Sotto casa (Citadins ne manquez pas)
Some summary of the day

Nelson me manque déjà

 

On a bien cru qu'il était mort il y a quelques mois et à présent c'est fini pour de définitif, semble-t-il aux brèves Reuters et AFP qui tombent, des touites aussi mais personne en direct, puis les sites habituels. Cette fois-ci, oui, on dirait bien. La fin. Et un sentiment diffus que résume fort bien Embruns. Tu as d'ailleurs encore un doute, c'est plus fort que toi. Allez Nelson, refaites-nous le coup du Même pas vrai ! 

Pour moi Nelson Mandela était un héros, un type qui s'était battu de toutes ses forces contre la ségrégation raciale, qui avait plus d'une fois failli y laisser sa peau, qui avait survécu, qui avait sorti son pays de la folie, même si les problèmes et les séquelles sont lourds et semblent infinis.

J'ai un souvenir vivace de sa libération, vue à la télé, comme hypnothisée. C'était le 11 février 1990 si je ne fais pas d'erreur. J'étais à la maison, sans doute à cause de ma grossesse - ma fille allait naître en avril -. Ou peut-être simplement parce que c'était un dimanche et que le futur Papa se consacrait à la pétanque, sa passion ou à la sieste son épuisement. J'étais seule devant ma télé. 

Peut-être que malgré le gros ventre j'essayais de faire un peu de repassage. Il fut un temps où j'essayais de tenir la maison. Je crois que j'avais vaguement entendu sur France Inter, l'un ou l'autre jour d'avant qu'il allait être libéré. Mais je crois aussi me rappeler que j'avais été surprise par l'interruption des programmes, pour diffuser in extenso ces images, l'homme enfin libre et qui avance vers un destin de chef d'état. Sans doute que vaincre l'apartheid était aussi inimaginable que marcher sur la lune. 

Et j'avais vu cet homme dont pour connaître l'existence et ce qu'il avait entrepris et le régime contre lequel il se battait, j'étais persuadée qu'il mourrait en prison marcher, marcher longuement, marcher sous le soleil main dans la main avec sa femmme (1), marcher accompagné de gens qui dansaient.

Seule devant ma télé j'avais longuement pleuré. Entraient dans mes larmes du soulagement, et une part égoïste : je me disais, percluse de naïveté, que ce bébé que je portais naîtrait dans un monde meilleur.

Ce n'était pas la première fois durant cette grossesse que je pleurais d'émotion heureuse devant ma télé : il y avait eu déjà en novembre 1989 la chute du mur de Berlin. Ma fille naîtrait sous des auspices à forte densité historique.

Il est très étrange de regarder quelque chose se passer même par écran interposé et se dire à l'instant même : ce moment est historique je m'en rappellerai toute ma vie, il faudra que j'en parle à mes enfants et mes éventuels petits-enfants, c'est important.

C'est encore plus étrange lorsqu'il s'agit d'événement heureux.

Si rares.

Je pleurerai aussi devant ma télé pendant la grossesse qui fabriquait mon fils. Ce sera en novembre 1995 au moment des obsèques d'Yiszhak Rabin. Non que j'aie une affection particulière pour cet homme, mais j'ai perçu profondément qu'il était en passe de parvenir à une paix dans la poudrière inextricable du Proche Orient. Mais voilà, beaucoup prospèrent de la violence et de la guerre alors on tue le seul homme capable de la mettre en place. Je pleurerais beaucoup pendant cette grossesse, il y aura aussi deux suicides dans mon milieu professionnel dont l'un qui était aussi d'un ami.

Pour autant le gaillard qui est né est de tempéramment cool et joyeux (sauf problèmes sérieux).

Il est étrange de se souvenir d'un monde d'avant l'internet, d'un monde d'avec la télé qui a une place dans ma vie (parce que c'est avant l'écriture, aussi).

Il est sans doute étrange de pleurer de joie et d'émotion seule devant sa télé, avec un bébé qui frétille dans le ventre.

Mais si j'ai un souvenir, un seul de Nelson Mandela c'est celui-là : un homme qui par une après-midi ensolleillée marche longuement main dans la main avec sa femme. Il est libéré de prison et son pays va devenir civilisé. Et je n'arrête pas de pleurer parce que je reprends espoir que parfois c'est la bonté, l'humanisme, l'humanité qui l'emporte sur la pire adversité (mais c'est pas souvent) (et je le sais).

Quand ils meurent, les gens de cette ampleur manquent et pour longtemps aux habitants restants de cette planète en perdition.

 

 

(1) Plus tard on avait appris qu'elle était quelqu'un de dangereux par ailleurs. Ça m'avait peinée. En février 1990 j'y avais cru à la légende de la femme qui attend avec une patience infinie son bien-aimé. Et que forcément pour être aimée d'un tel homme c'était forcément quelqu'un de qualité (j'avais encore des illusions en ce temps)

PS : Il y en a qui ont retenu bien plus de choses que moi (et dont la nouvelle adresse ne me dit rien qui vaille : bientôt la fin d'une liberté d'expression ?)

PS' : La confirmation par Le Monde vient d'arriver. Il n'y a donc plus d'espoir possible (ils sont longs à passer leurs annonces mais ne le font pas à la légère)

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