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Infos pratiques (appels téléphoniques non identifiés)

 

Depuis plusieurs années je ne réponds plus au téléphone fixe. D'abord parce qu'installée quand je suis à la maison la plupart du temps dans la cuisine, qui est à l'autre bout de l'appartement (1), et le plus souvent concentrée d'écrire, je ne l'entends tout simplement pas. Ensuite parce que ce numéro 8 fois sur 10 ne sert qu'à des sollicitations non voulues, appels commerciaux inutiles. 

Reste que ma mère qui m'a repassé le téléphone portable que je lui fournissais carte incluse, parce qu'elle préfère le fixe, continue à appeler sur le fixe et parfois encore quelques membres de nos familles ou vieux amis.

Et que ce matin en sortant de la salle de bain, et plus vêtue que l'acteur de la pièce de la veille (2), j'ai entendu sonner - si peu habituée à cette sonnerie que j'ai mis un moment à l'identifier -. D'où que par acquis ultérieur de conscience j'ai été vérifier dans la rubrique de mon "espace" (3) la provenance de l'appel. 

Ce n'était pas ma mère, soulagement. Ni personne que je pouvais identifier facilement. La proposition d'identification du numéro ne donnait rien, mais comme je venais de découvrir que c'était un numéro (03 31 70 70 24) qui effectuait des appels fréquents j'ai brièvement cherché et suis tombée sur ce forum de la gazette des jardins (?!) ce qui m'a confirmé (j'avais un doute solide) que ce numéro correspondait à du spam téléphonique, et m'a permis de découvrir ce site : unknownphone.com dont j'ignore la qualité de la partie recherche inversée (pas le temps de tester plus avant) mais qui m'a semblé très utile pour ceci :

dernières recherches de numéros inconnus ou suspects

et qui peut peut-être (re)servir.

Cela dit, je me demande parmi mes amis qui décroche encore son téléphone fixe à domicile (4) ?

 

(1) Ce n'est pas qu'il soit si grand mais sa structure en L isole vraiment la cuisine, ce qui en fait d'ailleurs un bureau presque parfait, aux voisins férus de bricolage près.

(2) "Perplexe"

(3) Quel bonheur ce monde où tant de petits espaces personnalisés sont à notre disposition, vous faites quoi dans la vie, je gère mes espaces.

(4) Hors ceux qui ont une activité professionnelle qui peut aussi correspondre au numéro appelé.


Carnets de voyage(s)

 

Ayant peu ou prou renoncé aux voyages (le temps et l'argent ne sont jamais ensemble dans mon existence au rendez-vous ; faire du tourisme ne m'intéresse pas, si je me déplace il faut que ça soit pour faire quelque chose (participer à) ou aller voir quelqu'un), mais nomade en mon âme, je suis friande des carnets de voyages que tiennent les camarades.

Hélas la fatigue, les chagrins, les contraintes quotidiennes ne me permettent que rarement une lecture suivie - je m'aperçois qu'en 2013 je n'aurais essentiellement lu que les blogs tenus par des amies comme on prend de leurs nouvelles, et trop négligés ceux que je lis par pur plaisir de l'esprit -. Par ailleurs depuis que la fin de google reader m'a fait abandonné l'agrégateur qui s'appuyait sur ses données, je suis passée sur feedly qui du moins sur ma bécane est plein de fantaisies (1), d'où que je finis par accéder aux blogs à l'ancienne en cliquant dessus pour voir s'il n'y a vraiment pas de nouveau. Charmant mais peu efficace.
C'est donc bêtement, par négligence de peu de temps et trop d'épuisements que j'avais décroché du travail de Mahigan Lepage. Je suis donc heureuse ce matin de trouver chez lui une splendide récap où l'on retrouve ses titres si bien choisis.  

Je n'aurais pas le temps de tout rattraper, à moins que j'aie de l'internet correct quand dans quelques jours j'irais en Normandie, pour écrire ou me reposer (2), mais j'ai par exemple été particulièrement émue par ce billet (qui date de ce qui pour moi est le "juste avant" : quand un sale coup s'apprête à tomber sur nous, que qui va l'asséner le sait mais qu'on n'en a soi-même pas l'idée car il nous manque un élément central de décodage de ce qui pourrait constituer des signes avant-coureurs ou qu'on nous a brouillé les pistes (3)) : 

Tout trajet comporte une succession de ruptures

 

(1) On dirait que les mises à jour s'y font en rafales au gré de quelque chose mais j'ignore quoi.

(2) Tout dépendra de l'état de santé physique et moral. Et de toutes façons le séjour sera court (intendance).

(3) J'ai trop de travail en ce moment, on restructure la maison d'édition, et autres variantes. D'où que par la suite j'ai cru qu'un de mes cousins et mon presque frère ne souhaitaient plus que l'on se voie ... alors qu'eux avaient vraiment tout simplement trop de travail et autres tracas. Et puis : je me demanderais toujours si Héloïse savait (si adorable envers moi quelques jours plus tôt, peut-être au courant de ce qui se tramait, peut-être pensant que l'homme n'avait pas été si lâche qu'il n'ait encore rien dit, who knows ?, en tout cas adorable et je lui en sais gré ; dans les moments où l'on se fait supprimer ne pas l'être par ricochets par tous, ça compte)


I should have read it before

Grâce au Bordel du vendredi, dont cette photo provient, j'ai enfin compris quelle avait été mon erreur. 

Capture d’écran 2013-12-20 à 08.38.54

 

I do miss John. Utterly.

(au delà de la plaisanterie, mon incapacité à faire quoi que ce soit intentionnellement, quand ceux que j'ai aimés étaient de ceux qui ne font rien sans une direction et ne séduisent pas sans au moins une petite idée derrière la tête, est sans doute la clef de mes chagrins ; une Bonne Mascotte, en apparence, ça ne sert à rien, ce n'est pas très joli, pas très fortuné, et ça n'appartient pas aux arcanes d'un pouvoir établi)


Des nouveaux usages nés des (et sur les) réseaux

 

Mon attention a été attirée ce matin par ce touite 

Capture d’écran 2013-12-19 à 11.08.24

Il a probablement été RT jusqu'à moi (que la F1 indiffère) par un de mes amis qui s'y intéresse. Peu me chaut la teneur de ce qui est relayé en photo (une question technique qui a dû sembler stratégique par après à celui qui la dévoilait et s'est empressé de l'effacer). Mais j'ai été intéressée par le procédé qui consiste à reprendre une info en sachant pertinemment que qui en est à l'origine regrette de l'avoir divulguée - j'ai choisi à dessein un exemple technique et d'une taille que je suppose illisible, il ne s'agit pas d'intérférer dans les vies privées -. C'est une loi de l'internet que chacun de nous un jour ou l'autre peu trouver un peu rude : tout ce que l'on y dépose peut être vu, lu, relayé. Et personne (je peux en témoigner, une fois et une seule en 10 ans d'internet et ça s'est tout de suite vu et su) n'est à l'abri d'un password fail sur un coin que l'on s'était volontairement créé privé. 

J'ai noté une montée récente des nuances entre comptes personnels et professionnels. Pour l'instant ça patauge un peu, mais d'ici quelques temps je pense qu'on sera tous plus ou moins dédoublés sur chacun des réseaux. Un compte d'accès restreint pour les proches, un autre pour collègues et connaissances. Pour l'instant ceux qui souhaitent utiliser FB pour usage perso pur en sont encore à s'en excuser gentiment - je viens de recevoir un message adorable -.

Sinon j'ignore si mon cas est général ou particulier mais ces derniers jours tout se passe comme si FB avait décoincé quelque choses : sont apparus tout soudain des "demandes d'ami" (une soixantaine, pas le temps d'aller y voir de près) et des poke (dont certains datant de + d'un an ! Je n'ose y répondre maintenant). J'ai eu le malheur du coup d'aller voir dans les suggestions d'amis pour tomber sur la femme pour laquelle en juin j'ai été quittée par un homme qui comptait beaucoup pour moi - robot irréprochable nous avons une centaine de connaissances communes, donc quand bien même il m'a désamitée (en fait je suis fort peu sur FB en vrai : j'ai l'onglet ouvert pour y balancer des articles et dépose des statuts sans forcément regarder ce qui s'y passe) il est logique qu'elle me soit proposée -. La vie moderne comporte de micro-violences là où on ne les attend pas.

Sur twitter par ailleurs, je crois que l'usage du #FF est en train de disparaître doucement. J'y participais peu car je trouve toute contrainte calendaire même sympathique, astreignante. 

Dans le même temps l'apparition des photos en mode imposé (comparativement à l'usage de twitpic que je persiste à préférer et qui permet de cliquer pour voir l'image uniquement si on le souhaite), conduit à certaines adaptations nécessaires. J'ai failli défollower un étudiant en médecine qui à l'heure du déjeuner (ah l'esprit potache) publiait la photo d'un sexe masculin (1) atteint de VPH (en fait c'était si spectaculaire que j'ai mis un temps avant de piger de quoi il s'agissait), mais après tout c'était instructif. Le fait de RT un touite comportant une image reproduit celle-ci à l'infini (ou quasi) d'où certains désagréments (2). Par exemple ce candidat d'extrême-droite au passé de manequin et obviously gay dont une photo sur laquelle il figure assez dévêtu a ainsi beaucoup circulé, pose lascive du type se tripotant le slip (de marque, ce qui n'est pas sans poser questions sur le côté marketing viral (mais pour quel effet ?)), jusqu'à susciter quelques (saines) réactions 

Capture d’écran 2013-12-20 à 16.55.29

 

 

Questions qui ne se posaient pas jusqu'à présent. 

 

 

On observe aussi des usages divergents entre qui considère twitter comme de l'éphémère où pioche qui veut et ceux qui remercient systématiquement pour un échange comme s'il s'agissait presque d'une correspondance privée. J'avoue ne pas avoir d'opinion tranchée, je m'efforce de moduler selon mes interlocuteurs, un peu comme dans les conversations de vive voix entre ceux qui préfèrent vouvoyer ou tutoyer. Et puis je n'ai pas toujours le temps matériel de suivre les réactions induites par ce que je partage ou publie. Le service après touite (ou statut sur FB, voire même après billet de blog car je n'ai pas toujours le temps d'y revenir commenter, répondre) n'est pas mon fort. Je suppose qu'on est très causants et courtois au début puis qu'à mesure que gonflent nos échanges et nos suivis et suiveurs on ne peut de toutes façons plus se permettre de répondre à chacun, ni remercier à tous les coups.

N'est pas sans m'amuser le fait que ce qui me plait (un monde mouvant, aux usages jamais figés) est précisément ce qui a rebuté certaines personnes surtout parmi celles de ma génération qui préféreraient savoir à quoi se conformer. 

  

 

(1) J'essaie que les copains qui me lisent du bureau puissent continuer ;-) 

 (2) Bizarrement plus fréquents que les ravissements ;-) .

addenda du 24/12/13 19:13 : Se pratique peut-être depuis un moment mais comme je ne suis sur les réseaux que d'une présence aussi clignotante qu'une lumière tournante de phare pour qui regarde de loin, j'avais manqué ceci : 

Capture d’écran 2013-12-24 à 19.11.22

Un touite qui dirige vers un touite qui dirige vers un autre touite (je n'ai pas pris la peine de remonter toute la chaîne) #espritpotachedeNoël ?

 


Service dégradé à la poste (et sans issue ô Père Ubu)

(essai en Times New Roman 12pt)


Jusqu'à ces derniers mois nous étions sans doute privilégiés dans ce quartier de Clichy : le facteur chargé des paquets nous les livrait vraiment, au besoin en demandant quelque service au voisinage, ça fonctionnait bien.

Depuis novembre (ou peut-être avant mais je ne reçois pas non plus des paquets chaque matin), le service s'est dégradé. 

 

J'ai eu droit au type qui sonne à ma porte et s'apprête à me remettre un colis qui n'était pas pour moi - nous habitons en appartement il y a un interphone - heureusement je jette un coup d'œil au nom sur l'emballage, je dis Je ne crois pas que ça soit pour moi, le gars, presque agressif, - Ben ce n'est pas vous qui m'avez ouvert en bas ? Je réponds que Non (parce que non). 

Heureusement le voisin concerné qui de son côté devait s'étonner d'avoir ouvert sans suite, s'est manifesté et a récupéré son paquet. Le livreur hasardeux n'a pas même présenté d'excuses. Le voisin lui aussi était un brin interloqué.

Puis trois fois en une semaine, j'ai eu droit à la version : On glisse un avis de passage sans prendre la peine de vérifier au préalable que la personne est là. 

Je sais par écho d'amis que c'est devenu fréquent à Paris. Jusqu'à présent nous étions épargnés. Je suppose qu'on demande aux livreurs un rendemment, et qu'ils tentent leur chance de gagner ainsi du temps en espérant que la plupart des gens se contenteront de passer à la poste le lendemain soir chercher leur objet.

Le problème supplémentaire, en plus de celui d'avoir à se déplacer, est que la poste dont je dépends est du même type que celle que Grand Corps Malade évoquait dans Saint-Denis.

Sur les avis de passage de la fournée du jour je vois qu'il est possible de demander une nouvelle livraison à domicile. Je reprends espoir d'éviter d'avoir à me déplacer pour compenser le manque de conscience professionnel de quelqu'un.

PC177938

 

Je tente donc ma chance. Nouveau dysfonctionnement : le mail d'activation de l'espace client pour une adresse @orange.fr se perd quelque part. Je refais une tentative par mon adresse gmail de secours. Qui passe. 

Après avoir rempli un certain nombre de cases tout en espérant que ça ne servira pas à filer mes coordonnées à toutes sortes de spammeurs publicitaires, j'accède au formulaire qui devrait me permettre de demander une nouvelle présentation des objets retardés. Hélas il faut en zone obligatoire remplir un "numéro d'objet". Lequel sur les avis de passage dont je dispose n'a pas été complété.

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Je vois qu'on peut éventuellement obtenir de l'assistance en appelant au 3631. Je tente à nouveau ma chance. Mais tombe sur quelqu'un qui visiblement déroule de façon mécanique un questionnaire pré-établi. Et avec mes numéros manquants je ne tombe pas dans les clous, d'où que mon interlocutrice tente de me renvoyer vers l'internet (1). Quand je lui explique que j'en viens elle me dit alors de rechercher le numéro de colissimo là où j'avais passé commande.

J'ai pris congé avant de m'énerver sur quelqu'un qui n'y était pour rien (2).

Parce que le hic, c'est que si l'un des avis correspond probablement à un livre d'occasion que j'ai commandé auprès d'un vendeur particulier chez Price Minister (d'où que si je dois chercher un numéro de colis il faudra que je le contacte et qu'il soit présent pour me répondre rapidement, ce qui n'est pas gagné), l'autre, j'ignore ce que c'est. Soit un(e) ami(e) qui m'envoi(e) quelque chose en retard d'anniversaire, en avance de fêtes ou juste comme ça, soit une maison d'édition qui m'envoie un SP - même si je suis entre deux jobs, certaines ne m'ont pas (déjà) oubliée -. Bref, je ne vois pas auprès de qui je pourrais quérir l'info sans laquelle apparemment rien ne peut être fait. Bien évidemment l'avis de passage ne mentionne nul part l'identité de l'expéditeur (ce serait trop facile).

Je vais donc demain soir devoir perdre une fois de plus mon temps à la poste locale. J'aimerais bien être défrayée des quarts d'heures perdus en bons pour des frais d'envois (2) ultérieurs. Ça me semblerait assez logique et équitable.

Avec une pensée émue pour les personnes qui se heurtent à la même succession de dysfonctionnements que moi et ont en plus le malheur d'avoir du mal à se déplacer. Ou d'avoir un bébé qu'il faut emmailloter puis installer dans une poussette et tout ce genre de complication. Au moins je peux passer chercher mes paquets sans problème matériel (3). 

Et puis cette tristesse sans doute un peu vieille école mais néanmoins : nous voilà donc dans un monde où il n'est plus envisagé qu'une personne envoie un colis à une autre, pour lui faire une surprise, juste comme ça, pour le bonheur du partage, sans lui avoir au préalable communiqué au moins un code sur 13 caractères. Un monde où l'on présuppose que tout paquet qu'un individu reçoit chez lui correspond à une commande. Et même si personnellement en pratique ça ne me dérange pas, mais je pense aux plus âgés et aux moins équipés, un monde où sans accès à l'internet tu ne pourras bientôt plus recevoir ton courrier.

 

(1) En plus que c'est moi qui lui apprend que sur les nouveaux (?) avis de passage la mention est faite d'une possiblité de nouvelle présentation de l'objet le lendemain. Visiblement la formation des télé-opérateurs n'est pas tout à fait à jour.

(2) Quoique peu habile ou mal guidée : question posée (sans doute parce que c'était dans sa grille mais les opérateurs sont-ils obligés de la suivre de façon extra-mécanique ?) "Est-ce qu'il y a les noms sur l'interphone ?".

(2) Il m'arrive aussi d'être expéditrice.

(3) En espérant que celui des deux envois dont j'ignore la teneur n'est ni très lourd ni volumineux. 

PS : Du coup si l'un d'entre vous m'a envoyé quelque chose et s'étonne que je ne l'aie pas encore remercié, qu'il ou elle n'hésite pas à me contacter. C'est peut-être son paquet qui est en souffrance (et un numéro de suivi colissimo aiderait).

PS' : Le type de dysfonctionnement dont pour sortir il faudrait être à même de fournir une information qui nous est inconnue précisément par suite que ça dysfonctionne n'est pas sans me rappeler une mésaventure téléphonique et de connexion subie presque huit ans plus tôt. Pour avoir l'info cruciale qui débloquerait sa situation, l'usager se retrouve sommé de s'adresser à quelqu'un ou quelque société dont il ignore l'identité du fait même du problème qui l'amène (et sans pouvoir non plus obtenir celle-ci à moins de disposer d'une boule de crystal ultra-performante).

PS" : Par le passé j'ai eu droit deux fois à des objets retournés à l'envoyeur parce que non réclamés, et pour cause : j'ignorais qu'ils m'avaient été proposés, pas de sonnerie du livreur, et pas même d'avis. Je peux donc probablement m'estimer chanceuse pour cette fois, puisqu'il me reste une probabilité non nulle de récupérer mes courriers demain en fin de journée.


Dopo Pasolini

 

C'était une expo à laquelle j'hésitais à aller, Pasolini à la cinémathèque. Cet homme dont curieusement je ne connais pas toute l'œuvre, mais parce qu'un peu comme pour Virginia Woolf, je ne peux l'aborder que sur la pointe des pieds à cause des échos hurlants, et pas seulement son travail mais sa vie me touchent trop. Quand je suis en période fragile, je dois m'en tenir à distance respectueuse, ou n'aborder qu'à petite dose.

Et puis j'ai reçu une invitation en tant qu'abonnée au Monde Interactif comme ils disent.

Ce n'était pas refusable.

J'ai passé un excellent moment d'autant plus que la visite était guidée et notre guide très intéressante. Elle est même parvenue à m'apprendre quelques choses que j'ignorais. 

Et puis je n'étais pas seule et même si celui qui m'accompagnait était porteur de nouvelles le concernant mitigées, c'était bon d'être deux.

Mais à présent au calme de la maisonnée où je reste la seule à veiller, les larmes sont les plus fortes. Je reste en colère et en deuil de la mort prématurée de celui qui avait encore tant à nous apporter. Plus que jamais cette phrase en tête "Nous avons tué le messager".

Et ces images poignantes de l'homme en pleine forme physique qui joue au foot et plutôt bien, à peine quelques temps avant. Images dont j'ignorais qu'elles servirent (mais en vain) au procés de son trop facile assassin, lequel pris plus tard pour plus long de prison d'avoir volé une Rolex que d'avoir (prétendument ?) occis un de nos frères prophétiques.

Il y a cette photo de Dino Pedriali que je ne parviens pour l'instant pas à retrouver parmi celles qui sont le plus souvent reprises : une chaise vide, dos à nous, au premier plan, sur laquelle la lumière fait quelques gammes, et à la table floue et flou Pasolini lisant (ou relisant, ou écrivant). Rien qu'y repenser me remet à pleurer. 

Il y a ce que je ne comprends pas et perçois, à défaut d'en savoir plus, comme une bravade inutile et dangereuse : si l'on doit dénoncer quelque chose de politiquement brûlant il faut le faire d'un seul coup et non pas, surtout pas, dire J'ai les noms, je les dirai. Après être éliminé.

Il y a sur ce film (une interview je crois, un documentaire) de 1974 son regard de qui a aimé et s'est fait quitter et ne s'en remet pas. Alors on s'intéresse d'autant plus à la marche du monde, n'est-ce pas ?

Peut-être au fond que je n'ai pas rêvé, que quelque chose de cet ordre s'est joué, qu'après tout.

Ce qui doit rester : l'éloge funèbre crié par Moravia, que sinon il pleurerait, son apreté désespérée. Et que c'est le poète qu'il salue en dernier. La poèsie prédomine. Sa rareté.

J'avais douze ans et le temps presse.

*        *        *

 

Pour ne pas achever une bonne journée sur de sombres pensées qui ne vont rien changer, j'écoute London Grammar, ma découverte du jour, une chanteuse dont je trouve la coiffure désespérante mais subis le charme de la voix. Mais celle de Moravia s'y surimpressionne. E di poeta non ci sono tanti nel mondo.

 

 


Billet spécial nouveaux-nés (pour Couac)

    

Ce qui suit est une réponse à Couac qui posait à la cantonade ces questions sur ce billet. Afin de faire les réponses les plus directes possibles (la première chose qui nous vient à l'esprit et qui vaut parfois mieux que si longuement on réfléchit), je n'ai pas lus les commentaires en cours chez elle.

Par ailleurs je tiens à préciser que mon expérience de mère de tout-petits a pour la plus récente 18 ans d'âge. Entre temps il n'est pas tout à fait exclu que l'on ait fait, en matériel et produits, des progrés.

 

Adeline et Jean-François_avril 19901 - Vous avez déjà rencontré un bébé inendormable ailleurs que dans des bras ou contre un sein. Quel a été LE truc (ou LES trucs, c'est encore mieux ;-) qui a marché pour l'endormir efficacement ?

Oui, ma fille. Et en dessous d'un certain âge un bébé qui ne dort pas, n'a plus faim, n'a pas besoin d'être changé, que fait-il ? il pleure même s'il va bien. Donc le premier travail de parent est d'intégrer dans son cas la donnée que pleurs n'est pas systématiquement synonyme que ça ne va pas.
Deux choses furent efficaces :
- arpenter l'appartement avec elle dans les bras en lui chantant des berceuses. J'avais acheté un grand livre de vieilles chansons (Le P'tit Quinquin, la Mère Michèle, Cadet Rousselle, Polichinelle ...) avec toutes les paroles et un peu de partitions pour me remémorer les airs et hop. Je les déroulais dans l'ordre histoire de ne pas trop m'ennuyer et les ai vite sue entièrement par cœur.

Attention aux effets secondaires : plus tard, ayant pris goût, je n'ai pas pu m'empêcher de m'inscrire à une chorale.

- mettre l'enfant dans son landau (c'était un à l'ancienne où le bébé est allongé) et marcher marcher marcher (mais bon elle est née en avril, la saison s'y prêtait)

Son frère s'endormait très vite, gazouillait un peu, je lui causais doucement et hop, le tour était joué.  


2 - Pensez-vous, comme on vous l'explique à la maternité, qu'il faut être à l'affut des mouvements de succion de son bébé pour lui donner à manger avant qu'il pleure, ou bien êtes-vous partisan d'attendre qu'il vous signifie clairement sa faim en pleurant ?

Euh, ça me paraît bizarre leur histoire : la plupart des bébé font les mouvements de succion dans leur sommeil ce n'est pas pour autant qu'ils sont au bord d'avoir faim. Ils sont peut-être simplement en train de faire un beau rêve de biberon ou de sein (alimentaire). En revanche, ne pas les laisser pleurer longtemps lorsqu'ils expriment leur appétit. 

2 bis - Vous êtes vraiment pro allaitement à la demande ou bien vous pensez qu'il faut toujours attendre minimum deux heures entre deux tétées ?

Au début à la demande. Au bout d'environ un mois, un mois et demi lorsqu'on capte qu'un rythme pourrait se dessiner, qu'on voit en particulier la nuit qu'un peu d'espacement pourrait s'installer, je ne pense pas que c'est être un mauvais parent que de faire attendre un peu l'enfant (s'il va tout bien, bien sûr). Ne serait-ce que parce qu'éventuellement il y a d'autres que lui dans la maison dont on doit s'occuper ou qu'il faut prévoir la reprise du travail et le rythme que l'extérieur impose. À un moment, plus tard, un rythme s'installe de façon assez harmonieuse : un repas tôt le matin, redormir dans la matinée, un repas en fin de matinée, une sieste, un repas vers l'heure du goûter, un moment de veille généralement soutenu et un autre repas en soirée. Pour les gloutons éventuellement un nouveau petit coup de lait autour de minuit.


3 - Que pensez-vous du sérum physiologique ? Avez-vous l'habitude d'en asperger l'intérieur du nez de votre bébé tous les jours (comme indiqué à la maternité) ?

Les premiers 15 jours et après seulement si le bébé paraît encombré, nez qui coulotte tout ça.


4 - Tous les combien de temps lavez-vous votre bébé ?

On a longtemps tourné à un bain par jour, le soir car il y a une phase entre un et trois mois pendant laquelle les enfants entre 18 et 21 heures pleurent facilement. Or les deux miens étaient du style que le bain appaisait. Ne pas se laisser intimider par des pleurs les tout premiers temps, il peut venir en quelques jours un moment où au contraire on voit que le tout-petit y prend goûts. 

Le matin : petit débarbouillage sommaire sans quitter la table à langer.



5 - Vous êtes plutôt liniement, eau + savon ou produit plus "élaboré" genre Moustello ?

C'était un savon doux pour bébé assez basique. Le fiston ayant la peau sèche, je le tartinais de Topicrem ultra hydratante (qui existe encore il m'arrive d'en utiliser pour moi encore aujourd'hui). Globalement j'ai le sentiment qu'il ne faut pas trop décaper ni mettre de trucs si l'on veut que la peau s'habitue à faire son boulot de peau.


6 - Quels vaccins avez-vous choisi de faire faire à votre enfant ?

Tous ceux qui étaient en vigueur à l'époque (je crois qu'entre temps les choses ont changé pour l'hépatite B). Je partais du principe que la maladie à éviter était plus grave que les effets secondaires potentiels risqués uniquement dans certains cas, alors que la protection du vaccin était, elle, considérée comme fiable à tous les coups. 

7 - Avez-vous une idée de pourquoi un bébé vomit un peu après ses repas, et de comment lui éviter ça ?

C'est assez fréquent, je suppose un phénomène de trop-plein. Ma fille y était sujette, pendant le premier mois. Son frère, non. On peut utiliser une couche en tissus pour mettre par dessus nos vêtements quand on porte l'enfant juste après qu'il a mangé ou pour faire son rot. Et éviter quelques temps de porter ce merveilleux pull angora qui est si fragile et ne se lave qu'avec précautions ;-) . 

Ce n'est inquiétant que si vraiment l'essentiel des repas repart et que l'enfant ne prend plus de poids. Sinon ça fait partie des étapes dont on est contents lorsqu'elles sont passées.


8 - Avez-vous cédé à l'appel de la "tututte", "tétine" ? N'avez-vous pas peur de l'effet "bouchon" (tu pleures, j'te bouche) ? Comment et au bout de combien de temps d'utilisation vous en êtes-vous débarassé ensuite ?

Ils ont succé leur pouce ce qui simplifiait la question. La tétine est venue plus tard quand ils sont commencé même maladroitement à pouvoir la dégager de leur bouche s'ils voulaient. Sinon il y a eu une tétine de secours pour les déplacements par exemple salle d'attendre de médecin et qu'on n'a pas envie d'être ceux qui emmerdent le monde entier parce que bébé trouve qu'il y a là un bel écho pour brailler. Non mais. 

À la maison, utilisée assez peu, ou plus grands quand eux-mêmes se la mettaient. En fait c'est eux (mais déjà d'âge de saisir les choses, bouger, marcher) qui s'en sont débarrassés.


9 - Avez-vous déjà rencontré un bébé s'endormant au sein avant d'être rassasié, de bien-être ? Si oui, quelle a été la solution pour le réveiller en douceur et qu'il continue son repas ? Quelle a été la solution pour savoir si il était rassasié ou pas (les livres disent qu'un bébé qui s'endort au sein est repu - notre bébé prouve que c'est faux) ?

Bien sûr, pour le fiston presque à tous les coups. Pourquoi diable faudrait-il qu'il termine puisque s'il dort c'est qu'il a son comptant. De toutes façons se réveillent généralement au moment où l'on estime avoir suffisamment attendu un réveil éventuel pour les porter dans leur berceau et n'hésitent pas les bougres, à réclamer du rab à ce moment là. Pfffff.

J'ai un peu tendance à penser (mais c'est seulement d'expérience, je n'ai pas d'autre expertise) qu'un bébé pour lequel le sommeil est plus fort que la faim c'est que la faim peut attendre. Après, s'il ne fait que dormir et trop peu manger, c'est peut-être signe d'un problème inhabituel à détecter. 

Un des trucs qui aide beaucoup c'est de trouver assez vite, si on avait pas déjà un bon vieux médecin que l'on connaît bien, soit un généraliste qui apprécie de s'occuper des petits, soit un pédiatre pragmatique en qui l'on a confiance et ne pas hésiter ensuite à le ou la consulter en cas de doutes.


10 - Vous a-t-il semblé facile et tout naturel de sortir de chez vous avec votre bébé, au départ ? N'avez-vous pas trouvé ça angoissant ? (angoisse qu'il veuille manger alors que vous marchez dans une rue longue comme un bras, sans banc, sous la pluie, par exemple)

Non, pas d'angoisse, mais j'évitais dans les débuts de faire des tours trop grands. Et puis quand ils manifestaient de manger je prenais le chemin de la maison, ils peuvent attendre un peu, généralement. Surtout si un mouvement les berce. 

Mes deux enfants sont de printemps donc j'avoue ne rien savoir quant à la question du froid vif sur des tout-petits même bien emballés. J'aurais sans doute beaucoup plus hésité à les sortir si l'on avait été en décembre, janvier ou février.

Ma peur en revanche était celle d'une chute éventuelle (j'ai une tension très basse suis sujettes aux malaises) ce qui fait que je ne suis jamais sortie sans le bébé au moins dans un porte-bébé afin d'éviter tout risque de le lâcher et qu'en plus c'était pour lui une protection en cas de quoi que ce soit. Je ne suis jamais sortie dans la rue avec le bébé simplement dans les bras.


11 - Quelles ont été vos premières sorties ?

Aller à la pharmacie ! (grand classique).
Sinon comme sortie simplement "pour prendre l'air" : l'un ou l'autre square, endroit avec des arbres, pas trop attaqué par la pollution visible de la circulation. À Bruxelles avec tous les parcs merveilleux ça peut être chouette. 

 

PS : Sinon un truc qui m'a infiniment facilité la vie fut d'allaiter allongée. On n'y pense pas forcément mais c'est de très loin le plus confortable pour la mère c'est certain, pour l'enfant ça avait l'air (avec un oreiller assez plat, histoire de se caler mais qu'il y ait ce qu'il faut comme pente pour que le liquide suive son chemin).

PS' : Je n'ai rien à dire sur l'écharpe qui n'était pas encore en usage sous nos lattitudes. En revanche nous avions un porte-bébé en tissus, pas trop rigide, avec le bébé vers soi (je trouve horribles ceux qui mettent la tête du bébé vers l'extérieur, quand les premiers temps ils ne cherchent qu'à se pelotonner au chaud contre vous), ce qui faisait presque un équivalent. Et c'était pratique de l'accrocher et d'y glisser l'enfant.

 

[photo : avril 1990 ; au tout début ça n'est pas toujours si facile]

addenda du 20/12/13 : C'est une réclame pour une boisson que je n'aime pas (au point d'avoir oublié le goût qu'elle a et que, contrairement au Dubonnet, ça ne me manque pas), mais je la trouve très exactement ça sur le bonheur et la calamité qu'il y a à être parents :

pub argentine du Coca 


Est-ce un hasard de casting ? (dézingages en règle avant séparations)

(billet hétéronormé, sorry, et monogamique parce que pour l'instant encore la plupart des gens prétendent l'être)

 

Je suis frappée ces temps-ci, sans doute parce que je vois un de plus de mes bons amis sombrer à son tour dans un amour fou, quand je dis sombrer c'est parce que ça ne semble pas merveilleusement l'aider ni le rendre heureux et que ce que je sais de sa femme qu'il s'apprête probablement à quitter si ce n'est déjà fait, me laisse entrevoir une de ces séparations dramatiques qui laisse tout le monde cassé ; toutes les femmes ne se laissent pas mettre à la poubelle avec autant de facilité que je ne le fais. D'autant plus par ailleurs que rien n'indique pour l'instant qu'il y ait dans la toute nouvelle histoire grande réciprocité d'intensité. D'où que je pressens un retour sur terre en forme de dangereux atterrissage forcé. Mais bon, voilà.

Je suis frappée, donc, par la capacité qu'ont certains hommes à parer la femme qu'ils aiment des plus merveilleuses qualités, y compris alors qu'ils vivent avec elle, par exemple ce camarade qui fait partie de ceux qui sur leur compagne m'en ont tant dit (1) et de changer d'avis soudain par une rencontre, radicalement, d'un seul coup. Vlan. Comme s'il fallait nécessairement enfoncer l'ancienne pour faire place à l'excès d'aveuglement quant à la nouvelle partenaire. La réalité étant, qui qu'ils soient tous, à mi chemin de tout ça, personne n'étant ni si bien, ni si beau, ni si nul, ni si moche que ça. Avec une sorte de corollaire concernant les enfants, dont le père jusque-là si soucieux, qui en parlait beaucoup et avec lequel vous échangiez expériences et petits conseils avec une sorte d'égalité de soucis parental, qui d'un seul coup semblent n'exister plus que très loin. Tu t'en rends compte en revoyant le tout nouvel amoureux qui t'avait la fois d'avant longuement parlé des difficultés de son cadet quant à l'apprentissage de la lecture, et que tu demandes : - Au fait ton petit Nathan, ça s'est arrangé ? Et que le père, perplexe, ne se souvient plus même de quoi il s'agissait.

C'est sans doute un hasard de composition de mon entourage amical, il se trouve que je n'ai jamais constaté ce même phénomène chez les amies. Sans doute aussi parce que je n'ai jamais croisé la configuration parfaitement symétrique : celles qui ont quitté leur compagnon pour un autre homme ne l'ont pas fait sans un long préalable de vie décevante. Ce qui fait que le nouvel arrivant comblait un vide sexuel et affectif, ou du moins n'arrivait pas sur fond d'un état que l'on présentait aux autres comme idyllique. Ensuite l'emballement, quand il finit par avoir le dessus, est lent - il n'en est pas moins fort, mais moins fou -. Et qui exclut moins immédiatement de la vie de tous les jours le cercle amical. Le souci des enfants quand ils sont encore petits est souvent si constant et présent qu'il mène parfois au choix de rester avec leur père et d'ailleurs la période de transition, de douloureuse hésitation, s'accompagne souvent d'une surrenchère d'attention envers eux comme pour compenser une culpabilité. Gamins méfiez-vous, si votre mère jusque-là assez cool se met à être sur votre dos tout le temps et vous proposer des tas de trucs à faire ensemble, c'est peut-être qu'elle s'apprête à partir.

À force de ne constater aucune que très peu d'exceptions (2) à ces façons de réagir, je pense que ce sont mes fréquentations qui sont sélectives, mes amies sans doute un peu plus le même type de femmes que leur diversité d'aptitudes, d'âges, de milieu social et de métiers ne me l'aurait laissé supposer et mes amis sans doute un peu tous le même genre de gars, même si à première vue ils ne se ressemblent pas. Je ne fréquente presque que des personnes qui savent se passionner et donc leurs amours sont logiquement de fortes intensités. La réalité de ce comportement de déification / dénigrement ultra-rapide n'est probablement pas si distincte d'un sexe à l'autre.

 

Il n'empêche que ce phénomènes de violentes volte-faces, un jour quelqu'un dont on parle en la mettant sur un piédestal, une quinzaine plus tard la même personne que l'on met plus bas que terre alors qu'elle n'a rien fait de particulier entre-temps si ce n'est (parfois sans encore le savoir) d'être passé du rôle de bien-aimée à celui de celle qui va être quittée pour une autre qui vient de s'attraper d'un seul coup toutes les qualités, me laissent perplexe et très mal à l'aise. Pourquoi ceux qui le font ne peuvent-ils pas accueillir les nouvelles émotions sans renier celles d'avant ? Pourquoi sont-ils à ce point incapables de reconnaître que ce sont eux qui ont changé de focale ? Pourquoi ne pas simplement (s')avouer, Je n'en savais rien mais je m'ennuyais (et la nouvelle rencontre relance mon existence qui s'étiolait) ? Pourquoi cette sorte d'obligation de détruire à l'heure d'avancer ? Ce besoin qui semble pour certains quasiment organique, que ça soit tout ou rien ?

Peut-être parce que je traverse de mon côté des mois difficiles par certain côté et que je suis de celles que l'on quitte, ou parce que j'ai eu plusieurs exemples assez proches récents qui se sont cumulés (3), j'éprouve une certaine lassitude et quelque chose comme une déception à l'encontre de ce que je ressens comme un manque de respect à l'égard de personnes qui ont forcément leurs défauts mais qui à un moment donné et souvent pendant plusieurs années ont beaucoup donné. 

Sans compter que je trouve terriblement flippant la conscience que des mots si tendres et doux et réconfortants qui m'ont été adressés n'ont en fait qu'une validité du temps de tourner la tête vers la passante d'après. Should it so much be for everybody the same way ?

 

 

(1) Après, si l'on est concernée que de loin et pas tentée par l'amour avec celui-là, c'est tout simplement amusant au jour d'une rencontre et de présentation de confronter l'illusion construite et la réalité. Je ne parle pas physiquement, il y a grosse lurette que j'ai compris que certains états hormonaux ou assimilés mettaient sur le nez des amoureux (de tous genres) des lunettes aux verres déformants (cf. un gag récent dit de "la belle italienne" (comprenne qui pourra) ; tant que ça ne reste qu'un gag). Je parle de la discordance entre la personnalité perçue par l'homme amoureux et la personne réelle vu par quelqu'un de neutre.

(2) Si, une deux (à la réflexion).

(3) Ça compte, c'est évident. Ce moment où devant une bière paisiblement partagée et venant d'écouter le 3ème de la saison tu as envie de t'écrier, Ah non, pas toi aussi ! Or, qui tu as en face de toi ignore tout des autres, que la plupart du temps il ne connaît même pas, et de l'absence déplorable d'originalité de son cas. 


Tu sais que tu es vieille

 

C'est une amie qui postait ce matin un statut évoquant une session de formation qu'elle a effectuée toute une journée pour enseigner semble-t-il en milieu militaire ou carcéral ou quelque chose de ce genre, puisqu'elle parle d'"une horde de mecs dans la force de l'âge enfermés depuis des mois", signale que "pas un ne moufte" et en conclut qu'elle est "définitivement vieille".

Nous avons à peu de choses près le même âge elle et moi.

Ça m'a sans doute trotté dans la tête tout au long de la journée, mais comme pour moi elle fut belle, active, que j'y ai à nouveau croisé un homme que je pourrais aimer (1), que j'ai eu deux impromptus très chouettes, que j'ai fait ce que j'aime, ça aurait plutôt été pour me dire, Allons bon pas tant que ça.

Et puis au soir j'ai voulu, présomptueuse, finir par un concert dont j'attendais trop. Et pas du tout les conditions d'écoute que l'on nous réservait : debouts, tassés dans une petite salle (privatisée) enfumée. Je ne suis pas partie parce que je n'aimais pas la musique, je suis partie parce que tout simplement je ne pouvais pas tenir ainsi plus longtemps. Autour de nous que des personnes jeunes qui ne semblaient pas même être conscientes qu'elles fournissaient physiquement un effort.

D'où ce billet.

 

*        *        *

 

Tu sais que tu es vieille quand :

 

- une succession de petits dysfonctionnements physiques obèrent ta pratique sportive pourtant mesurée et régulière : un genou fait souffrir, plus tard une hanche, une épaule s'endolorise de tendinite, un dos te rappelle son existence vertébrale ;

- un homme te fait la cour élégamment pendant des mois pour t'écrire in fine que tu ne l'attires pas, mais que (trop content de t'avoir séduite) il tient beaucoup à toi ; que comme il est ton aîné d'une dizaine d'années tu le trouves crédible lorsque plus tard il te confie que l'amour c'est fini pour lui (mais qu'à toi il tient tant) et pitoyable quand il te quitte pour une femme qui correspond à son cahier des charges sexuel, (devenu) si restrictif, qu'il t'avait un jour détaillé comme pour s'excuser. Plus jeunes : je n'aurais pas été à ce point peu attirante, ni lui très vraisemblable en malheureux impuissant.

- tu sais toi aussi enfin écrire des déclarations d'amour. Plus personne hélas n'éprouve l'envie d'en être le destinataire ;

- tu lis des entrefilets sur des sites d'infos sans plus savoir s'il s'agit de canulars ou de la réalité. Comme si ton filtre à second degré par rapport aux monde présent était périmé ;

- tu ne te souviens plus comment c'était la dernière fois. Et il semble de plus en plus probable que cette dernière fois soit LA dernière fois ;

- tu ne te souviens plus du goût de certaines boissons ou aliments, ni de si tu as vu ou lu certains livres ou films ou vu ou écouté certaines musiques ou opéra.  

- tu es allée au moins une fois à un concert de Madonna qui ne coûtait pas cher et qui durait longtemps.

- tu quittes un concert non pas à cause de la musique, même si elle te déçoit un peu, qu'à cause des conditions d'y assister, debout, pressée, enfumée dans un lieu exigu : tu as beau être une non-fumeuse tolérante et sans problème avéré de respiration, tu ne tiens plus le coup. Tu sais pour l'avoir vécu sans trop t'en tracasser (2) 20 ou 25 ans plus tôt que c'est toi qui n'es plus apte.

- tu sais qu'il est inutile pour le genre d'emploi que tu cherches d'envoyer à de purs inconnus ton CV : même s'il n'y est pas inscrit ton âge s'y devine, et personne sans t'avoir vue, avec un corps malgré tout encore solide et cette énergie que t'accorde la passion, ne songera à t'appeler, même si tu es à 17 ans d'être théoriquement retraitée (3). 

- tu aimes lire. Même sur du papier.

- tu utilises parfois pour les mots une orthographe qui fait croire aux autres (4) que tu as fait une faute. Ce n'est pas sauvagement la clef du succès.

- tu traverses toujours dans les clous.

- tu préfères cuisiner au gaz.

- tu as connu en France le lait pasteurisé vendu en berlingots (lesquels ont perduré pour les mini-berlingots de lait concentré sucré). En fait j'aimerais savoir quels objectifs ou contrainte (ou au contraire absence de) avaient conduits à une forme si curieuse et peu favorable au stockage familial (pour le stockage en nombre, je vois).

- tu sens que ça surprend tes interlocuteurs si tu emploies certaines expressions. Il est très apprécié que tu les comprennes mais ça passe pas crème quand toi tu les dis. Une sorte de bienséance tacite de confort mental de ceux qui t'écoute requiert désormais que ton chant lexical soit délicatement désuet.

- il en est de même de l'habillement, mais comme tu as toute ta vie durant méprisé les modes et que tu rentres toujours dans tes vieux vêtements, tu as décidé de ne tenir aucun compte - sauf pour un rôle ou éventuellement un entretien d'embauche dans un quartier chic - des étiquettes générationnelles. Ton n'importe quoi est parfaitement assumé. Mais tu sens bien que parfois on te regarde bizarrement. Avantage : en usant tes fringues d'antan tu te retrouves parfois involontairement à la pointe d'une tendance renaissante. Et à peu de frais.

- tu n'es à l'inverse pas toujours immédiatement comprise lorsque tu emploies des expressions idiomatiques ou dérivées de dictons qui pour toi sont encore courantes. Tu sens que séparer le bon grain de l'ivraie a pris pour les moins de vingt ans un tour très abstrait. Et te demandes un peu par quelle magie "décrocher le téléphone" fait pour eux toujours sens. Le fin du fin du marquage de passage de cap est lorsque les jeunes utilisent des locutions que ton propre daron employait mais pas toi parce qu'elles étaient alors périmées. Ce qui signifie que tu as survécu à un cycle lexiqual complet.

- les nouveaux-nés dans leur façons d'être mis au berceau ont eux aussi effectué un tour complet voire un tour et demi (de ton temps on recommandait de les coucher sur le dos, puis sur le côté, puis sur le ventre, puis sur le dos et à nouveau sur le côté). Et tu es assez âgée pour savoir que ledit bébé s'en fout royalement qu'à part aux tout premiers temps de sa vie sur terre, les parents retrouveront dans des tas de positions parfois fort éloignées des recommandations académiques du moment.

- ton prénom n'est plus porté par aucun enfant de moins de 12 ans ou au contraire tu n'arrêtes plus de te retourner en croyant que l'on t'a hélé, surtout en traversant les squares pourvus d'une aire de jeux.

- les clubs de gymnastiques tentent d'ératiquer de leurs grilles les cours qui correspondent au type de danse, assez exigeant, que tu as toujours pratiqué.

- tu as vu à la télé en direct le premier homme qui marchait sur la lune. Et tu t'en souviens.

- il ne serait pas si surprenant ni choquant que tu sois déjà morte ; et qu'une biographie serait (déjà) garnie.

- tu n'as ni tatouage, ni piercing, seulement les cicatrices que la vie gratuitement t'a fournies.

- tu refuses obstinément de porter des vêtements avec en gros un nom de marque dessus (à moins que ladite marque ne te paie très cher pour servir de femme-sandwich)

- tu vois bien que ça surprend les autres que tu saches utiliser certains trucs
(et parfois mieux qu'eux).

- tu oublies de rappeler ta mère.

- le pharmacien retient une question quand tu lui présentes ton ordonnance pour la pillule contraceptive. Au point que tu aurais presque envie si tu te sentais plus en forme de lui demander avec le plus grand sérieux un test de grossesse (5).

- sans manger tant que ça, ni attendre d'enfant, tu prends du bedon.

- le lait hydratant que tu utilises depuis le siècle dernier ne sera bientôt plus produit. Plus personne ne l'utilisait, te dira sérieusement la vendeuse sans même songer que puisque tu le demandes toi si.

- ton besoin de chaleur devient pénible aux autres qui baissent les radiateurs dès que tu t'absentes - qu'ils aient trop chaud ou un souci d'économie plus fort que toi -. variante : la fenêtre des toilettes qu'il t'est pénible en hiver de trouver ouverte quand tu souhaites faire usage des lieux.

- celui qui dit t'aimer ne sait plus trop comment te le prouver (mais qui pourrait commencer par penser à remettre plus fort le chauffage avant ton retour ; ce serait cool hot).

- tu éprouves, à part l'été, le besoin de le laver les mains à l'eau chaude.

- tu as des bouffées d'enfance (6), au cours desquelles oubliant que ta carcasse ne présente plus tout à fait les mêmes caractéristiques qu'autrefois tu effectues des gestes hier encore anodins, qu'aujourd'hui elle ne supporte plus. En particulier tu oublies qu'il te faut mettre deux fois plus d'énergie pour obtenir une hauteur équivallente de saut par rapport à ta décennie précédente.

- pour peu que vous ayez des âges voisins, les hommes de ta vie n'ignorent rien des effets secondaires du viagra et il leur arrive par ailleurs d'avoir des envies urinaires aussi pressantes que celles que t'ont faites éprouver les grossesses. Tu as beau te dire, après tout chacun son tour, ça te rend triste, mais triste. Et tu fais preuve de l'indulgence que tu eusses aimé qu'on t'accordât.

- tu emploies à l'écrit, si tu ne te surveilles pas, des verbes au passé simple, voire au subjonctif imparfait. 

- tu as appris l'allemand au collège public parce qu'alors c'était courant (et l'allemand et d'être "dans le public"), participé à un échange dans le cadre d'un jumellage et retrouvé via facemuche 35 ans plus tard la trace de ton ancienne corres. (ce qui blague à part t'a fait rudement plaisir car vous vous étiez perdues de vue par effet des vies de jeunes adultes trop remplies et que vous aimeriez vous revoir).

- au fond de toi le retour prématuré d'une soirée prometteuse, par exemple à cause d'un concert inconfortable, est correctement consolé (du moins l'hiver) par la perspective de retrouver plus tôt et ton lit et ta couette pour y lire ou dormir.

- ta seule ambition à partir de novembre est de survivre jusqu'au printemps.
(et qu'au printemps tu tombes au désespoir parce que tout le monde se (re)met à être amoureux mais que tu restes hors jeu(x) même si on t'accorde parfois un strapontin au banc des remplaçantes).

- tu peux dire sans mentir que tu as connu le monde du vivant du président Kennedy (7).

- tu tentes de te dire que tu n'es pas si vieille que ça puisque tu n'as pas voté pour François Mitterrand en 1981 : à six mois près, tu n'en avais pas le droit.

 

 

(1) La réciproque est fausse mais au moins c'est clair et net, je le sais. Le voir cependant me réconforte : je conserve grâce à lui plus encore que par d'autres l'illusion qu'il existe des hommes brillants mais bons et attentifs à leurs prochains et peut-être même respectueux des femmes (là, je vais sans doute un peu loin). Et que ce que j'ai vécu n'a pas éteint en moi tout désir.

(2) Mais avec des lendemains qui déchantent.

(3) La face ensoleillée de cette sombre médaille est de constater que qui te connait et t'as vu bosser de soutient. Et du coup c'est d'autant plus réconfortant et valorisant que si ça allait de soi.

(4) sauf à ton grand-père s'il est encore de ce monde.

(5) Occurrence qui d'un strict point de vue technique serait d'une probabilité non nulle. Mais pour combien de temps ? 

(6) Très bien décrites par Daniel Pennac dans son "Journal d'un corps".

(7) En vérité fort peu, mais néanmoins. 

 


L'école des garçons

 (essai de police : symbol 11pt)

 

J'ignore quel article parcouru ce matin m'aura remis ce fait en mémoire, que j'avais oublié. Peut-être simplement quelque chose qui avait à voir avec l'amour et que j'aurais passée ma vie à être séparée par des circonstances extérieures (1) ou la géographie, des hommes que j'aimais.

Mon premier "amoureux" datait de la maternelle. J'avais un tas de copains dont un fameux voyou, mais lui c'était celui que je trouvais beau et que j'avais envie qu'on se serre dans les bras et qui ne me ferait pas de mal, jamais. Je crois que lui aimait que je sache plein de mots, que je sois rigolote et que je n'ai peur de (presque) rien.

Seulement voilà, grand drame : au moment d'entrer à la Grande École, il s'est retrouvé à la demande expresse de ses parents à l'ancienne école des garçons tandis que je suivais tout naturellement la répartition géographico-administrative qui se trouvait m'envoyer à l'ex-école des filles. En ce temps-là les écoles publiques étaient déjà mixtes (je ne suis pas si vieille) mais les groupes scolaires restaient encore marqués par la séparation qui jusqu'à peu prévalait. Deux corps de bâtiments séparés. Et le personnel enseignant avait encore peu bougé : dans les anciennes écoles des garçons on trouvait encore davantage d'enseignants mâles et leurs consœurs étaient majoritaires dans les établissements qui plus tôt se consacraient aux filles exclusivement.

Au prétexte que des hommes sauraient mieux "tenir" leur petit homme, les parents des garçons se débrouillaient, comme l'ont fait quelques décennies plus tard des parents élitistes ensuite pour éviter les écoles de quartiers trop populaires même s'ils y habitaient, pour obtenir dérogation et que leur fils aillent à "l'école des garçons". C'était du moins le prétexte invoqué. La discipline. 
En sous-mains parfois ils avouaient leur conviction que le niveau, oui le fameux niveau, déjà, en ce temps-là était meilleur, forcément puisqu'il y a plus de garçons. Ce qui me semblait beaucoup plus incompréhensible qu'injuste puisqu'en pratique je constatais que les filles étaient souvent les meilleures pour les matières assises (5) et que le meilleur des garçons arrivait souvent en 4ème dans le classement qu'on se faisait (6). Je m'étais vaguement dit que c'était peut-être alors au fond parce qu'ils avaient trop la honte. Mais de toutes façons j'étais surtout révoltée de ne plus être en classe ni en récré avec mon amoureux.

 

Ai-je été particulièrement insupportable de me retrouver séparée (à six ans et quelques si tu ne te vois ni en classe ni aux récrés et que tu n'habites pas le même quartier et que le téléphone est réservé exclusivement aux parents ou pour des événements officiels (un anniversaire, Noël, la bonne année à souhaiter), ne plus être dans la même école est une séparation) ? Toujours est-il que nos mères ont combiné comme la famille de mon petit fiancé habitait tout près de l'école que j'aille y prendre mes déjeuners tous les midi de pas les vacances, moyennant une petite rétribution. Ça a duré deux années scolaires je crois (2) (après, ma mère a eu une voiture, une fameuse Simca 1000, et ma petite sœur avait grandi d'où que la première faisait le trajet pour deux enfants et c'était moins coûteux que je revienne à la maison).
Je n'aimais pas toujours ce qu'on mangeait, j'avais déjà des convictions (j'avais préféré me passer de plat plutôt que de manger du cheval par exemple et je trouvais qu'ils ne savaient pas cuisiner les pâtes, tant qu'à manger quelque chose de pas bon, je préférais des épinards au moins ça changeait), mais garde un souvenir ébloui de ces midis, des temps pour jouer, d'être avec celui que j'aimais. Je me souviens encore très bien de son petit chien Youki. Et n'ai aucun souvenir de jours de pluie (3). Seulement un peu de bonshommes de neige, l'hiver.

La question de regarder la télé ne se posait pas (4) : pour les enfants il n'y avait que Pimprenelle et Nicolas le soir (puis quelques années après : Aglaé et Sidonie et ensuite Colargol si mes souvenirs respectent, ça n'est pas certain, la chronologie ; je vous chante les génériques, vous voulez ?), en tout cas une émission brève juste avant (après ?) le dîner. Et le jeudi à partir de 16 heures (oui parce que l'après-midi de congé était le jeudi, ça a dû changer que j'étais en CE1, d'où que les finasseries actuelles sur les rythmes scolaires me font bien marrer, les mômes s'adaptent, c'est tout, ce sont les parents qui ont plus de peine, souvent à cause de leur travail et des contraintes d'activités extérieures des gamins). Donc expédié le déjeuner, on jouait. Et dehors le plus souvent. Mon fiancé n'avait qu'un seul défaut, il n'était pas plus que ça porté sur le foot.

Le temps de retourner à l'école venait toujours trop tôt. Comme il n'y avait pas de rue à traverser juste un pâté de maisons à contourner, on nous y laissait parfois retourner seuls mais il ne fallait pas que je le dise à ma mère. J'aimais bien cette confiance accordée. Douce époque où les seules craintes était : nos envies de bêtises éventuelles ou d'école buissonière et les dangers de la circulation. Le racket n'existait pas : tous autant que nous étions n'avions rien que nos cahiers, nos crayons (et le midi les cartables restaient en classe). Quant aux adultes malfaisants, on aurait dit qu'ils n'avaient pas encore été inventés. Ça ne manquait pas de bagarres entre enfants, nous n'étions ni plus ni moins des anges que la relève de maintenant, mais il allait de soit sauf bris de lunettes, que les adultes nos petites histoires ça ne les concernait pas. Et puis il y avait comme un accord tacite que ça ne mette personne vis-à-vis des lois des grands dans l'embarras. Un règlement de compte n'avait donc jamais lieu en allant à l'école, mais si la récré et les angles morts de la cour n'avait pas permis aux choses de se régler, toujours à la sortie. Ne soyez pas en retard !

 

Par la suite, nous avons été assez grands pour garder nous-mêmes le contact, ce qui fut le cas assez longtemps. La fin du collège, que déjà nous avions suivi dans deux établissements différents ce qui nous avait quand même un peu éloignés, mais cette fois pour cause de pure question de géographie des quartiers et carte scolaire à respecter, fut fatale à notre relation.

Il n'empêche que je dois mon tout premier chagrin amoureux, même s'il fut pour partie amorti, atténué, à la discrimination résiduelle entre filles et garçons et qui était encore bien réelle, en grande banlieue en France à la fin des années 60 du siècle passé. 

  

(1) Le plus fort étant un coup d'état, quand même, excusez du peu. Tant qu'à souffrir d'une malédiction, autant qu'elle ait du panache. 

(2) Je crois aussi me souvenir d'une esquisse de tentative de cantine, mais je n'étais pas d'accord, pas du tout (aucun(e) des mes meilleur(e)s ami(e)s n'y restait et ça n'était pas bon, l'eau en particulier (du robinet, alors très chlorée), je me demande si je n'avais pas alors afin d'avoir gain de cause "inventé" le concept de grève de la faim. J'ai parfois dû être comme enfant un peu casse-pieds. En tout cas pour une petite d'un temps où normalement un môme ça obéissait (et puis c'est tout). 

(3) Ses parents travaillaient comme gardiens dans un CES pailleron toute une partie de la cour à certaines heure était à nous. On faisait du vélo jusqu'à n'en plus pouvoir.

(4) À la réflexion : peut-être que les jours de pluie (il devait bien y en avoir) on restait à l'abri et que donc on voyait un peu des émissions pour adultes du midi, dont un journal télévisé. J'ai des souvenirs de vieilles publicités et d'une curiosité car à la maison ma mère censurait.

(5) Je m'aperçois que dans ma tête, cette sorte de classement des activités n'a pas changé : je n'ai jamais vraiment séparé en matières littéraires, matières scienfiques sauf pour m'adapter à ce qui était généralisé, j'ai toujours raisonné entre activités assises que l'on passe sans trop de gestes à réfléchir posément, et activités (en partie) debout : sports, dessin, travaux manuels ... Déjà j'adorais ce qui combinait les deux (en CM1 / CM2 : préparer un exposé avec ronéotage du texte et recherche dans les encyclopédies au fond de la classe).

(6) C'était les années où il ne fallait surtout pas hiérarchiser les élèves. Résultat : ça se faisait à vue, car les gosses ne pouvaient s'empêcher de s'évaluer (Et toi tu as eu combien ?). Il y aurait un billet à faire sur : ce qu'on cherche à éviter et qui revient par la bande, renforcé. (et aussi sur les discussions de cour de récré  - Mais puisque la maîtresse a dit qu'on n'était pas classés, foutez-moi la paix. - Mais tu t'en fous toi, t'es la première. - Ben justement si je suis la première et que je m'en fous, vous pouvez vous en foutre aussi. - Mais non, on veut savoir c'est qui après toi les autres. (c'était ma rubrique : on ne libère pas un peuple malgré lui))

PS : la télé pour enfant n'était pas nulle, c'était au temps du règne de Cécile Aubry, des premiers Poly ou de Belle et Sébastien, le vrai (!) 


belle et sébastien par fandor91

PS : I swear I didn't read this article before having written that blog ("S'il fallait dessiner un collège tel que la mythologie française l'imagine, il ressemblerait sans doute à celui-là : le préau, les arbres, le fronton gravé d'un « Ecole des filles » et la façade avec sa balafre, seyante et glorieuse comme une page du manuel d'histoire, tracée par les bombes pendant le débarquement en Normandie").