La Kriz #1
Annie Ernaux, grand merci

11 septembre

 

Ce moment au réveil où l'on prend conscience que l'on n'oubliera pas, sauf à être atteints d'une de ces maladies qui tuent le cerveau avant le corps, que le 11 septembre 2001 était un mardi.

(et que chaque fois que le 11 septembre tombera un mardi on repensera au 11 septembre 2001).

Puis cette pensée, peut-être bizarre, peut-être induite parce que j'entendais mon fils se préparer un peu peineux à partir pour le lycée : ceux qui étaient alors bébés et ont perdu dans les attentats un de leur parents qui était au travail, il avait eu de la "chance" ce matin là, son train était à l'heure et le métro sans incident, peut-être un de ceux qui n'auront eu comme choix que la mort par carbonisation ou asphyxie ou par saut dans le vide sans parachute, voilà, les bébés d'alors ou les enfants tout petits, abordent à présent ce Cap Horn qu'est l'adolescence. Ça risque d'être pour eux particulièrement pas facile. Comment se garder de la folie qui guette alors qu'on en a été victime très tôt, de façon collective et spectaculaire ? Comment ne pas être portés un peu plus que d'autres à tester les bords ?

Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé à eux. Je vois une femme, triste, dans sa cuisine. Son compagnon actuel est un homme bon, a decent guy, elle a serré les dents, travaillé dur, limité les dégâts, rien ne se passe trop mal, mais il est des chagrins si violents et incroyables, qu'au fil des ans ils ne s'estompent pas.

11 ans, toute une vie d'enfant.

 

addenda du 13/09/12 : un beau billet chez Otir à ce même sujet

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