Si j'avais su plus tôt réviser mes classiques
Dans le train

De retour

 

Étrange état de grand détachement triste. Les vacances pour autant se sont fort bien passée, à part une chute dont je n'étais pas protagoniste et qui aurait pu très mal se terminer mais heureusement non.

 

Ce fut même, comme chaque année et peut-être davantage, un régal de cinéma. 


Plus particulièrement sans doute parce que les films que j'ai vus cette année dans la section "ici et ailleurs" étaient urbains, et qu'au retour une des premières corvées a été de faire les courses familiales dans l'hypermarché voisin, lequel, flambant neuf et fréquenté par un bel échantillon de monde entier pourrait être dans une mégapole d'Inde, d'Asie ou d'Amérique du Sud - pour le Moyen-Orient il y aurait davantage de femmes intégralement voilées, quant au continent africain je ne sais pas s'il est équipé d'emplacements si concentrés et vastes dont la climatisation coûterait plus qu'ils ne rapporteraient -, la sensation très forte d'être tous embarqués sur une même planète de partout, et quelque chose m'en plaît - frères humains pareillement embarqués - et quelque chose m'en effraie - ce monde de consommation effrénée, ainsi qu'une forme d'uniformisation forcée -.

  

Le plaisir partagé de la course à pied se confirme. Retrouver les lieux que l'on a parcouru l'année précédente en débutants de deux mois et pouvoir accomplir un plus grand parcours sans jamais se demander si on ne va pas devoir finir en marchand est quelque chose de très réconfortant. Je ne suis pas périmée pour toutes les activités. Et me voilà malgré certains dommages particuliers dus à une méchante tournure de certains événements, équipée d'une condition physique comme à vingt ans il ne m'était pas permis de rêver.

  

Il y aura eu des étrangetés : après les clefs volées et autres serviette hygiénique et mouchoirs en papiers, deux culottes disparues - mises à sécher, envolées - ; non seulement me quitte une personne mais aussi les plus quotidiens des objets. L'apparition d'un dentifrice espagnol. À une tout autre échelle, cet incendie de la mairie au premier jour du festival - le silence dans la salle plus tard lors d'une scène similaire dans un film -. Cette catastrophe ferroviaire au Canada si voisine de celle d'un des films vus - train fou sans pilote -.

  

Il y aura eu des pleurs. Un deuil en moins définitif. En commun avec celui de la mort d'un proche, ce va-et-vient entre les moments d'aller mal, essorés, éreintés, obsédés de l'absence fraîche et de sa collection de Mais que faire ? de Pourquoi ?, et ceux de réussir à se dire La vie continue, avance, tu n'as pas le choix. Le refus de devenir misandre ; se dire à toutes forces que ce serait aussi stupide que de devenir raciste après avoir subi plusieurs agressions aux attaquants semblables. Que ça ne veut rien dire d'autre que notre probable qualité de proie préférentielle pour certaines catégories de prédateurs. Et qu'un grand fauve est un grand fauve, même s'il semble blessé. Plutôt que de tenter l'impossible, éviter de fréquenter le même plan d'eau.

Il y a cette sorte d'épidémie de mise sous clefs des blogs : entre qui est prié de retirer certains billets, qui fait comme moi un acte manqué (mais sans doute pas sous la pression de la CGT, dont je garde l'exclusivité ;-) ), nous sommes plusieurs a avoir choisi le mode confidentiel pour au moins une partie de nos textes. Nous ne souhaitons pas nuire.
J'ai reçu de la part d'un type bien un message de grand réconfort et un SP. Le genre d'attention qui lorsque tout se délite compte infiniment. Merci à toi si tu passes par là. 

Il y aura eu une belle rencontre, voire deux. De celles qui laissent à croire que la chance nous sourit. Que souhaitent nous rendre espoir les scénaristes échevelés de la vie.

  

Il y a aussi de savourer un retour qui n'est pas synonyme de l'enfermement renouvelé dans cette prison (dorée, j'en suis consciente) que constituait pour moi "l'Usine". Je serai même heureuse de pouvoir retrouver mon travail encore un peu. Quoi qu'il advienne j'aurais au moins connu pendant quelques années la joie d'un emploi qu'on est heureux et fier d'occuper et dans lequel on se sent utile.

  

Il y a aussi le plaisir de retrouver les enfants.

  

Puis : les amis et de bien jolies propositions ; l'internet version luxe (1).

Il y a 2102 messages non lus : sur le lieu des vacances je me suis efforcée de lire et répondre à ceux qui étaient très personnels ou présentaient un caractère d'urgence. Il me faudra sans doute l'ensemble de la semaine afin d'écluser le retard. Sorry for always being so late.

  

Seulement voilà, en cette année 2012 / 2013 tant de choses se seront achevées, certaines avec brutalité, certaines à titre collectif mais très symptômatiques d'un air menaçant des temps (le ciné-club tel que nous l'avons connu avec des week-ends de vie de château, l'Institut Néerlandais auquel je dois beaucoup, la librairie Del Duca ...) que je reste comme échouée après m'être sauvée d'un naufrage, ou reprenant conscience dehors après un tremblement de terre qui m'aurait surprise dedans. J'ai survécu, je survivrai. Mais à présent ?

De ce qui est à venir, je sais seulement qu'il me faut à toute force écrire, par ailleurs remettre à flot l'appartement, si possible aidée par le père de mes enfants, et que dans le meilleur des cas nous devrons faire avec de moins en moins d'argent. Puissions-nous ne pas avoir de moins en moins de santé en même temps.  

Le secours d'une suite d'été particulièrement chaude serait grandement apprécié (2).

 

(1) Rien de tel pour mesurer un privilège qu'on a que de le perdre temporairement.

(2) J'ai le droit d'être égoïste à mon tour, après tout.

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