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Mon étrange vie d'internaute souvent déconnectée

 

Ces jours-ci je m'aperçois de façon particulièrement flagrante de combien ma vie d'internaute est atypique car ... déconnectée.

Le froid n'y est pas pour rien : je rentre du travail d'écrire ou de libraire, et suis souvent trop épuisée pour faire plus que "feuilleter" sur écran quelques articles, histoire de ne pas me sentir entièrement hors du monde. À cause de cette souffrance d'enfance qu'il y avait pour quelqu'un comme moi de se sentir aux lisières, de percevoir que plein de choses se passaient hors du quotidien gris sans qu'on puisse y accéder, j'éprouve hors des débuts d'amour (pour autant qu'il m'en souvienne) le besoin de suivre ce qui se passe ailleurs sur la planète. Peut-être aussi pour vérifier qu'elle et moi existons.

Au delà des infos générales, nous disposons actuellement de tout le nécessaire pour communiquer les uns avec les autres. Mais voilà je m'aperçois que j'ai quitté un job à l' "Usine" qui me coupait de ceux-ci - surtout les dernières années avec la cheftaine qui nous interdisait jusqu'à l'usage de nos messageries - pour un autre travail qui me laisse "en-dehors" aussi, à part aux jours désespérants sans clientèle. Je ne souffre pas d'être non connectée quand j'y suis : active et heureuse dans ce que je fais, je n'en éprouve pas le besoin (1). Tout le contraire de l'emploi de bureau que j'occupais dans cette vie antérieure qui n'en était presque pas une : rivée à l'ordinateur mais sans pouvoir rien faire de ce qu'il est intéressant d'y faire. Autant dire un summum de frustration.

Il y a donc les jours de librairie durant lesquels je peux être connectée un peu, par bouffées, et encore pas à tout, ou pas du tout si nous étions du début à la fin sur le pont. Ce n'est jamais prévisible. Je crois d'ailleurs que j'aime ça. Ne jamais savoir au moment de partir de quoi le temps de travail sera exactement tissé. 

Il y a par ailleurs les jours de BNF, pendant lesquels je me consacre à ce que je suis venue y faire : écrire ou m'instruire et viens sur twitter ou facebook lors de mes pauses. Ces jours-là je peux généralement (2) lire à ma guise mes messages, mais de façon assez peu pratique en envoyer - mon outil de messagerie n'est pas paramétré pour être compatible avec la connection éventuellement disponible et la messagerie native d'orange reste vraiment mal-aisée d'utilisation. Téléphoner est compliqué il faut ressortir des salles de lecture et les zones de distributeurs à café les plus proches, où l'on peut parler à voix haute, ne le sont pas toujours tant que ça.

Quant aux week-ends, ils ne se passent que partiellement devant l'écran, c'est l'heure des sports, de la famille (sans doute trop peu), de la maison (un peu aussi) et du sommeil à toute heure (trop). De faire un peu aussi la fête, voire même de militer. Je mène ces dernières années une vie intense et riche, je ne m'en plains pas.

S'ajoute à cet ensemble le fait que je ne possède pas de téléphone à tout faire, le mien permet d'appeler, d'envoyer des SMS, prendre des photos, mais pour l'internet il autorise assez difficilement la consultation - sauf pour les mails, mais il est difficile d'y répondre, c'est biscornu -. Je peux saisir et balancer un touite, ou un statut FB mais lire mon mur, ou ma TL est malaisé.

Au bout du compte ça fait de moi pour quelqu'un de très versée dans l'internet, quelqu'un qui, du moins en saison froide, n'y est que peu.

Vivement le printemps que je puisse retrouver du temps d'ordi vespéral et enfin les amis !

 

(1) Sauf préoccupation particulière pour quelqu'un, nouvelles attendues, inquiétude spécifique.

(2) Il n'y a qu'une connexion filaire pour deux postes, et parfois c'est l'autre personne qui l'a.

 

 


Investi

 

J'ai beau être cartésienne, je n'ai pas su traverser la journée sans une superstition d'appréhension : la précédente investiture de Barack Obama avait vu ma vie basculer - pour le meilleur, in fine, mais sur le coup ça n'était pas gagné -. 

Alors jusqu'à la soirée bien avancée, j'ai craint une péripétie analogue, ou peut-être espéré - sait-on jamais ? -.

La précédente cérémonie, que j'avais totalement manquée, avait sans doute joué un rôle en creux : ce mardi-là j'avais espéré rentrer tôt, tout en hésitant avec une soirée littéraire rue de la banque à laquelle participaient des amies. J'espérais rentrer tôt afin de voir cet homme devenir président de son pays, alors que le nôtre glissait vers du pire, un agité dangereux qui liguait ses concitoyens les uns contre les autres. Et puis la cheftaine dont nous étions mes deux collègues et moi pourvus, avec sa manie de croire qu'en informatique elle s'y connaissait et de vouloir tout automatiser avait planté un programme et bousillé quelques fichiers dont nous avions besoin d'urgence pour répondre à des utilisateurs (pardon, des clients) internes.

J'étais restée, bonne poire, fatale erreur, à réparer. Elle s'était sentie obligée de rester aussi mais peut-être bien qu'elle aurait voulu elle aussi ce soir-là partir tôt. Et alors que je perdais du temps à réparer le résultat de sa bêtise (une de plus, c'était fréquent, elle n'avait pas compris que son rôle était de diriger l'équipe, nous dégoter de bons projets, intéressants et non de se mêler de faire le travail, nous étions compétents et du genre à bosser sérieusement), elle s'en était pris à moi violemment, m'accusant de son erreur. Une partie de mon calme est sans doute venu de ma sidération et qui m'aura sauvée, ça faisait des mois qu'elle abusait de son autorité envers les uns et les autres, mais reprocher à quelqu'un sa propre incompétence dépassait les bornes. Je suis parvenue à la fois à ne pas me laisser faire et ne pas trop élever la voix, ni esquisser le moindre geste. Mais j'avais senti la violence se lever en moi.

Or ce n'est pas mon tempéramment.

Mais je sais me battre.

Et je me méfie de la colère blanche. Celle qui quand j'étais gosse m'a parfois permis d'avoir le dessus sur des grands et des forts qui menaçaient trop quelques-uns que j'aimais. Celle du "Cette fois ça suffit". Celle de quelqu'un qui n'a plus peur de rien pour elle-même - à part les maladies de longue souffrance qui nous finissent légumes -. 

Alors j'ai su qu'il ne fallait plus que je retourne dans cet endroit, que je n'avais pas d'ordre à recevoir d'une personne d'aussi mauvaise qualité. Que je ne voulais pas devenir ce qu'elle me poussait à devenir : quelqu'un de brutal, parce qu'acculé.

Dans un monde où un homme à la peau noire pouvait devenir président d'un pays qui pratiquait encore la ségrégation quelques années après ma naissance, je n'avais pas à me laisser ainsi priver de ma capacité de bien travailler. Et j'étais libre de dire Ça suffit. J'en paierai le prix, mais je devais sauver ma peau, ou plutôt la sienne, et mon intégrité morale. J'ai vraiment, grâce à lui, eu cette pensée : Les temps changent, les temps ont changé. Fini d'être enfermée.

Nous sommes convenues de nous expliquer le jeudi quand j'arriverais, elle n'était pas stupide, elle avait senti qu'elle ne se maîtrisait plus et mon calme, ma résistance la rendait encore plus folle. Je crois avoir dit bonsoir de façon courtoise, je savais à cet instant que je ne reviendrai pas. Ma décision était irrévocable.

J'ai passé un coup de fil cependant un peu secouée à une ancienne collègue et amie qui pouvait me conseiller (et l'a fort bien fait), mon meilleur ami, puis comme pour Barack c'était foutu, suis allée faire une apparition pâle à la soirée littéraire. Ce qui m'a beaucoup aidé : ma nouvelle vie était par là. Je le savais alors depuis 6 ans déjà. 

Grâce à une mesure du gouvernement Sarkozy destinée au départ à permettre aux patrons de licencier plus facilement, j'ai pu à ma demander quitter l'entreprise dans des conditions décentes et sans avoir à effectuer le moindre préavis. Le père de mes enfants s'est occupé de passer prendre mes affaires personnelles - je lui en sais gré -.

Alors cette fois-ci, ce soir, comme j'étais rentrée tôt à la maison car par le froid très fatiguée, j'ai regardé sur l'ordinateur, celui que les amis m'ont offert, la nouvelle investiture du même président. Cette fois-ci plus personne ne pouvait m'en empêcher. Et si je ne suis pas dupe, trop d'esprit critique et d'expérience, de l'exercice de démagogie, si je reste persuadée que le capitalisme et son "produire toujours plus" mènent la planète à son épuisement, j'ai néanmoins été émue. L'homme est un grand professionnel, et très charismatique. On peut le croire humain, intelligent et chaleureux.

En quatre ans, je n'ai pas encore retrouvé une vie tout à fait normale, ni réussi à m'en sortir vraiment, il n'empêche que le chemin parcouru grâce à la révolte induite n'est ni négligeable ni honteux. We, people, are gonna make it (aren't we ?).

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Honte et naïveté

 

Il se trouve que je ne partage en rien les valeurs et la façon de percevoir le monde du président de la république précédent. Afin de les servir ses équipes et lui auront appliqué à fond à fond à fond la tactique bien connue de diviser pour règner. Sur fond de crise économique (a-t-elle jamais vraiment cessée depuis 1973 celle-là ?) c'est une technique gagnante : ceux qui ne s'en sortent pas et ils sont nombreux peuvent se réconforter en rejetant la faute sur quelques boucs émissaires, il est si bon d'avoir droit à une détestation dûment encouragée par les autorités.

Pendant les cinq ans qu'ont duré sa présidence, il ne se passait pas une semaine sans que je n'éprouve avec force un sentiment de honte : en notre nom de citoyens de ce pays on faisait, on proclamait, on décidait n'importe quoi et dans une atmosphère d'agitation permanente - le président fait ci, le président fait ça -. À mes yeux, du grand guignol. 

Je savais que son successeur ne me conviendrait pas, mais qu'il y avait de bonnes chances pour qu'il n'entreprenne rien dont on éprouve le besoin de s'excuser auprès des amis ou de la famille qu'on a à l'étranger. La conjoncture étant défavorable et le vent de haine levé suffisamment fort, je suis persuadée que nous n'avons que cinq ans et d'ailleurs bientôt seulement quatre, de répit avant pire. Et que le pire - ces droites populistes à la limite de l'extrême - restera possible un peu partout en Europe pendant une à deux décennies, le temps nécessaire à des générations d'origines toutes variées de prendre leur tour de gouverner.

Je m'étais crue dispensée de honte au moins pour quelques temps. 

C'est raté. 

Quand je vois le nombre de français rétrogrades et pour certains d'entre eux haineux et fiers de l'être, perclus de préjugés comme je croyais qu'on n'en avait plus depuis le début du sièce dernier, j'ai ré-endossé ce même sentiment. S'ils vous plaît, ma famille, mes amis lointains ne croyez pas que là où je vis tout le monde pense comme ça, ceux qui refusent aux autres un droit ne sont pas majoritaires, c'est une crispation de panique devant un monde qui évolue vers le mieux, ça ne durera pas, je vous en prie pardon.

Ça fait mal, pas autant que ce que ressentent probablement ceux qui sont directement menacés, mais ça fait mal : j'avais cette illusion que si une chose avait évoluée dans le bon sens depuis que la planète toute entière était la proie du capitalisme effréné, c'était ce qui concernait les mœurs, une plus grande tolérance enfin, une diminution des discriminations (sinon les mêmes droits pour tous, mais au moins on s'en rapprochait). Et puis là, avec toutes ces paroles de rejet libérées (et que les médias classiques relaient avec quelque chose que je ressens comme de la complaisance, non ?), c'est comme de redégringoler tout en bas d'un mont dont on croyait avoir atteint un col.

Quelle claque !

Guy Birenbaum l'exprime mieux que moi : 

Tristesse pour tous

Mais ça n'est pas grand-chose par rapport à ce que revivent les principaux intéressés, des souvenirs douloureux qu'ils croyaient pouvoir vouer peu à peu à l'oubli, mais non, rien ne va mieux, les générations se renouvellent pour exprimer haine ou, au moins pire, mépris

Je vous hais chez James et les hologrammes

 

Et comme souvent c'est chez Matoo que l'on trouve une forme de synthèse, l'esprit fédérateur (très beau commentaire d'Olivier, comment fait-il pour rester calme, à argumenter ?) : 

Homophobie pride

 

Le point positif semble cependant être une forme de prise de conscience de la part des hétéros que je qualifierais de "moyens" comme on disait au siècle dernier "les français moyens" et qui alors qu'ils ne se sentaient pas concernés, réagissent au déferlement de haine. J'ai assisté à plusieurs conversations spontanées très encourageantes entre personnes qui il y a quelques années, auraient trouvé "bizarre" une union entre personnes du même sexe, évoluaient lentement vers un "pourquoi pas ?" tolérant et à présent qu'on stigmatise une catégorie de personnes à qui on n'a en fait rien d'autre à reprocher que d'être en minorité dans l'ensemble de la population humaine (1) prennent conscience que Mais après tout ce n'est pas normal qu'ils n'aient pas les mêmes droits.

C'est micro anecdotique, mais moi qui depuis des années étais la seule à reprendre Stéphanot lorsqu'en ligne pour ses jeux il traitait d'autres joueurs de Pédés (et lui : mais je pense pas aux gays quand je dis ça, c'est juste tout le monde qui le dit et moi Oui mais ça devrait même pas exister ou alors sous forme de compliment), j'ai eu la délicate surprise d'entendre son père - jusqu'à présent hétéro tranquillement bienveillant (les homos, pour un hétéros qui aime séduire, c'est de la concurrence en moins), mais de là à défendre quoi que ce soit c'était loin - monter à son tour au créneau en lui disant que ça n'était pas une insulte, que ça commençait à bien faire.

Peut-être qu'une embellie viendra de la réaction aux réactionnaires. Vivement que passe la loi !

 

PS : et pour finir cette citation que Franck Paul a retrouvée à point nommé : 

Le dégoût

PS' : On aura au passage remarqué que dès lors qu'il ne s'agit plus d'héberger des sans-abris pour leur éviter de crever de froid, différentes obédiences de l'église catholiques disposent dans Paris de moult hébergements. À croire que dieu est un adepte du lit sélectif.

(1) Un peu comme le sont les gauchers.

 

 

 

 


J'en tiens un ! (d'exemple)

 

L'autre jour lors d'une discussion de la vie concrète, je ne parvenais pas à exprimer ce que je ressentais à propos de certains livres, américains contemporains en particulier. En fait je suis capable d'apprécier le bon boulot, pour avoir tâté du taff, je sais apprécier une belle construction narrative, l'efficacité, le professionnalisme qui fait que tout est cohérent pour le lecteur logique, les personnages bien campés, et tout ce qu'on veut. Mais voilà, je suis infiniment plus sensible aux trucs moins bien foutus mais qui viennent du cœur, dans lequel un auteur est allé par nécessité, issu de rencontres, moins calibrées mais plus émouvantes.

Je viens de tomber sur un exemple, mais dans la chanson. Le même thème (ou si peu s'en faut), le même niveau dans les paroles (un truc élémentaire répété jusqu'à ce qu'il pénêtre dans le cerveau de quiconque passe par là), une poignée de gamins pour chanter.

Sauf que dans un cas tout a été pensé, ils sont le fruit d'un recrutement, belle gueule bonne voix required, les exécutants de bonne volonté de produits manufacturés, toute la technique et le budget qu'il faut pour que le résultat final ait de l'allure et l'allure qu'on voulait 

 

 

Pas moins de cinq personnes ont collaboré aux textes sans compter les garçons eux-mêmes (si l'on en croit l'article wikipédia qui leur est consacré) Autrefois les groupes se rencontraient d'abord dans la vie, galèraient quelques temps à faire leurs premières armes dans quelques arrières-salles en bossant comme des damnés, créaient leurs propres titres, écoutaient leur (unique) manager (ou pas), et si on les trouvait beaux c'était peut-être avant tout parce qu'ensemble ils jouaient bien. C'est peut-être moins séduisant, surtout selon les critères actuels, mais même sur une chanson élémentaire, c'était tout autre chose que le superficiel efficace et brillant. C'est la même différence qu'entre un film publicitaire très réussi et un film de cinéma, moins fait pour faire rêver mais qui y parvient mieux. (à affiner ultérieurement, mais en gros c'est ça l'idée, trop d'intentionnalité tue la qualité réelle de ce qu'on a à proposer)

 

PS : Je serais curieuse de voir ce que le staff "One direction" proposera sur le thème When I'm sixty four , cette chanson qui m'a rendu tant service pour les interro d'anglais (mais c'est peut-être déjà fait, pas le courage d'aller tout regarder de la production des 1D, il y a des limites à la conscience professionnelle du blogueur amateur)


Merci Virgile

 

Les commentaires chez lui étant fermés - ce que je comprends, il est lu et sur des sujets politiques souvent, il faut pouvoir être présent pour répondre rapidement, or il arrive que l'on soit occuper aussi par la vie loin de l'ordi -, c'est ici que je dépose donc mes remerciements pour son billet : 

Aigreurs

Parce que je le ressens aussi et que depuis la période de présidence de Nicolas Sarkozy (et en Italie, Berlusconi) c'est comme si autorisation avait alors été offerte à la plus crasse bêtise, à la haine, au mépris des autres non seulement de s'exprimer mais d'être revendiqué. Ce réflexe ancestral qui fait que lorsqu'on est soi-même sans grandes qualités on se raccroche à des caractéristiques natives en prétendant qu'elles en sont (je suis blanc c'est "mieux" que d'être noir, je suis hétéro c'est "mieux" que d'être homo, je suis un homme c'est "mieux" que d'être une femme, je suis supporter du PSG c'est "mieux" que d'être supporter de l'OM etc.) avec souvent par là-dessus une couche religieuse qui sert à justifier les autres préjugés et asseoir bien plus la haine que l'amour du prochain (je crois en Dieu Alpha c'est "mieux" que de croire en Dieu Bêta). Des dirigeants politiques dignes de ce nom devraient être là non seulement pour satisfaire leur goût du lucre et du pouvoir - s'ils ne l'avaient pas, ils ne seraient pas arrivés là -, mais aussi un peu faire de la pédagogie afin de gouverner un peuple un peu moins pas civilisé. Manque de bol, on vit une époque où la pression démographique rend nécessaire l'ouverture de la vieille Europe aux humains venus d'un peu plus loin et tout un ensemble de politiciens y ont vu une belle opportunité de carrière - en plus que riches et blancs ils s'estiment sans doute sincèrement supérieurs au commun des mortels - : flattons les bas instincts, les électeurs seront plus nombreux à voter pour nous. Opération réussie, même si en France ponctuellement on devrait bénéficier de 5 ans où ces discours n'auront plus cours officiellement, l'expression libérée des haines et des rejets, des C'était mieux quand on était entre nous, est partie pour durer. Le libéralisme mondialisé et qui rend les conditions de vie quotidienne de la plupart des gens de plus en plus difficiles n'arrange rien. Quand on galère, on a encore plus tendance à accuser de ses malheurs le premier bouc émissaire qui passe à proximité.

Si la planète ne meurt pas d'épuisement et si des guerres civiles n'éclatent pas entre-temps, il faudra sans doute deux ou trois générations avant d'écluser ce passif et que toutes les diversités soient admises de façon naturelle par la plupart des gens et sans prétendues hiérarchies natives à la con.

Nous nous battons aujourd'hui pour une dignité qui sera acquise demain, ne laissons pas trop de pouvoir aux freins.

 

PS : To all my friends from other parts of the world, please do not believe that what you may see on your screens tomorrow is a true insight of what french people are, it is just the worst part of that land feeling entitled to get out of old dark woods. 

 

 


Searching for Sugar Man

C'est simple, si vous habitez Paris où près d'une ville où ce film pas assez distribué se donne (deux salles seulement par ici, ce qui est une hurlante injustice), vous oubliez ce que vous aviez de prévu pour ce week-end et hop, vous foncez.

Il n'est pas exclu que pour certains d'entre vous, ça contribue à infléchir le cours de votre vie d'après.

Je remercie infiniment Gilles et Erika qui m'ont convaincue d'y aller alors que j'étais épuisée et sans temps disponible et puis finalement, hein, ça a pu et j'en pleure de bonheur.


 

 

 



Et un petit bonus : par là

Ainsi qu'un complément par ici mais plutôt à regarder après le film ("They picked up on my stuff") - ne pas rater le nom du sponsor à la fin (faut-il en sourire ou au contraire pas ?) -.


Identité - Passeport - Renouvellement

 

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Tu avais tout bien préparé, note. Et même plutôt deux fois qu'une, quelques justificatifs surnuméraires, une triple collection de photos de bandite (ah putain ces nouvelles normes), tu es arrivée avec une minute d'avance, tout bien.

Et il n'y avait personne avant toi. Même pour une démarche sur rendez-vous, c'est rare.

Ça fait trois bonnes années que tu te balades sans plus d'identité justifiée qu'un passeport périmé. 

Il y a une comme une poisse : tu t'étais fait voler par un pickpocket susceptible rochelais ton portefeuille, dedans ta carte d'identité. Tu avais fait les oppositions qu'il fallait et la déclaration de vol à la police ce qui n'avait pas été simple - à La Rochelle ils n'avaient pas voulu encombrer leurs statistiques et à domicile ils m'ont demandé pourquoi je ne l'avais pas fait là où avait eu lieu le forfait -. Mais bon, j'avais bien un papier attestant de l'aventure et que j'avais eu une carte (autrefois). Mais il y a eu cette inondation montante (!) dans l'appartement, les sacs de paperasses déplacées, à n'y plus rien retrouver.

Pour refaire la carte d'identité on verra donc plus tard. Surtout que ton père n'est pas né Auvergnat et que comme il est mort il ne peut plus rien fournir comme justificatifs pour prouver qu'il avait été assimilé Auvergnat officiellement en cours de route.

Arrive un moment où le bon vieux passeport se trouve périmé depuis trop longtemps. Avec les biométriques, ça se voit qu'il date.

Il y a cet ami qui pour un projet commun esquissé te conseille à tout hasard de te faire enregistrer comme entrepreneuse - mais pour créer la moindre structure "papiers d'identité en cours de validité" -. Il y a ce moment difficile à la librairie où je dois appeler des secours. Le patron revient dans l'intervale et c'est lui qui présentera à la police ou aux pompiers ses papiers. Tu te dis qu'en cas d'urgence ou de contrôle, tu risques à force de péremption des ennuis.

Il est temps de reprendre en main ton identité.

Alors tu fais ce qu'il faut, jusqu'à gagner au loto l'exacte somme à 40 centimes près du timbre fiscal nécessaire.

Mais il y a du mal, par exemple pour prendre le rendez-vous requis. Un répondeur. Qui n'enregistre rien dirait-on. Tu finis par y parvenir. 

Il y a un mal fou à réaliser de toi des photos conformes. Ne serait-ce qu'à cause des cheveux qui refusent de rester dans le cadre et de ne pas recouvrir tes oreilles. Et puis c'est l'hiver mais il faut dégager le cou. Zut alors ce jour-là, que tu avais enfin la monnaie (pour le photomaton), tu avais un pull à col roulé.

Il y a que ta ville ne s'appelle plus comme tu la nommais, son nom a été raccourci (1).

Il y a que tu t'aperçois que tu as tellement bien "vidé le buffer" à la mort de ton père que seule sa date anniversaire (jour-mois) t'es restée, tu as oublié et le lieu précis et l'année. Heureusement que l'extrait d'acte de naissance comportait ces indications. Ma capacité a remettre les compteurs à zéro m'a toujours impressionnée. Mais parfois ça fait flipper.

Il y a que les cases des formulaires devant tes yeux préfèrent danser que se comporter en traces fixes. Tu te dis que pour le coup d'après, dans dix ans, tu auras besoin, si tu vis encore, de lunettes pour les voir (de près).

Il y a que la machine sur laquelle tu dois appuyer tes doigts refuse d'en enregistrer l'empreinte. Et que tu as vraiment pensé : 

- Ça se voit tant que ça que je suis un fantôme. 

C'est en effet difficile après une première mort de tenir son rôle, tu as acquis une transparence que tu n'avais pas ; à force que les autres t'effacent de leur vie selon leur bon vouloir tu es devenue spectrale. Les hommes n'aident pas (2). La machine l'a tout de suite repérée.

Heureusement la dame chargée du dossier t'a aidée.

Et puis il y avait une case cochable "né(e) en France avec au moins un parent né en France". Peut-être que l'Auvergne se laissera oublier. 

Il n'y a apparemment plus de problème à conserver comme nom d'usage son nom dit de jeune fille. C'est un truc que tu n'as jamais compris que les filles doivent changer de nom en cours de vie dès lors que leur compagnonage avec un garçon s'officialise. Et puis tant qu'à changer pourquoi ça ne serait pas l'inverse, après tout en ce siècle-ci ce sont encore les femmes qui portent longuement les enfants avant qu'ils n'atterrissent et souffrent en accouchant. Il serait donc logique si vraiment le nom d'une entité familiale devait être unique qu'il soit celui de qui fait la plus grosse part du boulot. Nanmého ! (3)

Tu es soulagée de n'avoir plus ce tracas. Il y a 24 ans tu avais l'énergie de batailler pour ça (ou contre), à présent ce n'est pas certain que ça soit encore le cas. Ton identité tend à se réduire à ton simple prénom. 

Tu apprends que comme tu avais un passeport à l'ancienne avec tes marmots en jolis figurants, ton renouvellement peut être exonéré des timbres fiscaux jusqu'en 2014. En revanche plus question de récupérer l'ancien passeport coupé mais aux pages personnelles visibles comme on le faisait avant.

La présence d'esprit te viens de demander la permission de prendre en photo la page qui les concerne, tes petits. La dame est tout heureuse de te répondre Mais oui bien sûr. Et son sourire te fait du bien. Peut-être que ta demande, sans doute un peu incongrue, lui a fait du bien aussi.

Tu trouves en revanche curieux que l'on te demande ton numéro de téléphone portable. Tu le confies sans trop de réticences, en espérant que la mairie n'en profitera pas pour te spamer des vœux. Mais tu penses aux trois personnes que tu connais et qui refusent de s'en équiper (c'est leur droit). Plus tard dans l'entretien tu apprendras que c'est a priori pour te prévenir quand le nouveau passeport sera arrivé.

Il n'aura fallu que 24 minutes pour l'opération d'enregistrement de la demande de renouvellement. Y compris le temps d'attente de la transmission - on nous demande d'attendre jusqu'au bout et que l'écran indique bien "transmission 100 %" -. On te confie un tout petit papier comme quoi c'est fait, presque un ticket de caisse. 

Tu espères que durant les semaines d'attente pour la fabrication du nouveau document, on ne te réclamera pas ton identité trop souvent. 

Tu ressors, libre. Soulagée. Tout malaise évité, juste quelques carreaux qui ont un peu dansé, une main qui tremblotait, peu de choses mais qui parfois peuvent suffire à faire tout capoter.

Reste à savoir s'il n'y aura pas de mauvaise surprise ultérieure, sur le mode Finalement il faut des justificatifs en plus pour le non-auvergnat. Ou encore : les photos ne conviennent pas, il y a une mèche qui déborde. Mais peut-être que l'ironie du sort tiendra aux prérogatives importantes qu'elle a sur ton existence et qu'elle choisira que tout se passe bien jusqu'au bout parce qu'il est drôle de disposer enfin à nouveau d'un document permettant les voyages au moment même où tu te rends compte que financièrement ils risquent de n'être plus envisageables avant longtemps.

Quelles que soient les éventuelles complications ultérieures, c'est l'une des première fois où tu parviens du premier coup à accomplir une démarche administrative. La malédiction du papier qui manque (4) semble (au moins provisoirement) vaincue.

Tu vas bientôt pouvoir dire "je" à nouveau. J'espère que ça ne sera pas pour rien.

 

 

 

(1) Ce n'est pas une blague, pour l'INSEE, Clichy la Garenne s'appelle désormais Clichy. La personne chargée de traiter ma demande de renouvellement l'a découvert en même temps que moi. L'autre Clichy (sous Bois) est prié de garder sous "sous Bois" bien arrimé afin qu'on ne confonde pas.

(2) Sauf un qui a tenté et pour lequel j'éprouve une grande reconnaissance. 

(3) Hé au fait les amis, avec le mariage possible pour tous, qui prendra le nom de qui ? Ou est-ce que ça sera enfin l'occasion de laisser tomber cette coûtume du changement de nom pour l'un des deux ?

(4) de son nom complet : La malédiction du papier qui manque parce qu'il n'était pas sur la liste des documents à fournir mais que quand même il le fallait.

 

 


Renoncements

On était d'accord, on avait fait nos calculs, c'était serré mais ça pouvait passer. De toutes façons pas le choix, j'avais quitté l'emploi précédent pour préserver ma santé physique et mentale. J'ai eu ma part de chance, trouvée par un travail dans un endroit où je me sens bien, et à ma place. Le sentiment irremplaçable d'avoir (enfin) un vrai métier.

Seulement voilà, à toute une famille, difficile de maîtriser un budget, à Paris le coût de la vie augmente d'une façon supérieure à la moyenne, le moindre imprévu un peu lourd (un appareil de base qui tombe en panne, ou bien des frais dentaires, ou une part d'impôt surprise (ça fait quand même trois ans de suite que pour des raisons diverses et variées on se mange de beaux morceaux de taxe d'habitation en plus de l'estimation "prix de l'an passé + un peu plus" que l'on peut raisonnablement se faire, ou des travaux de genre "mises aux normes" pour la copropriété, et nous voilà dans le rouge foncé. Chaque fois c'est en gros trois mois pour refaire surface.

Juste le temps que la tuile suivante fasse son apparition. Depuis fin août, les tuiles se sont empilées un peu trop vite. Rien de grave que leur cumul même.

Peu d'espoir que la situation s'améliore du côté des rentrées d'argent. Comme tant de gens de nos jours nous sommes déjà contents de ne pas perdre notre travail. C'est sur le fil. Et ça va plutôt mieux que l'an passé quand la paie de l'homme de la maison qui est la principale, était parfois payée au 15 du mois suivant. C'est là en fait que les choses se sont gâtées, les frais bancaires pour comptes en anomalie venant alourdir la situation financière fragile.

Le problème c'est que pour réduire les dépenses il faut en avoir qu'on faisait. Mais on vivait en mode "le moins possible" depuis des années. 

Restaient deux morceaux de vacances (les festivals de cinéma d'Arras (partiel) et La Rochelle (entier)), quatre ou cinq week-end par an dont trois avec le ciné-club. Nos inscriptions à des activités. Un abonnement au théâtre. L'opéra (mais à des places par chères).

L'opéra s'est disqualifié lui-même avec le système de réservations devenu moins convivial et plus difficile pour les places à pas chères. J'ai renoncé à la chorale, des problèmes d'horaires et de disponibilité se produisaient. L'un dans l'autre, ces renoncements ont été un bien pour un mal, quelque chose s'annulait déjà de lui-même.

J'ai renoncé - je croyais pour ce mois, puis celui d'après, puis celui d'encore après et à présent ça n'en finit pas - aux dégustations mensuelles de whiskies.

Les amis m'ont sauvée en se cotisant pour que je puisse continuer à avoir un ordi en bon état de fonctionnement. Mais c'est une très étrange situation alors qu'on a toujours travaillé d'être à mon âge déjà solide, à devoir compter pour s'en sortir sur la solidarité.

Je ne suis pas en état, ou pas assez affamée, pour pouvoir reprendre un travail en tant que cadre - "Je ne partage pas Les Valeurs de l'Entreprise" pourrait-on dire de moi -. Mon nouveau métier de toutes façons me va trop bien. Y renoncer volontairement serait suicidaire.

I just feel clueless. Le problème c'est qu'à force de me sentir sans solution et dans plusieurs domaines importants de la vie, je risque de tomber malade, entre l'absence de perspectives et l'épuisement.

Quelque chose va se passer, forcément. 

J'espère simplement que ça ne sera pas une autre catastrophe dans nos vies. Il me semble que pour des personnes d'ici et maintenant, on a déjà copieusement écopé et ne tenons pas trop à reprendre notre tour.

Et me demande en attendant à quoi d'autre renoncer.