En espérant pouvoir un jour paraphraser Proust
Les photos que je ne prends pas

Paris Carnets - les dix ans

 

P8074944

 

Ça c'est joué à un texto de Kozlika qui disait On y sera.

En ce moment sortir pour moi est compliqué : ça peut aider à surmonter une soirée de plus qui m'éloigne du jour fatidique où j'ai été affectée au rôle dans lequel on semble m'adorer : celui de la femme de trop.

Ça peut au contraire me mettre davantage à genoux que d'être au chaud de ma connexion internet avec les larmes qui peuvent couler sans déranger (1).


Mais la compagnie de mes amis m'est précieuse alors j'ai tenté ma chance et la soirée fut douce et bonne, avec de jolies retrouvailles. J'ai même eu ce soulagement (2) de me reconnaître sur l'une des photos prises par un historique participant. J'existe donc encore.  9465215078_8bebeae6ec_c

[photo par Tristan Nitot avec son accord]

Mon premier Paris Carnet date de septembre 2005 et devant une sorte de fan-club en éclosion, j'avais failli partir en courant. J'étais à l'orée de la pire année de ma vie, l'ignorais totalement. Parfois c'est mieux de ne pas savoir ce qui nous attend. Ma seule tristesse alors était de n'avoir pas de nouvelles fraîches de mon amie la plus intime, après un été que j'avais su pour elle très professionnel (un scénario, se rendre à un tournage en Arménie), chargé. Mes enfants semblaient aller bien (en fait ma fille subissait déjà les symptômes de sa maladie chronique en train de se révéler, mais je l'ignorais). J'avais un mari certes peu présent, entre son sport et son travail mais qui semblait m'aimer. Simple (trop ?) à satisfaire, je m'en contentais.


Encouragée par l'expérience réussie de l'Hôtel des Blogueurs où j'avais campé un personnage d'homme qui découvrait son homosexualité - ça s'était fait au gré des intrigues, ce n'était pas un cahier des charges déterminé -, et ça me paraissait tout naturel cette histoire (la seule difficulté : THE scène de cul entre mecs, moi femme et hétéro, je fais comment pour écrire quelque chose que je n'ai jamais et ne pourrai jamais vivre ni éprouver ?),  je commençais ma "carrière" de blogueuse avec timidité.


J'avais en fait déjà bouclé un blog, une fiction, écrite pour soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Ils étaient libérés, l'histoire était close, le blog achevé. Je travaille à en faire un petit roman, sans doute impubliable : il raconte une attente, d'où que par définition il ne s'y passe RIEN.


Et puis je tenais chez 20-six une histoire de voiture et chez fotolog publiais une image par jour depuis juillet 2004 avec une régularité de coucou suisse (fors la période, trop chargée, du comité). Mais ça n'était à mon sens, pas vraiment bloguer. Je dois aux blogs énormément. Des amitiés formidables, une accession à un lieu de travail privilégié, par quelques ricochets le travail qui certes se termine mais m'aura rendue heureuse et fière et permis de survivre financièrement quelques années. Je ne cesserais d'y écrire car c'est un mode d'expression dont je rêvais avant qu'ils n'existent et qui me va comme un gant. Qu'il y ait eu effet de mode et qu'il soit révolu, ne m'importe pas vraiment. Je préfère de toutes façons demeurer dans des zones de fréquentations bienveillantes et ne pas me frotter de trop près à la notoriété. Juste ce qu'il faut afin de pouvoir persister.

 

Hier soir, les dix ans des Paris Carnets et mes quasi huit ans de participations régulières, j'étais à la masse à cause du chagrin, je n'ai pris en photo que la lumière sur des verres au lieu de la grâce des retrouvailles qu'il y eut.

Mais je ne désespère pas. Qui sait si pour les 11 ans, je ne serai pas en pleine forme, vivant sans avoir à faire semblant de tenir un travail (autre que le mien, personnel et incessant), et enfin accompagnée ; présente à fond et sérieuse photographe pour la mémoire des bons moments.

 

(1) Même si ces jours derniers il devient difficile d'éviter les ricochets par connaissances interposées du bonheur neuf au nom duquel on a été sans ménagement éliminée.


(2) Pour moi qui ne suis pas jolie ni attirante, figurer sur une image n'est pas un plaisir. En ce moment d'avoir été effacée, de se sentir à nouveau comme un spectre, quelqu'un dont d'autres souhaitent qu'elle n'existe pas, voir que j'imprime encore des pixels, que je suis là, l'air presque normal, est très rassurant. 

 

Commentaires