De l'art d'éviter une guerre nucléaire (Stout Philosophy)
Présidentielles anticipées (l'étrange songe tourmenté des)

Niveau de jeu

 

Quand on a traversé deux grosses dizaines d'années de travail en entreprise avec des plannings, des urgences, des pannes informatiques à résoudre avant qu'elles ne soient arrivées, des ans 2000 et des passage à l'euros avec courses contre la montre y afférentes, des hiérarchiques qui déboulaient pour un oui pour un non et décréter que tout soudain il fallait abandonner l'urgence (une fausse urgence, une urgence juste pour plaire au chef du dessus, mais rien qui n'aurait pu être fait paisiblement avec un brin d'organisation non infantile) en cours pour une nouvelle urgence et qu'il faut que ça soit terminé hier,

quand on a mené jusqu'à l'âge adulte deux enfants, certes adorables, mais qui ont eu leur temps d'être petits, de requérir une attention permanente, plus tard de devoir être accompagnés ici ou là, et en vacances d'être occupés, car le repos n'était pas pour eux une option raisonnable, et qu'ils n'auront de bons souvenirs que des choses un peu inhabituelles qu'ensemble nous aurons faites (1).

Bref, dans un cas comme dans l'autre, des activités, des réactions à des demandes qui nous sont imposées, parfois contre notre rythme - une sieste serait requise, ou de la concentration lente pour résoudre un problème d'un certain niveau -. Des heures et des jours qui se trouvent confisquées à notre volonté personnelle et notre propre sens de leur déroulement souhaité.

Vient un temps où le bonheur le plus extrême est :

 

DE N'AVOIR PENDANT QUELQUES JOURS RIEN DU TOUT DE PRÉVU

 

et certes des choses à faire (2), mais à notre guise, notre rythme, qui pourront attendre d'être rentrés sans que le ciel ne nous tombe sur la tête si elles sont reportées, et des repas seulement quand vient la faim.

Tiens, si on allait voir la mer ?

Attends, je finis mon chapitre ! 

Et la tombée de la nuit pour seule limite, ou le lever du jour, et encore pas pour tout :-) .

C'est un peu comme d'avoir traversé, victorieux (de fort peu mais quand même), certains niveaux de jeu, et d'être parvenus à une sorte de plateau calme, en ayant encore quelques points de vie, solidité et autres protection face à l'adversité et qu'elle ne repointerait pas immédiatement son nez, même si je sens bien qu'elle fourbit ses armes.

J'oubliais ce plaisir infini qu'il y a à pouvoir se consacrer à des activités qui nécessitent plusieurs heures sans interruptions, de n'en rompre le fil que pour des raisons élémentaires liées à son propre corps (faim, soif, sommeil, envie de pisser - j'y ajouterais bien autre chose mais il faut être idéalement deux et soudain c'est plus compliqué -) ou une éventuelle (et chez moi très rare) lassitude de l'esprit. Je sais que ce paragraphe parlera à ceux de mes amis qui sont récents ou encore parents d'enfants petits, surtout encore les mères (mais j'espère qu'au fil des ans un équilibre un jour s'instaurera - je connais quelques jeunes pères qui font de gros efforts pour ça ; qui sait si le mariage possible à tous n'aura pas un effet bénéfique sur le décloisonnement des tâches, comme un bon petit coup d'accélérateur - (sans parler de certaines jeunes mères qui considèrent qu'il en va de leur honneur de se gâcher la vie, après tout c'est leur droit, tant qu'elles ne font pas peser sur enfants et conjoints le poids de leur sacrifice volontaire)). Pouvoir se consacrer à quelque chose sans interférence est devenu un privilège infini.

Ces jours-ci j'y ai droit et savoure à l'envi.

 

(1) Oui mon fils, je sais : le téléphone qui ne marchait pas, le film qui n'existait pas, le musée vide ... #lantimèreexemplaire (mais de bonne volonté)

(2) Au fond de moi somnole un programme très chargé, mais je m'efforce présentement de ne pas faire de bruits pour ne pas le réveiller.

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