Choses qu'on peut faire quand même quand on est tout raplaplati
L'école des garçons

Article relayé : "une société du bluff" (chez Expertise citoyenne) et quelques trucs associés

Lu via twitter grâce @Csecile, cet article qui évoque l'injonction de féminité y compris en cas de maladie grave, m'a semblé particulièrement intéressant. Entre autre parce qu'il tente de nuancer les choses ce qui n'est jamais évident.

Une société du bluff

 

J'aurais peut-être une légère réserve à émettre au sujet de la reconsctruction mammaire dont je pense qu'elle n'est pas qu'une question d'apparence mais aussi de se sentir toujours chez soi dans un corps aux contours qui n'auraient pas trop changé. Bizarrement ma réflexion vient d'une expérience marrante : l'évolution de mon propre corps face à mon changement de vie en 2009 : fin d'un emploi de bureau, du confinement assis, plus (+) de temps pour la pratique sportive et le travail dans un métier plus physique qu'on ne le croit (libraire). J'ai dès lors pris de l'épaisseur et attrapé des muscles, en particulier aux bras, ce qui me facilite bien la vie de tous les jours. C'est donc un changement de calibrage dont je suis satisfaite et qui me va. Il n'empêche que je ressens combien il est troublant de n'avoir plus tout à fait les mêmes dimensions. J'imagine que ne plus sentir le même poids de poitrine pour une femme qui a passé des années d'une certaine façon ne doit pas être simple. Et que donc si la reconstruction peut éviter à une patiente d'avoir en plus des souffrances endurées et des peurs logiques, à éprouver la sensation d'avoir corporellement déménagé, elle n'est peut-être pas tant un élément du bluff requis.

Pour le reste, oui, ces sociétés marchandes réclament de plus en plus à chacun "d'avoir l'air" (d'un winner, d'un jeune, d'un être en bonne santé, d'une séductrice (pour les femmes)), et c'est pire encore quand la maladie s'en mêle. Ce qui n'empêche pas qu'un certain nombre de malades pour s'en débattre éprouvent le besoin de "faire semblant de rien" parce que c'est pour eux la ligne de conduite qui peut les aider à tenir - ce fut visiblement le cas de la ministre dont il est question -, et moi qui (pour quelque chose qui n'est pas grave) passe ma vie à agir comme si de rien n'était jusqu'à l'extrême limite de mes forces, j'aurais mauvais jeu de les en blâmer (même si philosophiquement entre agir et faire comme si, il y a un fleuve sans pont). Pour autant il ne faudrait pas que ça se transforme pour tous les autres gens comme la norme à respecter, l'injonction.

On remarquera d'ailleurs que toutes les injonctions normatives particulièrement celles qui concernent les femmes poussent à davatange de consommation (cosmétiques, parures, soins en institut ...), y compris lorsqu'il s'agit de régimes car alors les "réduisez la consommation" de certains produits s'accompagnent de prescriptions sur d'autres, ou des ajouts de substituts, ou du matériel de pesage (des aliments), au bout du compte il convient d'acheter. Acheter de l'air jeune. Acheter de l'air d'en bonne santé. Acheter de l'air sexy selon le cahier des charges Pays-Époque requis.

Qui ne joue pas le jeu du bluff risque la marge, comme la ministre aurait risqué l'effet d'un remaniement - qui eût probablement pris des allures sournoises avec renommage des responsabiliés, histoire de préserver encore et toujours les sacro-saintes apparences -, ou le quinquagénaire en recherche d'emploi qui a obtenu davantage de suite à ses entretiens quand il s'est teint les cheveux (oui : LE). Je me demande qui sera assez fort, quel mouvement de prise de conscience parviendra à nous arracher à ce qui ressemble pour l'instant à une uniformisation inéluctable. Nous deviendrons tous conformes et performants.

Mais probablement plus très très vivants (1).

 

(1) Quand bien même de telle ou telle dangereuse maladie nous auront été guéris.

 

 

 

 

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