais goûter les joies de lire dehors, dans les jardins du Troca. Avoue qu'il y a pire vie.

Hier cependant il faisait beau mais trop froid. J'ai donc rempoché mon livre, à regrets (3) et m'en suis allée explorer le cimetière de Passy où je n'avais pas souvenir d'être jamais entrée. J'ignorais d'ailleurs que quelques patrons de prestiges y étaient enterrés, j'avais oublié jusqu'à l'existence de Marcel D., père de Serge ; ne peux pas dire que ça manquait. Ni le souvenir de ce boss de BTP qui portait ton prénom.

J'étais dans la curiosité de découverte d'un lieu nouveau. 

C'est mon cœur qui ratant un battement m'est tombé dans les pieds et je n'ai pigé qu'après. Sur l'une des tombes pesait un semblant de vase, sans plantes poussées, mais dûment pourvu de tes initiales.

Alors que mon cerveau pensait à tout autre chose mon corps t'avait cru mort. Le premier n'avait pas eu le temps de compléter l'information par mes yeux enregistrée. Le plus terrible en fait était de constater qu'alors que je te sais désormais un fameux saligaud de l'oubli, je n'ai pu que constater que je n'en avais pas fini te t'aimer. 

Constatation dûment accompagnée de son corrolaire : si tu venais à mourir, sans doute ne l'apprendrais-je que plus tard, et trop pour venir accomplir mes adieux à toi qui auras tant compté, même si tu as toi aussi (4) pour une belle fausse blonde décidé illico de m'effacer (5).

Il m'a fallu des clients particulièrement adorables, et le quiproquo hier évoqué, pour cesser de me sentir moralement plombée (6). 

 

 

(1) J'en ai un peu assez d'être quittée pour des actrices, là.

(2) Et le blog et son tenancier. Or c'était un bon camarade. Pourquoi s'est-il envolé ?

(3) "Ombre et soleil" de Dominique Sylvain un excellent cru d'Ingrid et Lola.

(4) Ce n'est guère que la troisième fois. Dieu que les hommes sont influençables.

(5) Ou pire, d'envisager que je resterais tranquillement à tenir la chandelle. Je peux comprendre qu'un homme a besoin de davantage que moi, je sais bien que vous avez besoin d'une plus jolie pour bander facile et vous exhiber bien accompagnés, mais la répartition à l'autre le sexe et les jeux de l'amour, à moi les affinités électives strictement intellectuelles dans les interstices que la vie maritale de l'autre laisse, me paraît un tantinet insoutenable, tu vois.

(6) Il faut dire que les problèmes de santé au niveau familial global mènent une nouvelle offensive. Et que ceux financiers ne vont pas via le doux gagne-pain que j'ai trouvé immédiatement cesser. C'est une lutte de chaque journée pour surnager. 

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