Pierre Richard élégant
Identité - Passeport - Renouvellement

Renoncements

On était d'accord, on avait fait nos calculs, c'était serré mais ça pouvait passer. De toutes façons pas le choix, j'avais quitté l'emploi précédent pour préserver ma santé physique et mentale. J'ai eu ma part de chance, trouvée par un travail dans un endroit où je me sens bien, et à ma place. Le sentiment irremplaçable d'avoir (enfin) un vrai métier.

Seulement voilà, à toute une famille, difficile de maîtriser un budget, à Paris le coût de la vie augmente d'une façon supérieure à la moyenne, le moindre imprévu un peu lourd (un appareil de base qui tombe en panne, ou bien des frais dentaires, ou une part d'impôt surprise (ça fait quand même trois ans de suite que pour des raisons diverses et variées on se mange de beaux morceaux de taxe d'habitation en plus de l'estimation "prix de l'an passé + un peu plus" que l'on peut raisonnablement se faire, ou des travaux de genre "mises aux normes" pour la copropriété, et nous voilà dans le rouge foncé. Chaque fois c'est en gros trois mois pour refaire surface.

Juste le temps que la tuile suivante fasse son apparition. Depuis fin août, les tuiles se sont empilées un peu trop vite. Rien de grave que leur cumul même.

Peu d'espoir que la situation s'améliore du côté des rentrées d'argent. Comme tant de gens de nos jours nous sommes déjà contents de ne pas perdre notre travail. C'est sur le fil. Et ça va plutôt mieux que l'an passé quand la paie de l'homme de la maison qui est la principale, était parfois payée au 15 du mois suivant. C'est là en fait que les choses se sont gâtées, les frais bancaires pour comptes en anomalie venant alourdir la situation financière fragile.

Le problème c'est que pour réduire les dépenses il faut en avoir qu'on faisait. Mais on vivait en mode "le moins possible" depuis des années. 

Restaient deux morceaux de vacances (les festivals de cinéma d'Arras (partiel) et La Rochelle (entier)), quatre ou cinq week-end par an dont trois avec le ciné-club. Nos inscriptions à des activités. Un abonnement au théâtre. L'opéra (mais à des places par chères).

L'opéra s'est disqualifié lui-même avec le système de réservations devenu moins convivial et plus difficile pour les places à pas chères. J'ai renoncé à la chorale, des problèmes d'horaires et de disponibilité se produisaient. L'un dans l'autre, ces renoncements ont été un bien pour un mal, quelque chose s'annulait déjà de lui-même.

J'ai renoncé - je croyais pour ce mois, puis celui d'après, puis celui d'encore après et à présent ça n'en finit pas - aux dégustations mensuelles de whiskies.

Les amis m'ont sauvée en se cotisant pour que je puisse continuer à avoir un ordi en bon état de fonctionnement. Mais c'est une très étrange situation alors qu'on a toujours travaillé d'être à mon âge déjà solide, à devoir compter pour s'en sortir sur la solidarité.

Je ne suis pas en état, ou pas assez affamée, pour pouvoir reprendre un travail en tant que cadre - "Je ne partage pas Les Valeurs de l'Entreprise" pourrait-on dire de moi -. Mon nouveau métier de toutes façons me va trop bien. Y renoncer volontairement serait suicidaire.

I just feel clueless. Le problème c'est qu'à force de me sentir sans solution et dans plusieurs domaines importants de la vie, je risque de tomber malade, entre l'absence de perspectives et l'épuisement.

Quelque chose va se passer, forcément. 

J'espère simplement que ça ne sera pas une autre catastrophe dans nos vies. Il me semble que pour des personnes d'ici et maintenant, on a déjà copieusement écopé et ne tenons pas trop à reprendre notre tour.

Et me demande en attendant à quoi d'autre renoncer.

 

 

 

 

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