Au sujet du chagrin
366 - demi-vérité

This is the West, Sir

Ces jours-ci, un peu en France et surtout aux États-Unis

 

Ainsi donc l'homme qui a écrasé le cyclisme de sa supériorité pendant tant d'années était autant un produit des progrès médicaux-pharmaceutiques que d'un physique et d'une capacité de travail hors du commun. Des rumeurs le disaient, le bon-sens le plus élémentaire le laissait percevoir, mais si les unes et l'autres peuvent être de la fumée sans feu, une instance  a priori sérieuse et non sans pouvoir a retiré à Lance Armstrong ses victoires.

Intelligent et sans doute bien conseillé, le champion a renoncé à faire appel, tout en maintenant dans ses déclarations sa position d'innocence, il parle de "chasse aux sorcières". Sa position est d'autant plus facile à tenir que si mes souvenirs sont bons, lors de premières accusations alors qu'il était encore sur les routes en tant que professionnel, il avait pu se défendre en mettant en avant les traitements nécessaires à la maladie qui aurait pu être mortelle et qui, très jeune, l'avait atteint. 

Et surtout il est parvenu en mettant tout en œuvre, l'effort et l'illégal, les qualités (réelles) et la tricherie (désormais avérée) à un tel niveau de palmarès, un tel degré d'admiration à son égard, qu'il se sait désormais inouchables, fors quelques menus inconvénients (il ne pourra pas poursuivre à sa guise une carrière de triathlète qui lui tendait les bras ; il sera sans doute tenu si l'UCI emboîte le pas à l'USADA à quelques restitutions financières (1)). Dans l'esprit du peuple il restera le gars qui pendant 7 ans trônait sur la plus haute marche du podium placé en bas des Champs Élysées, celui qui arrive en haut des plus hauts cols devant d'autres, pourtant très forts (2),  qui n'en peuvent plus.

Il est retiré du circuit pro., une suspension ne l'effraie plus. On ne va pas non plus refaire des cérémonies de remises des prix, d'autant que l'un des vainqueurs par défaut le serait à titre posthume.

Sa gloire se trouve ternie, mais si peu, et ce sont les professionnels du contrôle anti-dopage qui font figure de fouilles-merde, passent pour de désespérants rabats-joie, et, le plus important dans ce monde capitaliste, les sponsors ne le lâcheront pas, du moins pas déjà (3). 

Depuis le cancer qui l'avait mis en danger, Lance Armstrong s'est investi dans une fondation d'aide aux malades dont l'utilité n'est pas contestable. Et à présent, l'attaquer revient à s'en prendre à une institution qui a aidé bien des gens. Il se peut qu'il l'ait créée en toute sincérité, c'est quelque chose que je ferai moi-même si j'étais sauvée d'une pathologie et par la suite fortunée. Je veux encore le croire. Mais ne peux m'empêcher d'y voir certaine similitude avec le modus vivendi de certains parrains de la Mafia d'avant les drogues extrêmes, celle qui se targuait encore d'un code de l'honneur et se mêlait de bien-être social dans les zones sous la coupe, là où l'état ne faisait pas ou plus son boulot.

S'il faut des fondations privées pour soutenir les malades du cancer, n'est-ce pas que les états n'offrent pas à leur population tous les secours qu'ils devraient ?  

En attendant, la publicité faite à l'affaire et qui eût été négative dans un monde où l'équité aurait encore sa place, et une certaine décence, à moins que cette vieille dignité, aura eu pour conséquence de faire bondir les dons. Et ce ne sont pas les malades secondés qui s'en plaindront.

 

Cette affaire me semble la quintessence d'un fonctionnement des temps. 

À y réfléchir, peut-être pas si récent :

 

 

 

 

"When the legend becomes fact, print the legend" 

("L'homme qui tua Liberty Valance", John Ford, 1962)

 

 

(1) Et les maillots jaunes, il deviendront quoi ? 

(2) Et eux aussi un peu "aidés" (je ne me lasse pas de cet article de Jean-François Lauwens)

(3) Je n'exclus pas que cette affaire fasse office d'ouverture de la boîte de Pandore et que des ricochets finissent par l'atteindre, en particulier si on parvient à l'incriminer dans des dommages subis par d'autres - une chose est de se doper, une autre en est de pousser les autres à le faire (on peut supposer qu'il y avait des conditions précises pour faire partie de ses coéquipiers, et tous ne s'en sont pas si bien tirés) -. Je pense qu'un jour où l'autre, et au delà de ce cas particulier, on verra d'anciens sportifs de haut niveau atteints de pathologies lourdes et d'une rareté qui les rendra suspectes, se retourner contre leurs anciens entraîneurs et sponsors pour mise en danger de la vie d'autrui. Et s'ils ne le font pas eux-mêmes ça sera, dans les pays sans réelle solidarité médicale comme les USA, leurs assureurs pour les frais de santé.


addenda du 27/08/12 17h50 : un entretien avec Christophe Bassons, lequel avait été ostracisé puis poussé à renoncer parce qu'il avait brisé l'omerta.

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