366 - Aujourd'hui faim de
La fin du Minitel

Résultats du prix biblioblog 2012

 

Cette année fut un grand cru : des livres sélectionnés tous furent, sinon un bonheur (certains sujets portaient lourds), du moins un grand intérêt de lecture et j'ai été très honorée de pouvoir participer au jury des lecteurs. Je les ai lus vite et sans effort. En revanche il m'a fallu du temps pour me décider au classement.

Le résultat après tous les votes, ceux des internautes et ceux du jury, est donc ici.

Comme je m'y attendais, le livre qui présentait incontestablement la plus grande qualité littéraire, "Avant le silence des forêts" de Lyliane Beaucquel ne l'a pas emporté. Le style est d'une grande force classique (le narrateur est un soldat de la Der des Der), la densité poétique du style évoquait la guerre avec une intensité que peu ont atteint (1). On est au bord du chef d'œuvre.

Mais comme pour les grands single malts, les distillations particulières, les bruts de fûts, il faut sans doute un palais entraîné pour pouvoir apprécier.

Je crois qu'il a été jugé trop difficile par bien des lecteurs.

L'ont donc emporté un livre qui était plein d'échardes (2) et construit lourdement mais émouvant de sincérité sur une histoire toute simple qui sonnait hélas (3) vrai. Je vais sans doute tenter de le vendre aux clientes sur le bord de partir en vacances, en lecture d'été de qualité il est parfait. 

Et un autre (4) qui est de ceux que les libraires recherchent particulièrement par les temps qui courent parce qu'il est porteur d'une certaine allégresse, bien combiné, malin. J'en ai déjà vendu une pile et en serais à plusieurs si le diffuseur de son éditeur était plus réactif (5).

Au cœur de la liste se trouvait un roman policier de fort bonne facture (6) et j'avoue moi qui suis la première à vouloir lutter contre la catégorisation (je lis avec bonheur aussi des romans dit "jeunesse", et certains policiers ont le haut niveau littéraire, le genre n'empêche pas la qualité), avoir été gênée pour le classer parmi les autres. Il n'obéissait pas tout à fait aux mêmes critères de jugement. Un peu comme d'être prof et d'avoir à établir entre les élèves un classement quand tous auront rendu un devoir d'histoire et l'un d'eux un devoir de géographie.

 

(1) Il se trouve que mon grand-père maternel ayant fait Verdun et ma mère ayant toujours vertement censuré son père qui n'avait pas le droit de parler de la guerre aux enfants, c'est pas de leur âge, j'ai longtemps cherché dans les livres les réponses qu'il n'avait pas le droit de m'accorder aux questions qu'on m'empêchait de lui poser, ce qui fait que sur ce thème j'ai beaucoup lu. 

(2) "Le premier été" d'Anne Percin

(3) Elle est triste, inéluctablement

(4) "La sérénade d'Ibrahim Santos" de Sandor Manai Yamen Manai

(5) Le destin d'un bon livre peut malheureusement être plombé par ce genre de difficultés : si les libraires submergés par les offices doivent faire un trop grand effort, attendre trop longtemps, et devoir relancer pour obtenir un titre, au bout d'un moment, sauf demande forte de la part du lectorat, ils vont renoncer.

(6) Aline Kiner, "Le jeu du pendu"

 

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