Leaving Montreuil
Ceci n'est pas un billet

Trop réglo

Un vendredi, il y a un moment

 

On s'apprêtait à partir en week-end, le vendredi s'annonçait chargé et rentrée tard dans la nuit d'à la fin du jeudi, je n'avais trouvé le temps que d'envoyer un mot très bref à l'homme de mes pensées : prévenir de l'absence, de la cavalcade potentielle des jours prochains, qu'il ne s'inquiète, ni ne croit que je le négligeais. Je savais sa vie difficile par les temps qui couraient.

La réponse était arrivée, qu'il pensait sans doute chaleureuse, que je passe du bon temps au loin, que ça me fasse du bien et ne disait rien d'autre et pas un mot de lui. Si laconique qu'il pouvait indiquer que mon éloignement ne risquait en rien de compter.

Je m'étais sentie mortifiée. Seul un silence eût été pire.

Dans l'après-midi de la même journée, studieuse, à la BNF j'écoutais un entretien de "Lecture pour tous" consacré à Elsa Triolet. Je n'avais jusqu'alors connu d'elle que des textes, les siens et ceux des hommes de sa vie à son sujet et vu des photos muettes. C'est peu de dire que la forte femme m'impressionna. 

En me demandant pourquoi elle les avait rendu si fous d'elle, ou plutôt comment, j'eus la révélation de mon erreur. J'eusse dû ne rien dire de mon bref départ, de ma sur-occupation, laisser l'homme dans l'incertitude, qu'il soit persuadé que j'avais quitté, au moins temporairement, le petit rôle que dans sa vie après m'avoir séduite il daignait m'accorder. C'est alors lui qui serait revenu vers moi, peut-être un brin inquiet, venant aux nouvelles qui auraient manqué. Et qui sait, prenant conscience que la place consentie ne suffisait pas et que je comptais au fond bien plus que ça. Je ne voulais pas jouer ce jeu-là, ni faire semblant de quoi que ce soit. Je l'avais traité comme j'aurais aimé l'être de mon côté en pareil cas. C'est ma façon d'être sauf aux jours d'épuisement.

Je ne suis pas attirante car je suis trop réglo.

C'est ce qu'on appelle ne pas savoir se faire désirer.

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