Parfois certaines personnes sont irremplaçables
Si je ne fête pas mon anniversaire ça n'est pas par coquetterie (ça ne m'avait pas même effleuré)

Terribles sensations de mondes parallèles (et encore je suis au calme, privilégiée)

 

Les vacances sont finies. Comme toutes ces dernières années elles étaient constituées par un festival de cinéma, c'est la meilleure façon de lutter : 

- contre les peines affectives, car on reste actifs ; dans l'état qui est encore le mien des vacances de pur repos seraient fatales ;

- contre le manque d'argent : les festivals que je fréquente sont riches en petits films lents du monde entier. Les fictions y sont prétexte à voir la vie quotidienne des gens, les paysages et que si les contraintes sociales s'exercent différemment, les problèmes sont les mêmes d'apertutto. C'est une façon de se former par le voyage ... sur place.

- contre mon manque culturel permanent. J'ai soif d'apprendre et n'ai plus de proche qui puisse me servir de guide bienveillant ou seulement certain(e)s ami(e)s, ponctuellement. Or un bon film d'un autre pays peut constituer un bain de soleil de connaissances, rien que par la ou les langues pratiquées.  

-contre la pollution : 14 pays "visités" sans le moindre accroissement de notre bilan-carbone ;-) 

Reste que les retours sont difficiles, surtout en période de chômage et chagrin : plus de séances pour structurer les journées et obliger à penser à ce qu'on voit plutôt qu'à notre propre lamentable histoire, les problèmes concrets de notre vie de tous les jours mis soigneusement sous le boisseau et qui ressurgissent, c'est leur boulot, une forme allégée mais inévitable de jet-lag. Gavés de fictions pendant une période somme toute heureuse de décompression, on se retrouve à devoir enquiller lessives, ménage et poubelles à descendre. C'est salutaire mais peu agréable sur le moment.

À ce retour-ci s'ajoutent deux lots de circonstances qui viennent accroître cette sensation de vies parallèles, l'un est lié au chagrin qui m'étreint et à ces intuitions physiques que j'éprouve parfois. Pour éviter d'en dire trop : c'est comme d'avoir été éjectée d'un train, mais parfois je sais encore ce qui s'y passe, j'y suis, pas en permanence mais par bouffées précises et impossibles à éviter. C'est épuisant, c'est violent et pour l'instant de mon existence, chaque fois qu'on me quitte ça dure ainsi sept ans.

L'autre est lié à l'actualité. Le principe de réalité étant un ennemi assez solide de l'écriture et de l'amour, l'est également des chagrins induits (1). Il m'a donc fallu commencer la vie d'après vacances par une démarche bancaire effectuée dans de bonnes conditions (2) mais cependant signe d'une défaite : je n'ai pas réussi à rapporter d'argent avec mon activité essentielle et mon gagne-pain a disparu. J'étais accompagnée. Je sais donc que je n'ai pas rêvé d'avoir traversé une partie de Paris dans différents transports et que tout était calme sous la chappe d'un jour automnal typique du gris local (3). Les gens vaquaient à leurs occupations, toujours nombreux de façon surprenante pour des jours de semaine - comment diable les autres gagnent-ils leur vie ? -. 

De retour à la maison, j'ouvre l'ordi : sur ma TL twitter et quelques mails d'abonnements à des sites de journaux, c'est un déchaînements local et concomitant de faits divers violents et confus : prise(s) d'otage(s), fusillade dans un journal mais semble-t-il aussi dans le quartier où je travaillais jusqu'à il n'y a pas si longtemps, et dans un autre d'avant, ou des menaces, le même homme ou plusieurs, les brèves se contredisent mais l'ensemble donne l'impression de dangers, d'embrillon de guerilla urbaine, d'une ville agitée. Une absolue contradiction avec celle que j'ai parcourue aux mêmes heures, aux presque mêmes endroits, et dont je viens de rentrer.

Je crois que je vais aller dormir, peut-être en fait suis-je déjà en train de le faire et que ces dysjonctions sont le produit erratique d'un sale songe. J'espère simplement que le jeune photographe gravement touché s'en sortira, blessé dans la réalité, some good guy at the wrong place wrong time et qui peut-être se réjouissait du boulot qu'il venait effectuer. La part la plus réelle des vies parallèles est toujours celle des assassins (je le crains).

 

(1) Selon un principe voisin de l'invincible capitalisme qui finit toujours par faire profit de ses contestations mêmes. 

(2) J'ai la chance dans mes complications d'avoir une chargée de comptes dont je n'ai pour le moment que des louanges à faire. Si nos conditions financières continuent leur dégradation ça se gâtera probablement, en attendant elle se montre d'un réel appui, comme autrefois quand le travail d'un banquier était aussi de rendre service à son client.

(3) Le gris belge est plus pluvieux.

 

addenda du 23/11/13 11:16 : Très intéressant le contraste avec ce billet chez Sacrip'Anne, où à l'inverse le bruit du monde, les ricochets d'actualité sont très présents. Mêmes journées, quelques kilomètres de distance et la perception des choses s'en trouve diamétralement opposée.

(mais je reste surprise du calme absolu que j'ai traversé alors que d'horaires et de quartiers, compte tenu de ce qui se déroulait, ça n'aurait pas dû - de plus nous étions deux, donc ce n'est pas dire que bloquée dans ma bulle de chagrin et pas tout à fait revenue de ma cure de films c'est moi qui n'ai rien perçu, nous sommes deux à n'avoir rien vu ni entendu -)

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