Dans la série ces grandes questions existentielles que je me pose parfois
La menace de mort était enregistrée

Attention une mauvaise nouvelle peut en cacher une bonne

 

Ainsi donc c'est sorti, et de tous les flashs d'infos franco français : les chiffres du chômage sont mauvais, nous sommes nombreux à chercher du boulot et même s'il reste encore toutes sortes de façon de ne pas compter tout le monde tout à fait (1), c'est assumé, voilà la fameuse inversion à laquelle personne ne croyait n'a pas eu lieu. 

 

Jadis, il y a longtemps, autrefois, j'ai travaillé dans un service d'informatique et statistiques d'une grosse entreprise de niveau national et dont les comptes avaient par quelques affaires de hautes volées (2) été gravement plombés. L'entreprise fut aidée mais en quelque sorte placée sous tutelle. Et on était prié pour un paquet d'années de rester bien dans les clous. Mais voilà, parfois l'on débordait de quelques pas, car l'activité courante qui n'aurait pas dû être impactée, nécessitait les mêmes ressources qu'avant que les scandales n'éclatent. J'étais à un petit niveau, participais à la sortie de quelques-uns des chiffres. C'était régulièrement des pressions pour les rendre plus sympathiques aux yeux de la direction et quelque ministère. Vous êtes certaine ? Recomptez. 

 

Comme j'était le genre de personne assez dingue pour préférer bien dormir la nuit à me faire mal voir et risquer d'avoir des ennuis, j'ai toujours été solidement assez stupide pour ne pas comprendre à demi-mots que mes chiffres justes étaient faux. Je n'étais pas si bête de ne pas avoir pigé que si je fournissais de belles statistiques (3), j'en tirerais quelques avantages immédiats, peut-être une jolie prime, voire même une augmentation, mais qu'en cas de problème en compagnie de quelques proches collègues, je serais le parfait fusible - Vos chiffres étaient erronés, nous vous avions fait confiance -, et que l'argument Mais c'est vous qui m'aviez dit, d'un air entendu, de recompter, ne tiendrait pas la route.

Donc je vérifiais, passais pour une imbécile qui n'a pas compris ce qu'on lui suggérait, confirmais mes données, me faisais mal voir, ai failli même une fois me faire virer. Notre monde du moins en ce temps-là du siècle dernier n'était pas si déglingué qu'il restait assez difficile de dégager quelqu'un pour le seul motif qu'il refuse de plaire et préfère n'avoir rien à se reprocher.

Alors je ne peux m'empêcher d'imaginer que qui bosse à l'heure actuelle sur ces données sensibles que les politiciens de haut pouvoir guettent comme du lait qui bout, doit subir de solides pressions. J'espère me tromper. Mais ce que j'ai traversé pour des chiffres beaucoup moins stratégiques et qui ne concernaient qu'une entreprise et non tout le pays, me laisse à croire qu'assumer la non-inversion a dû nécessiter pour quelques-un(e)s quelque part du courage, d'avoir des statistiques blindées, et beaucoup de ténacité.

Peut-être que notre république, malgré les frasques inopportunes de qui la représente, n'est pas si bananière que l'on pouvait le croire. Peut-être qu'il n'y a pas tant de pays que ça, en ce début de XXIème siècle dans lequel des indicateurs stratégiques déplaisants sont officiellement publiés, clairement et sans trop tarder.

Peut-être.

Ce serait une bonne nouvelle.

  

(1) Par exemple je crois bien que les personnes comme moi qui après un licenciement économique sont en "contrat de sécurisation professionnelle", je crois bien que nous ne comptons pas ou pas immédiatement. 

(2) Ce truc rageant quand les salariés qui se consacrent à l'activité de base font bien leur boulot mais que les very bigs chefs prennent des positions ultra-risquées sur des affaires qui court-circuitent les processus de décisions rationnels habituels et que ça tourne mal et que tout le monde trinquent pour quelques-uns qui visaient davantage de profits et pouvoirs personnels.

(3) C'est très facile de "présenter" des chiffres en trompe l'œil. Pour prendre un exemple simple : se féliciter de la baisse du nombre de morts par accidents routiers (ce qui est toujours bien, notez) mais sans tenir compte du fait que ça correspond à une forte baisse de la circulation. Ce qui fait qu'au bout du compte le risque d'avoir un accident lorsque l'on prend le volant n'est pas forcément moindre qu'avant et qu'il est peut-être supérieur, au fond. 

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